(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : enfers et paradis

(Bruno Duvic) L'argent noir, on ne le trouve pas seulement dans les paradis fiscaux pour golden boys véreux ou ministres enrichis. Il y a aussi une France silencieuse qui bosse au black. L'hebdomadaire Marianne en kiosque demain publie les bonnes feuilles d'un livre d'Hubert Prolongeau, intitulé "Ils travaillent au noir" et qui sort le 15 avril.

L'année dernière, 7.3% des entreprises contrôlées par l'Urssaf ont eu recours au travail au noir. Chiffre certainement sous-estimé.

Dans les pages de Marianne , il n'y a pas de jugement de valeur. C'est une série d'histoires qui est racontée. Un salarié d'une société de gardiennage : « on ne signe rien » lui a-t-on dit au moment du recrutement. Un chauffeur de taxi sous retrait de permis. Il est passé au taxi clandestin. Une ancienne Lejaby qui fait des ménages. Et même un couple assez à l'aise dans la vie qui organise au black des parties fines à domicile.

La France au noir... « Au bas de l'échelle, écrit Hubert Prolongeau, on trouve les éternels exploités. Au dessus, leurs employeurs, petits patrons parfois pris à la gorge, ou désireux de faire un peu de marge. Encore au dessus, les grosses entreprises (parfois publiques) qui sous- traitent en fermant les yeux. Et tout en haut, l'Etat, grugé de millions d'Euros. »

L'argent envolé dont il est le plus question ce matin dans la presse, c'est celui des paradis fiscaux

« La Grande évasion », comme titre L'Humanité . Vous en avez parlé avec votre invité, Patrick (Antoine Peillon, auteur de « Ces 600 milliards qui manquent à la France »), je ne rentre pas dans les détails. Sauf pour vous rappeler ce scoop du Monde , associé avec une pléiade d'autres grands journaux. 2 millions et demi de fichier provenant de deux sociétés offshore décryptés. C'est un système mondialisé d'évasion fiscale qui est décrit. Dans ces fichiers on trouve de tout : des dentistes américains, des villageois grecs, des enfants de dictateurs, des financiers marrons de wall steet, des oligarques russes, des trafiquants d'armes et quelques dizaines de Français.

En France justement, l'affaire Cahuzac continue. « Hollande l'impasse », titre Le Figaro , « Hollande assiégé » pour Libération . « Moscovici dans la tempête » pour Le Parisien . Il y a un petit côté « opération mains propres » dans la presse en ce moment. Dans La Provence la carte des marchés publics douteux dans la région marseillaise.

Dans Le Parisien , l'utilisation curieuse que Philippe Marini, maire de Compiègne et président de la commission des finances au Sénat, fait de sa réserve parlementaire. Elle finance largement les travaux du stade équestre de Compiègne. L'une des principales utilisatrices de ce centre est une association présidée par sa femme. "C'est un équipement municipal. Il faut faire des investissements pour qu'il reste compétitif. Mon épouse est une utilisatrice parmi d'autres" se justifie le sénateur.

« Opération mains propres » et impopularité infernale pour le président de la République et le Premier Ministre. Sous les 30% dans les baromètres des Echos et du Figaro Magazine .

La petite bonne nouvelle pour le pouvoir est dans Presse Océan . A propos de l'aéroport à Notre dame des Landes, près de Nantes, le président de la commission du dialogue juge le projet pertinent. Mais les opposants sont toujours aussi remontés.

Le pouvoir en France pourra toujours se consoler en constatant qu'en Espagne aussi ça tangue au sommet. C'est un article du Monde : « La monarchie espagnole en pleine tourmente ». Le gendre du roi est soupçonné de détournements de fonds. Sa femme, donc la fille du roi, vient d'être mise en examen. La question au cœur de l'enquête en rappellera d'autres : pouvait-elle ignorer les agissements de son mari ? C'est le dernier scandale d'une longue série pour la monarchie espagnole. « L'abdication de Juan Carlos au profit du prince Felipe » est ouvertement évoquée, ajoute Le Monde .

Paradis fiscaux à la Une d'une partie de la presse, mais aussi l'enfer de l'austérité

Oui à la Une du site BastaMag qui reprend une étude de la revue médicale The Lancet passée assez inaperçue fin mars. Et pourtant elle décrit comment les plans d'austérité dégradent la santé des Européens.

Baisse des budgets de santé et des budgets sociaux : la prévention recule, les soins sont reportés, des lits d'hôpitaux ferment. Résultat : la réapparition de la malaria et l'émergence de la dengue en Grèce. En Espagne, plus de soin sauf urgence pour les sans papier. En Irlande, couverture réduite pour les plus de 70 ans. The Lancet et BastaMag s'interrogent sur le silence des responsables de la santé publique en Europe.

Dans cet article, il est aussi question des suicides : + 40% en un an en Grèce !

La crise en Grèce, un homme peut en témoigner. Il s'appelle Nikos, c'est le patron d' « Héraclès déménagement ». Il a 6 voitures, une Harley, un cheval, un rottweiler et un yorkshire à barrette. C'est l'un des ceux que la crise a enrichi mais il a les yeux bien ouverts sur son pays.

Son histoire est racontée par Marion Quillard dans la dernière livraison de la revue XXI . En 2011, Nikos a organisé plus de 450 déménagement vers l'étranger. Il a 5 à 10 rendez-vous par jour.

Le premier, raconté par XXI , c'est dans une villa immense mais vide sur les hauteurs d’Athènes. Un vieil homme est au seuil de la porte, il connu le succès dans son entreprise de télécom, les salaires à quatre zéros, les ongles propres et les chemises repassées. Mais à 67 ans, il n'a plus rien, les banques ont tout pris. Reste une table, un vélo, des dettes et l'espoir de refaire sa vie en Angleterre où il a de la famille et des amis.

L'Angleterre, la Suède, Chypre... Nikos a compris ce qu'était la crise quand les demandes de déménagements et les impayés ont explosé quasiment en même temps. Alors que les camions bleus d'Héraclès Déménagement tournaient à plein régime, il a dû baisser le salaire de ses employés d'un tiers.

Nikos sait maintenant évaluer le prix qu'il va demander à un silence, un regard, aux meubles que ses gars transportent dans les maisons. Et il raconte ses déménagements. Ce bébé qui hurlait de faim dans un appartement d'Athènes et ce père qui regardait ses chaussures. Ces émigrés de la dictature qui étaient revenus en Grèce dans les années fastes et qui repartent. Cette amie qui possède 23 cartes de crédit...

Dans cette Grèce saignée, Nikos est un nouveau riche qui a bon fond. Il vient de s'offrir la Mercedes du roi Constantin, mais désormais il va voir ses clients en scooter. "Je ne veux pas, dit-il que les gens me regardent avec la gueule ouverte."

A lundi

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