(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : "Cours camarade, le nouveau monde est devant toi"

Et la nuit du 4 août n'est pas loin. "Je veux mettre fin aux privilèges". Citation de François Hollande en couverture de Paris Match .

Le nouveau monde est prêt, c'était le sens du meeting hier à Rennes dans lequel le candidat a détaillé le calendrier de sa première année au pouvoir.

  • dès le premier conseil, baisse de la rémunération des ministres et du président, blocage des prix de l'essence, hausse de l'allocation de rentrée scolaire et retraite à 60 ans sous condition.

  • puis en juillet, session extraordinaire du parlement. Réforme fiscale, réforme bancaire, conférence pour la croissance et l'emploi et débat sur l'énergie.

Ce sont "les mesures au millimètre de François Hollande", pour Libération

Il "remonte en régime", selon Le Parisien .

C'est "un mois de juillet fou" qu'il prépare pour latribune.fr , "calendrier difficilement tenable"

"Dangereux catalogue" dixit Le Figaro . "Hollande est décidé à lever 50 milliards d'impôts nouveaux" !

Programme contre programme, celui de Nicolas Sarkozy doit être dévoilé aujourd'hui

Ce sera une lettre aux français, précise le Figaro, un peu comme Mitterrand en 88, pour exposer la philosophie de son projet, et un deuxième document qui détaillera ses propositions.

Les programmes des candidats, vous trouverez la grille d'interprétation du Nouvel Observateur dans un dossier complet cette semaine. On y trouve également un florilège des promesses envolées de Nicolas Sarkozy.

L'Obs publie aussi une interview de Carla Bruni : "l'anti sarkozysme est un phénomène d'élite parisienne". Elle défend pied à pied son mari.

  • Alors, lui dit L'Obs , Carla la rebelle devenue "femme de", dévouée aux bonnes œuvres, comme Madame Pompidou ?

  • J'aimais beaucoup Madame Pompidou. A part cela, à côté d'elle, avec mon expérience des médias, je suis Lady Gaga.

  • Pour vous, la gauche, c'est fini ?

  • J'aimais la gauche de M. Rocard pas la gauche caviar. Je lisais dans l'Obs un article sur la maison d'enchères achetée par Laurent Fabius avec une liste d'amis à couper le souffle, de grands financiers, le patron de HSBC, de Morgan Stanley ou de la banque Rotschild. Quelle dichotomie entre les leçons données et la réalité !"

Cours camarade, Mélenchon est à Toulouse, place du Capitole. "Ce soir, la ville rose voit l'avenir en rouge" titre L'Humanité . Jean-Luc Mélenchon, un meeting par jour depuis dimanche. Ses turbines frôlent la surchauffe écrit Lilian Alemagna dans Libération et son équipe redoute qu'il ne parte en vrille. Finies les discussions informelles avec les journalistes pour éviter tout dérapage. Et toute question gênante sur le coût du programme ou sa compatibilité avec celui de François Hollande.

Selon Le Monde , le programme (Smic à 1.700 Euros, la retraite à 60 ans pour tous, notamment, l'intégration des 800.000 précaires de la fonction publique) coûterait des dizaines de milliards d'Euros. Tout rapprochement avec François Hollande se heurte à la volonté de rigueur du socialiste.

Socialiste qui a cogné sur la finance et les grands patrons trop payés mais qui réunira les entreprises du Cac 40 au lendemain de l'élection présidentielle, s'il gagne, on l'apprend dans l'interview qu'il donne à Match . "Nous aurons besoin de toutes les forces pour redresser le pays"

A moins que les hommes d'affaires n'aient fui la France entre temps....

Car tout de même camarade : Mélenchon en troisième homme, Hollande et ses 75% d'impôt et le climat anti riches qui règne dans cette campagne. Mais c'est la terreur. "La terreur", le titre est dans The Economist .

Après avoir dénoncé le déni de la crise en France la semaine dernière, dans son édition à paraitre demain, l'hebdomadaire britannique s'effraye de cette ambiance qui "heurte le business" en France Ras le bol des leçons de morale de The Economist ! écrit en substance Laurent Joffrin dans Le Nouvel Observateur . C'est La Pravda du capital qui n'a pas vu venir la crise de 2008.

