(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : un mur en acier

(Bruno Duvic) Décidément, cette nationalisation avortée à Florange est en train de fâcher tout le monde. Pour Libération , Christian Losson a parcouru la vallée de l'acier, de Florange à Gandrange. Il en a tiré des paroles extrêmement amères de ces ouvriers qui se sentent abandonnés. Lionel Burriello, 35 ans, CGT : « Pour une fois que le monde ouvrier pouvait gagner. Et voilà qu'Ayrault nous tire dans le dos. On se prend des coups de pelle dans la gueule d'une violence inouïe. »

En présentant le texte en fin de semaine dernière (ni nationalisation ni plan social), Jean Marc Ayrault avait promis la transparence aux ouvriers. La presse lui a grillé la politesse. Le Monde , puis Le Canard enchainé donnent les détails de cet accord. L'explication aujourd’hui à Matignon avec la délégation de salariés qui sera reçue risque d'être tendue.

A en croire, Le Monde et Le Canard , selon le texte de l'accord :

  • non, il n'y avait pas véritablement de repreneur pour le périmètre offert à la vente

  • fin mars prochain, les hauts fourneaux seront arrêtés

  • Mittal ne s'engage que sur la filière froide, pas sur les hauts fourneaux

  • sur les 180 millions d'Euros promis, les investissements stratégiques ne pèseront que 53 millions

  • et le projet Ulcos de captation du CO2 ne représente pas une réelle alternative pour Florange.

On verra ce que le premier ministre répond à ces publications. Ce matin, c'est aussi la méthode Hollande qui est mise en cause, avec cette affaire Mittal comme un révélateur. « Les mystères de la méthode Hollande. Les détours qu'il emprunte restent une énigme », écrit Cécile Cornudet dans Les Echos .

« Hollande, 4 nuances de roses », titre Libération…

…clin d'œil au roman « Cinquante nuances de Grey ».

Quatre nuances qui se déclinent de cette manière. Hollande c'est le social réalisme version Delors, le goût de l'intrigue de Mitterrand, le patriotisme à la Chevènement et la frilosité sociale de Jospin. Synthèse du journal : « Du compromis Mittal à la tiédeur sur le mariage pour tous, certains choix de l'exécutif ont décontenancé à gauche. »

Les ouvriers regrettent cette nationalisation avortée. Des éditorialistes dénoncent l'existence même du projet. Pierre Antoine Delhommais dans Le Point : « Ce gouvernement était prêt à débourser plusieurs centaines de millions d'Euros qu'il n'a pas pour sauver les deux hauts fourneaux de Florange malheureusement sans grand avenir. Les propos haineux de Monsieur Montebourg contre Mittal, mais aussi les nombreux soutiens de droite au projet de mondialisation avortée du site, ont reflété le rejet de tout un pays pour une mondialisation qui humilie son ego. »

Peut-on rire avec Florange ? A la Une de Charlie Hebdo , Cabu tente le coup. Un homme vêtu d'un peignoir siglé DSK pourrait reprendre Florange. « Elle est majeure cette Florange ? », demande-t-il.

Face à un mur : les victimes du mal logement.

Dossier spécial dans les Inrockuptibles et témoignages saisissants. Ce garçon de 27 ans, au chômage. Il loge chez sa copine dans un 15 mètres carrés. Les jours où elle héberge sa famille, il faut partir. Alors il a son truc. Il va au cinéma, jusqu'au dernier film. Puis il trouve un restaurant « kebab » pour manger et recharger son téléphone. Il marche dans Paris. Et, au petit matin, quand le premier train de banlieue arrive en gare, il monte. « Je prends la ligne C. C'est l'une des plus longues et je fais deux trois allers-retours. » La tête calée contre la vitre, il dort jusqu'en milieu de matinée.

