(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : french touch

(Bruno Duvic) C'est important d'avoir de bons professionnels de santé près de chez soi. Dans son dernier numéro, la revue Article 11 - qui se présente comme un canard sauvage, un de ces nombreux journaux différents menacés de mort - revient dans son dernier numéro sur l'histoire du « dentiste bouche »r, néerlandais débarqué en 2008 à Château-Chinon dans la Nièvre sur fond de désert médical. Il a massacré des dizaines de patients, arrachant des dents saines, perçant des sinus, cousant des joues aux mâchoires.

A Château-Chinon justement, le 19 novembre, un millier de personnes manifestaient contre le départ des quatre derniers médecins généralistes de la ville. Les déserts médicaux s'accroissent et, surprise, selon les derniers chiffres de l'assurance maladie dans Le Parisien-Aujourd'hui en France , c'est en Ile-de-France que le problème est le plus criant, pire qu'en Picardie. Parmi les dix départements les moins bien dotés en généralistes, les quatre premiers sont autour de Paris. Depuis 2005, la France en général a perdu 3.500 généralistes alors que la population a grossi de 3 millions d’habitants.

Il y a un problème avec les médecins. Les médecins « en colère et en grève à Noël » à la Une de La Croix ce matin. Généralistes, urgentistes, cliniques privées. Inquiétude autour de la généralisation du tiers payants, demande de revalorisation des honoraires, récriminations contre une médecine administrée. Le projet de loi Touraine affole les tensiomètres dans les cabinets médicaux. Une grogne de plus. Déjà le gouvernement lâche du lest, titre Les Echos .

Grogne, crispation et même tensions.

Le Parisien est retourné à Sivens, six semaines après la mort de Rémi Fraisse. Climat électrique. Les opposants, une soixantaine de personnes, des pros du squat, des jeunes, des plus âgés, des gens en galère, d'autres qui travaillent, contrôlent désormais le site. C'est une zone fortifiée, chicanes, cabanes et tour de guet pour faire face au retour attendu des forces de l'ordre. Et journalistes contrôlés de près quand ils passent dans le coin. Pas de portraits, pas de noms dans les articles. Les photos sont vérifiées. « Ce sera au GIGN de venir nous déloger », dit un militant surnommé « pissenlit » juché dans un arbre.

Ce matin, L'Opinion à la Une titre sur « La terreur verte », de Notre-Dame-des-Landes à Sivens en passant par Roybon. De quoi faire hurler les militants, mais un éleveur du coin de Sivens pense à peu près la même chose dans Le Parisien . Il évoque des agriculteurs qui n'ont plus accès à leur parcelle, vivent dans la peur, subissent des rapines dans les fermes. « C'est devenu une zone de non-droit » dit-il. Et lui est menaçant : « Je redoute que le fusil parle ».

Encore une controverse à la française : les crèches dans des bâtiments publics.

La justice a demandé au conseil général de Vendée de retirer la sienne au nom de la laïcité. Des habitants de Béziers attendent du préfet qu'il demande la même chose à Robert Ménard dans sa mairie. Que dit le droit ? Le HuffingtonPost s'est penché sur la question. Article 28 de la loi de séparation des églises et de l'Etat : « Les emblèmes religieux sont interdits dans l'espace public, hors édifice religieux ou musée. » Pas de crucifix à la mairie. Une crèche, est-ce la même chose ? "Il n'y a pas de jurisprudence, répond le rapporteur de l'observatoire de la laïcité. Jamais le conseil d'Etat n'a eu à statuer sur cette question. On peut très bien imaginer qu'une mairie mette un local à disposition d'une association ponctuellement pour monter une crèche. C'est ce caractère ponctuel de l'événement qui permet au président de la République de tirer les rois chaque année."