"Terreur", le mot a également été employé par Laurence Parisot à propos du programme de Jean Luc Mélenchon. Dans les colonnes de L'Humanité , le candidat du Front de gauche lui répond. "La terreur madame, c'est vous qui faites que chaque jour, des milliers de gens dans ce pays se lèvent la peur au ventre en se demandant ce qui va se passer au travail"

Alors où est le déni de réalité ? Dans les promesses non financées de certains candidats ou dans l'esprit des décideurs du monde occidental qui n'ont pas tiré toutes les conclusions de la crise ?

L'édition de printemps de la revue XXI est aujourd'hui en librairie. XXI a envoyé l'écrivain Emmanuel Carrère et la journaliste Hélène Devynck en reportage à Davos lors du dernier forum.

Ils en ramènent un récit à la Candide qui est morceau de bravoure.

Première chose qui les frappe : l'ambiance new age qui règne dans ce temple du capitalisme. Chaque jour la première activité de Klaus Schwab, le fondateur du forum c'est une demi-heure de méditation. Les forums et colloques qui se succèdent sont enveloppés de pensées positives : "nous allons améliorer l'état du monde !"

Le personnage central de ce reportage s'appelle Félix. C'est un homme de réseau - l'un de ces types dotés d'un culot monstre qui aborde sans la moindre hésitation toute les huiles qui se mélangent à Davos. Caractéristique numéro 1 : Félix, né à San Francisco et basé à Hong Kong, parle cash.

Quand les deux Candide venus de France l'interrogent sur ce nuage de fumée, qui entoure Davos comme un déni de réalité, il répond :

"Ce qui se passe aujourd'hui, les Occidentaux se le racontent en termes de crise. Pour les pays émergents, ce n'est pas du tout la même histoire : notre désastre est leur triomphe. Ce forum est la pointe avancée de ce qu'on appelait autrefois le tiers-mondisme. C'est vous qui êtes les rétrogrades. Vos mines effarouchées de lecteurs du Monde diplo ne sont que le masque de votre panique. Parce que oui, vos pays sont en train de devenir le nouveau tiers monde, oui, votre petite épargne va se volatiliser et si nouvelle révolution de 1789 il y a, ce ne sera pas celle des 99% d'occidentaux moyens parmi lesquelles vous vous comptez complaisamment contre les 1% d'occidentaux nantis. Ce sera celle des ex damnés de la terre contre leurs anciens maitres coloniaux, c'est à dire vous ! "

Dans ce nouveau monde, qui est aussi celui des écrans d'ordinateur, où est la nouvelle lutte des classes ?

Un article d'une petite sœur de XXI en libraire aujourd'hui donne à réfléchir.

Feuilleton , plus littéraire que XXI - une nouvelle de Murakami est publiée dans ce numéro - et axée sur la traduction de grands articles étrangers, publie un papier du New York Time magazine . Tout part d'un des jeux vidéo en ligne les plus populaires au monde : World of warcraft. Vous évoluez dans un royaume imaginaire fait de moines, de guerriers et d'elfes et pour progresser dans le jeu vous devez amasser des pièces d'or.

Il y a deux manières de gagner ces pièces : soit jouer des heures et des heures. Soir payer quelqu'un pour jouer à votre place. On les appelle les "goldfarmers", les fermiers de l'or. Et où sont les joueurs qui payent pour que d'autres travaillent à leur place ? En Occident majoritairement. Et où sont les petites mains ? En Chine. Le nouveau monde virtuel et le vieux monde de la division du travail se mèlent à l'écran.

Le reportage de Feuilleton - auteur Julian Dibbel, traduction Valentine Faure - montre ces petites mains dans des locaux en Chine, exigus, sans lumière pour mieux voir l'écran, un dortoir à proximité. S'ils jouent mal ils risquent de perdre leur emploi. Ils ressemblent aux salariés du textile.

Les éditeurs de jeu vidéo font régulièrement le ménage dans cette pratique interdite - payer en argent réel un butin virtuel - mais elle demeure. L'article du New York Time Magazine date de 2007 mais Feuilleton le réactualise. En 2011, le témoignage d'un ancien prisonnier de camp de travail chinois a fait trembler les développeurs de World of Warcraft. Il affirmait qu'après leur travail quotidien et sous la menace de sévices corporels, des prisonniers sont contraints de jouer, la nuit durant, à des jeux vidéo en ligne. L'or virtuel qu'ils amassent est ensuite transformé en devise et récupéré par leurs geôliers.

Cours camarade, et vite...

A demain !

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