Souvenez-vous, il y a deux ans... Août 2007 : les subprimes. En choeur, les économistes distingués nous disaient : "Pas de panique : la France ne sera pas touchée, elle n'a pas les mêmes méthodes". Un an plus tard : septembre 2008, c'était la crise. Tel le nuage de Tchernobyl, elle ne s'est pas arrêtée à la frontière. Elle a frappé la France, comme les autres pays. On nous avait bercés d'illusions, alors la crise a pris des allures de surcrise. En revanche, s'il y a reprise, on ne pourra pas dire qu'il y a surprise. Car le rebond, on nous l'annonce partout. La lecture de la presse ce matin est, sur ce point, saisissante. Tous les journaux, en choeur eux aussi, nous le disent, à l'image du Parisien-Aujourd'hui en France, qui en fait sa principale manchette : "CRISE : il y a des raisons d'espérer". "Le pire de la crise économique et financière est-il derrière nous ?", se demande Le Parisien. Le seul fait de se poser la question, c'est déjà un élan d'optimisme. Il faut dire que certains clignotants passent au vert aux Etats-Unis, le pays d'où tout est parti. Alors qu'en France, l'immobilier frémit et la Bourse reprend des couleurs. Vous le verrez dans le détail dans Le Figaro Economie, qui consacre une double page à ce deuxième souffle. Vous y verrez les résultats des entreprises du CAC 40, en hausse, et les analyses des dirigeants de ces mêmes entreprises. Bonne dynamique, nous dit-on, ralentissement économique amorti, bonne résistance. Seul le PDG de Danone, Franck Riboud, se montre plus pessimiste, ou peut-être simplement réaliste : lui, considère que la crise ne s'arrêtera pas en 2010. Prudent également, Thierry Breton... Lorsqu'il était ministre de l'Economie, il n'avait pas son pareil pour voir tous les clignotants en vert. Là, dans Le Parisien, il nous rappelle que, quand la récession ralentit, ça ne veut pas dire que la croissance revient. Dans le même journal, on s'aperçoit également, infographie à l'appui, que depuis le 9 mars, la Bourse de Paris a connu cinq mois de hausse non-stop. Et l'on constate également que ça va mieux dans l'informatique, dans l'automobile, dans l'immobilier neuf français, du côté des compagnies aériennes à bas coût... Reprise également chez le chimiste Rhodia, qui caracole en Bourse. Belle remontée également d'Otis, le leader mondial des ascenseurs. C'est vrai, remarque Le Canard Enchaîné : jour après jour, les titres euphoriques se succèdent à la Une des journaux. Mais cette vague d'optimisme laisse les prévisionnistes de Bercy perplexes. D'ailleurs, sous le couvert de l'anonymat, l'un d'eux confie au Canard : "Nous avons beau prendre en compte les chiffres positifs qui sortent en ce moment et faire tourner nos modèles sur ordinateurs, rien n'indique que la reprise est pour demain dans la zone euro. Et puis il ne faut pas se raconter d'histoire, dit ce même prévisionniste : si la croissance doit repartir, ce sera en 2011, et au mieux elle sera molle". Bon, il nous reste la croissance verte. Mais là encore, il n'y a pas que Le Canard qui joue les oiseaux de mauvais augure. Libération s'y met aussi, par la voix d'Aurélien Boutaud, présenté par le quotidien comme "ni ancien ni futur ministre", mais simplement "environnementaliste". "Attention à ce concept de 'croissance verte' donc, car la technologie et le libre marché en sont les mamelles, en quelque sorte. Autant dire, souligne Aurélien Boutaud, qu'un bel avenir est promis aux solutions technologiques les plus folles que M. Allègre défend si vaillamment". Et pan sur le bec ! comme dirait Le Canard. "Ce n'est pas un hasard, effectivement, si les questions du nucléaire et des OGM ont été tenues à l'écart du Grenelle de l'Environnement car, pour nos dirigeants, explique l'interlocuteur de Libé, loin d'être un problème, ces deux technologies sont au contraire la solution". Revenons à la crise... "Elle nous a changés", affirme dans La Tribune Baudouin Prot, PDG de BNP-Paribas. "Oui, notre solidité, dit le banquier, a permis à BNP-Paribas de changer de dimension". Ce à quoi Julio Iglesias pourrait rétorquer : "Non, je n'ai pas changé"... Mais c'est Libé qui s'en charge, avec ce titre à la Une : "BNP-Paribas : le retour des bonus". "La banque française ne s'en vante pas, mais notre examen de ses comptes, affirme le journal, montre qu'elle va discrètement accorder un milliard d'euros de primes à ses traders". La messe est dite. Voilà. On n'imagine pas non plus qu'avec la reprise, les restructurations vont s'arrêter. Or, on devrait peut-être avertir et inscrire, façon paquet de cigarettes, la mention suivante : "Restructurer nuit à la santé". C'est d'ailleurs le titre de L'Humanité, qui s'appuie sur un rapport officiel selon lequel une délocalisation est une source majeure de stress. En fait, cette étude de la Commission européenne confirme les effets nocifs de la méthode sur la santé des salariés. A tel point, nous explique L'Humanité, qu'après