Un autre récit, celui de Cédric, 36 ans. Il insiste sur la rapidité de la chute. Il y a encore deux ans, tout allait bien pour lui. Il gagnait 3500 Euros mensuels. Et la vie lui est tombée dessus comme une plaque d'acier. Mort de sa grand-mère avec qui il vivait, perte de son job, départ de sa compagne. Aujourd'hui : RSA et une pension à payer pour sa fille.

Gros coup de barre également à la Une de L'Express . Les Unes chocs de ce magazine, c'est devenu une habitude. « Cannabis, ravage chez les jeunes, le cri d'alarme des psys ». « La fumette est devenue un fléau. Ses ravages exigent une véritable politique nationale de prévention et de soins ». Conseils aux parents d'une psychiatre et addictologue. On lit notamment cette phrase : « Spontanément, les parents se disent déçus, en colère. Ce sont au contraire les marques d'attention qui peuvent restaurer le dialogue. Ne dites pas ‘Si tu continues comme ça tu va finir sous les ponts’. Dites : ‘je suis inquiet pour toi.’ »

Quoi d'autre dans la presse ?

Couverture choc encore et qui provoque la polémique sur le web et dans la presse américaine. Hier le tabloïd New York Post a publié la photo d'un homme qui venait d'être poussé sur la voie du métro et qui essayait de remonter sur le quai. Mais le métro arrive. « Cet homme va mourir », c'est le titre et c'est ce qui s'est passé. "Cette photo aurait-elle dû être publiée ?" demande le New York Times à ses lecteurs. Le photographe incriminé assure qu'il a enclenché le flash pour alerter le conducteur du métro.

Une couverture choc en politique… Le patron proclamé de l'UMP appréciera celle du Nouvel Observateur . « L'inquiétant Monsieur Copé ». Ses hommes, ses réseaux ses secrets, ses méthodes

A la Une du Figaro : « Bachar el Assad, la fuite en avant ». Les pays occidentaux multiplient les avertissements contre l'utilisation d'armes chimiques.

A la Une de L'Humanité , notre sujet du jour : « Quand la mutuelle devient un luxe »

Un peu de musique pour adoucir l’acier et les mœurs. Dans L'Express , interview de Christian Zimmerman, l'un des maitres incontestés du piano aujourd'hui nous dit Bertrand Dermoncourt. Il sera à Pleyel fin janvier. La passion de la musique, c'est ce qui émane de cette très belle interview. Zimmerman a joué sous la direction de Karajan et Bernstein.

  • Quels souvenirs gardez-vous de vos concerts ?

  • Avec Karajan, précis à la seconde. Avec Bernstein, il pouvait être deux fois plus long s’il l’avait décidé. Un soir, il est arrivé triste et contrarié avant un concert. Il m’a dit que c’était l’anniversaire de la mort d’un ami. Je lui ai demandé de qui il s’agissait. Il m’a répondu « Kennedy ». Qu’est ce cela signifiait musicalement ? Eh bien, il est arrivé sur scène et a dirigé sa symphonie n°2 deux fois plus lentement que d’habitude. A partir du moment où j’arrivais à comprendre cette émotion particulière, je pouvais continuer le concert tout à fait à l’aise. Très souvent, en tant que pianiste, on fait des sons. Certains d’entre nous, plus professionnels, arrivent à faire de la musique. Et peut-être que les plus grands artistes que j’ai rencontrés jouaient la raison pour laquelle cette musique avait été composée. (…) Il faut jouer comme si sa vie en dépendait.

  • La Philharmonie de Berlin du temps de Karajan était-elle le meilleur orchestre du monde ?

  • Ce n’est pas cela qu’il faut retenir. J’ai eu avec Karajan, Bernstein et quelques autres des expériences inoubliables, des concerts où j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Ces moments ont changé mon existence. Voilà ce qui est important

  • La sonate n°2 « funèbre » de Chopin, comment voyez vous cette œuvre ?

  • Le passage de la vie à la mort. Si un médecin testait mon corps après que je l’ai jouée, je crois qu’il aurait des surprises… J’ai toujours l’impression de défaillir. »

A demain

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