Alors, est-ce cela la french touch ? Blocages et controverse à tous les étages ? Pas seulement. A la Une d'Enjeux les Echos : "Ils font aimer la France". Patrons architectes, artistes, économistes, ces personnalités qui incarnent la french touch. Dernier exemple en date d'un magazine qui essaye de positiver. Pourquoi ce décalage entre les succès à l'étranger et la grisaille persistante dans le débat public ? La Croix interroge le britannique Theodore Zeldin, auteur d'une histoire des passions françaises. "Vous avez emprunté un modèle de management anglo-saxon qui ne vous convient pas. Le management nourrit votre déprime. Son principe est d'accroitre la pression du travail. Cela ne déprime pas les américains car leur modèle leur permet de coloniser le monde. La France est comme une artiste. Mais aujourd'hui nous ne sommes qu'un rouage dans un monde d'efficacité. Et puis la France ne parle que de la France. Allez découvrir les autres, il n'y a pas de déprime dans la découverte des autres.

Il a raison Zeldin. Regardons ailleurs.

Par exemple dans la poche de ce coiffeur-barbier de Beyrouth.

Il y a un petit bout de papier dans la poche. Et entre deux coupes, il vérifie la traduction française de mots arabes. Le barbier est syrien, réfugié au Liban depuis 3 ans. Il aide son fils de 8 ans à apprendre le français. Car pour les enfants réfugiés syriens au Liban, le Français est un passage obligé dans l'intégration. 70 à 80% des écoles publiques assurent toujours un enseignement en Français. Une pléiade d'institutions et d'associations ont pris le problème à bras le corps, formant des profs et dispensant des cours, parfois tout près des zones de combats à la frontière entre Syrie et Liban. Le reportage est sur slate.fr . Ce qui est en jeu c'est aussi la formation d'une génération susceptible de parler plusieurs langues et de jouer un rôle dans la reconstruction de la Syrie.

La Syrie en guerre. Edith Bouvier est entrée dans Kobané pour Le Monde . Photos de Jake Simkin. Et c'est encore une femme combattante kurde de Syrie le personnage le plus marquant de son récit. Elle s'appelle Perwin, allongée sur des sacs de débris dans un immeuble, position du guetteur. Perwin a quitté sa famille en 2011 pour se former avec les combattantes kurdes. Il y a quelques jours à Kobané, trois ans après, elle a croisé son père au détour d'une rue, fusil à l'épaule. "Mon papa est fermier, il a un troupeau de moutons dans un des villages à l'Est de Kobané. Je l'avais laissé là quand suis partie. Ce n'est plus vraiment mon père, c'est comme mon frère d'armes maintenant.

Pour les journalistes qui risquent leur peau en Syrie, sur toutes les zones de guerre et partout où il faut défendre la liberté de la presse, il y a « Reporters sans frontières ». L'association publie son recueil annuel de photos. Cette année 100 photos magnifiques du National Geographic pour la liberté de la presse. Des fauves, des baleines, des ours blancs, des oiseaux de paradis. Cadeau parfait pour Noël qui cartonnera auprès des petits et des grands – vérification faite ! Et puis, après les photos à la toute dernière page, hommage de Didier François, l'ancien otage français à son compagnon de geôle en Syrie, l'américain James Foley assassiné en août. La dernière image qu'il garde de lui, c'est une scène sidérante. « La veille de notre libération, raconte Didier François, l'un de nos tortionnaires l'a forcé à prendre une pose christique, bras en crois et tête penchée sur l'épaule. A cette époque, Jim n'avait pas encore le crâne rasé. Ses cheveux ondulaient, une barbe un peu miteuse creusait son visage allongé. Et dans la pénombre de notre cellule, cette composition sinistre conçue par nos geôliers a déclenché en moi un puissant écho visuel. C'est la dernière fois que j’ai vu James vivant. Mais aujourd'hui cette parodie de passion efface dans ma mémoire la mise en scène macabre de son assassinat. »

Pour rester sur une image moins violente, une autre scène de guerre, oui mais nous sommes à l'opéra ! A Donetsk en Ukraine, alors que pro russes et soldats ukrainiens se battent, on répète "Le barbier de Séville" ! L’artillerie bombarde les faubourgs mais l’opéra a rouvert. « Dans les étages du gros bâtiment néo-classique, écrit Adrien Jaulmes dans Le Figaro, les costumières cousent des centaines de robes, les décorateurs repeignent une partie des panneaux détruits dans le bombardement du hangar et les ballerines font des entrechats. »

La vice-directrice de l’opéra est une ancienne soprano devenue vieille dame : « lorsque le canon tonne, dit-elle, la musique doit continuer à jouer »

Bon week-end !

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