l'hospitalisation d'un salarié pour "troubles psychiques", France Télécom a renoncé à transférer à Brest l'unité d'assistance téléphonique de Morlaix. Et encore, il s'agit de deux villes bretonnes voisines. On imagine les dégâts lorsqu'on vous dit qu'il va falloir aller travailler à l'autre bout de l'Europe, ou même plus loin. En tout cas, la revue Santé & Travail estime qu'une catastrophe sanitaire est en route. Vous avez dit "reprise", "optimisme", "rayon de soleil" ? En tout cas, on pourrait dire : "Un coup de barre et ça repart"... Oui, on pourra le dire pour l'économie, peut-être... Mais disons-le pour Nicolas Sarkozy : sûrement. Selon un sondage, qui n'a pas été commandé par l'Elysée (la précision, désormais, s'impose), la cote du chef de l'Etat remonte, sur tous les tableaux, dans un sondage CSA publié par VSD aujourd'hui même. Reprise en sympathie, en proximité, en courage, et même en dynamisme. "On s'y attendait un peu", commente Michel Vagner dans L'Est Républicain. "Le malaise dont a été victime le Président lors de son jogging du 26 juillet, écrit-il, avait touché les Français. Pour autant, l'effet lipothymie est saisissant : douze points de gagnés en deux mois. Comme si les qualités du chef de l'Etat lui étaient davantage reconnues au Cap-Nègre", poursuit notre confrère. Dans ce sondage CSA pour VSD, les Français prescrivent à Nicolas Sarkozy du repos pendant les vacances et un allègement de ses charges à la rentrée. 55% des personnes interrogées souhaitent qu'il délègue davantage la gestion concrète des dossiers au gouvernement. Voilà qui devrait mettre du baume au coeur à François Fillon qui, pour l'instant, se démène avec un cas très concret justement, qui lui vaut une missive enflammée d'une certaine Ségolène Royal. C'est Le Figaro qui nous raconte cette histoire. Oh, une histoire classique de partage de l'effort budgétaire entre l'Etat et les collectivités locales. Là, c'est à propos du financement d'une ligne à grande vitesse, qui doit passer par la région Poitou-Charentes. L'Etat demande au territoire gouverné par Ségolène Royal de mettre la main à la poche. Evidemment, l'ancienne candidate socialiste souhaitait une autre solution. Mais, comme souvent, l'Etat a le dernier mot dans ce pays jacobin, et Ségolène Royal s'est donc résignée à signer le protocole d'accord. Mais c'est le ton de sa réponse qui donne une autre dimension à l'affaire, avec cette phrase, qu'elle a écrite à l'adresse du Premier ministre : "Nous avons décidé de céder à votre chantage immoral". Et ce n'est pas fini : on trouve dans cette lettre les mots "mépris", "irresponsabilité", "Etat qui gère mal et qui rançonne la Région... qui gère bien". Dans la foulée, il est question également du plan de relance gouvernemental, "qui ne correspond à rien de sérieux". "Ah si le pays était géré comme la région Poitou-Charentes, il y aurait décidément plus d'efficacité et de justice !", écrit en substance celle qui souhaitait gouverner la France. Autrement dit, il n'y a pas photo. Voilà qui nous amène à parler de Kodak. Oui, dans la série "D'où viennent les noms des entreprises ?", Le Figaro Economie nous raconte cette histoire. Le 4 septembre 1888, George Eastman, Américain de son état, créateur de la célèbre société, cherchait un nom pour ses films photographiques souples, en bobines, qui allaient détrôner la plaque de verre. Il lui fallait un nom inimitable et prononçable dans toutes les langues. Et vous allez voir : Kodak est un cas. George Eastman avait une passion pour la lettre "K", qui lui semblait forte et incisive. Alors il voulait un nom qui commence par cette lettre et qui finisse par la même lettre. Ce fut Kodak, inspiré paraît-il d'un village africain nommé Kadok. Il faut dire que, dans le monde de l'appareil photo, le "K" est décidément tendance. Au Japon, par exemple, le roi de la pellicule s'appelle Nikon... un appareil produit par la société Kogaku KK... En tout, quatre "K"... De quoi faire pâlir les couleurs de Kodak. Et on termine par le sujet le plus universel qui soit : Homo Eroticus... Oui : c'est le titre d'un joli papier dans Le Monde, dans la série "Série d'été". Avec cette question : Pourquoi un homme plaît-il à une femme, et inversement ? Vous savez, la question n'est pas si futile, explique le quotidien du soir, car le jeu de la séduction pourrait être à l'origine de la soif du beau, de l'art et de la culture. Oui, car le corps a sans doute été le support et l'inspirateur de tous les arts : habits, parures, maquillage, danse ou vocalisation... Vous l'avez compris : la culture serait née du désir. Il serait trop long, ici, de développer cette thématique. Alors je vous renvoie à la lecture de ce long article du Monde, que vous pouvez confronter à tous ces tests psycho-quelque chose que nous proposent en été les magazines en mal d'information. Et vous verrez : il n'y a pas photo.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.