Prenez les journaux du jour… Etalez tout cela sur une table… Chaque journal est comme un ilot de louanges, d’hommages et quelque fois de réserves... On y reviendra. Au surlendemain de la mort d’Alexandre Soljenitsyne, les journaux qui s’étaient fait surprendre hier par l’annonce tardive de l’événement.. C’était la veille très tard… Trop tard pour le bouclage… Les journaux se rattrapent aujourd’hui… Et de quelle façon ! Parce que tout de même, comme l’ecrit Jean Michel Helvig dans la REPUBLIQUE DES PYRENEES, Soljenitsyne restera comme l’un des inspirateurs de l’anti-totalitarisme moderne… Cela suffit, dans la balance commémorative, à justifier les éloges qui accompagnent sa mort. Eh bien, allons-y. Aux premières loges de l’éloge, le journal LIBERATION qui nous offre aujourd’hui un dossier extraordinaire… Oui, extraordinaire par sa taille déjà : 8 pages entières + la Une… La dimension d’un petit livre pour saluer l’auteur de si grands livres… Du "Pavillon des cancéreux" jusqu'à "L’archipel du goulag" bien sûr, en passant par "Une journée d’Ivan Denissovitch", et tant d’autres ouvrages qui donnent à son auteur la dimension d’un Tolstoï et la surface d’un homme du siècle… Voici l’hommage… D’abord sous la plume de François Sergent, qui nous rappelle dans LIBERATION qu’en moins de 200 pages, dans "Une journée d’Ivan Denissovitch", Soljelitsine ébranlait l’empire soviétique... et que l'effondrement de cet empire doit tout à Soljenitsyne précisément... à cet individu qui a osé s'élever contre les tyrannies qui se croyaient éternelles. Voilà pour le versant lumineux du portrait... et puis il y a l'autre, l'autre versant... celui que François Sergent exprime de cette façon : "Soljenitsyne n'avait qu'un seul pays : une Russie mythique et imaginaire, passéiste et obscurantiste". Et c'est ainsi qu'il se rallia Poutine, pourtant ancien dirigeant du KGB, ce monstre qui l'avait torturé... et c'est ainsi qu'il soutint la guerre en Tchétchénie... qu'il remâcha ses rancunes recuites contre les juifs bolchéviques... A ses yeux, les droits de l'homme n'étaient que des bêtises. Mais c'est le journal L'HUMANITE qui insiste le plus sur la controverse... et c'est Maurice Ullrich qui écrit : les hommages rendus à Soljenitsyne aujourd'hui ne sont pas sans ambigüité, particulièrement chez ceux qui voudraient ramener l'idée communiste à l'expérience avortée de l'URSS. Oui, à ceci près que si ses livres ont ébranlé les fondements du communisme, écrit de son côté LE FIGARO, ils ont mis également l'Occident face à ses contradictions. Pour l'écrivain en effet, l'ennemi de mon ennemi n'est pas forcément mon ami... non, il n'était pas le partisan inconditionnel de l'Occident... et pour cause, il le jugeait sévèrement, le trouvait dégénéré, nous rappelle Jean d'Ormesson... parce qu'il est de la race des martyrs, des rebelles à vie, des géants de l'Histoire. C'est vrai que le monde dit libre, comme il était de bon aloi de le déclarer lors de la Guerre froide, était vu par Soljenitsyne comme un bazar commercial, l'empire de la médiocrité morale... Donc il dérangeait également en Occident, bousculant ses habitants dans leur paradigme douillet, autant qu'il avait bousculé les Soviétiques. Cet aspect de l'engagement politique de l'écrivain, d'autres journaux le soulignent... LE PARISIEN par exemple, estime que le premier volume de "200 ans ensemble" le font accuser d'antisémitisme, sans doute à juste titre, souligne Catherine Tardrew. Pas de quoi non plus priver Soljenitsyne de sa dimension héroïque... Oui, "Héros de la dissidence russe", titre LE MONDE... "Géant de l'Histoire", inscrit LE FIGARO en grosses lettres sur sa première page... "Conscience d'un siècle", reprend LA CROIX... "Une plume s'est envolée", titre FRANCE SOIR... mais pas en Une... loin de là... ce journal ne consacre qu'un petit article, en page 32... nous rappelant, c'est une info comme une autre, que Soljenitsyne était le plus vieux Prix Nobel de Littérature encore en vie. D'ailleurs, que reste-t-il de l'homme et de son oeuvre dans ce pays redevenu Russie... Plus précisément, que reste-t-il du goulag que l'écrivain avait fait découvrir au reste du monde ? Eh bien pas grand chose, répond LE FIGARO. Nul n'est prophète en son pays... la preuve, en Russie, la jeunesse l'ignore... oubliant même la dimension de son oeuvre, aussi bien politique que littéraire. "Oui, bien sûr, un visage, un nom, mais j'avoue qu'il ne m'intéressait pas, confie un jeune moscovite. D'ailleurs, je n'ai jamais rien lu de lui, ni dans le cadre de mes études, ni pour mon plaisir", reconnait ce jeune ingénieur en informatique. Comme le souligne Alexandre Cèdre, auteur pour LE FIGARO de ce reportage à Moscou : c'est un choc de génération... D'ailleurs, précise Irina, 24 ans, les goulags ne font pas l'objet d'une étude spéciale dans nos livres d'histoire... ce qui pose le problème plus large d'une certaine passivité dans le travail de mémoire et de réflexion collective sur le système soviétique. Alors laissons la parole à Soljenitsyne lui-même... avec ces mots rapportés par L'HUMANITE, mis en exergue en Une, en haut à droite... "A la fin de ma vie, disait Soljenitsyne, j'ai le sentiment d'avoir accompli mon travail, mais j'ai mal à la Russie." Oui, j'oublie tout... En vacances, on oublie tout, paraît-il... alors où vais-je, et dans quel état j'ère en ce mois d'août... Eh bien, si je suis français, c'est plutôt en France. C'est FRANCE SOIR, le bien nommé, qui nous l'apprend... 30% des Français estime que leur pays est le plus heureux d'Europe... Alors pourquoi aller ailleurs ? Hein ? Derrière, on trouve la Suisse et la Suède à ce palmarès du bonheur vu à travers le prisme français... Qui ne manque pas de goût, cela dit... car pour 40% de nos concitoyens interrogés, c'est l'Italie le pays le plus sexy. Est-ce pour cette raison que François Fillon y passe ses vacances ? Il faudra lui poser la question... mais en lisant LE FIGARO, vous découvrirez comment le Premier ministre se détend, et surtout essaie de soigner une hernie discale qui le cloue dans sa chaise longue. Donc pas de sport, pas de jogging, François Fillon se repose... Dans les Pouilles, à l'extrême sud, dans le talon de la botte... Il séjourne dans une masseria, sorte de grand gîte de luxe, au coeur d'une région devenue tendance en Italie, d'ailleurs... y compris pour les étrangers qui apprécient tout autant ces grands champs d'oliviers sous un soleil de plomb, que tout ces vins locaux issus du cépage primitivo aux noms quelque fois magiques, comme le Volo d'Alessandro... traduisez Le vol d'Alexandre. Puisque nous parlons de vin, FRANCE SOIR, très inspiré dans l'actualité vacances, vous explique en page 8, comment vous pouvez passer des vacances oenologiques, donc au coeur des vignobles... sorte de camping à la ferme version raisin. Vous pouvez aussi aller en vacances à Paris... mais attention, nous dit LE FIGARO... Paris est cher, de plus en plus cher... Selon l'enquête intitulée "Métropoles", la capitale française se hisse à la 12ème place des villes les plus onéreuses du monde. Utilisée par les entreprises pour calculer les primes d'expatriation de leurs cadres, cette étude du cabinet américain Mercer, place une nouvelle fois Moscou en tête des villes les plus chères, devant Tokyo, Londres et Oslo... Paris est donc douzième... et deuxième parmi les capitales de la zone euro. Dans ces conditions, reste le camping... la formule la moins chère... D'ailleurs, s'interroge LE PARISIEN : si c'était là qu'il fallait chercher la fameuse mixité sociale ? Car les problèmes de pouvoir d'achat sont passés par là : cadres sup et chefs d'entreprise n'hésitent plus à passer leurs vacances dans ces établissements autrefois réservés à une clientèle plus populaire. Bon, s'ils ne sont pas encore les rois de la sardine et de la caravane, les cadres viennent au camping de plus en plus nombreux, mais pas sous la tente, non... dans un bungalow qui a l'air d'une vraie maison. C'est la raison pour laquelle, les directeurs de camping ont installé dare-dare des bornes wifi... parce que cette clientèle-là, elle pianote toujours sur son ordinateur... Vacances, je n'oublie pas tout... un coup d'oeil sur la Bourse, ça peut toujours servir. J'en termine avec ces quelques lignes imprimées dans FRANCE SOIR, comme un détail anodin, perdu au milieu du texte, illustrant les goûts des Français pour leurs vacances... Donc on a vu qu'ils partent essentiellement en France... mais qu'ils apprécient tout de même les plaisirs de la botte... l'Italie... Et on découvre aussi qu'en cette période estivale, la libido des couples prend le large, et tord le cou de l'idée reçue selon laquelle les vacances sont propices aux retrouvailles coquines. Mais il y a cette précision intrigante : 6% des personnes interrogées disent qu'elles ont moins de rapports sexuels pendant cette période... mais dans ce contingent de quasi-abstinents, la vérité devient moins absolue dès lors qu'on ventile les résultats entre les hommes et les femmes. 20% des hommes disent avoir des rapports sexuels plus fréquents pendant les vacances... cette proportion chez les femmes n'est que de 18%. Pour les hommes célibataires... et si je puis me permettre : ça veut dire qu'en été, l'offre est inférieure à la demande... et au sein des couples, ce résultat statistique veut peut-être nous faire comprendre les raisons exactes de ces éclats de voix et de colère que l'on peut entendre le soir venu dans les campings.

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