(Nicolas Demorand : "Et ce matin, dans la presse : histoires de maisons")... Nous avons tous en tête ces chantiers immobiliers arrêtés net par la crise en Espagne. Eh bien l'Espagne, aujourd'hui, c'est une maison prise entre deux incendies... D'un côté : 19% de chômage. Il faudra de l'argent, beaucoup d'argent, pour venir en aide à tous ces demandeurs d'emploi. D'un autre côté : une dette publique de 55%... Il faut faire des économies, beaucoup d'économies. Et c'est urgent, car les créanciers de l'Espagne, les marchés financiers, sont de plus en plus pressants. "Dette publique : les marchés défient les Etats" : c'est la manchette des Echos, ce matin. Après la Grèce, le Portugal et l'Espagne sont donc pris pour cibles. Et même les plus grands pays ne sont pas à l'abri. Les Echos parlent encore de doutes sur la crédibilité du Trésor américain. Les Bourses sont en berne, l'euro est faiblard. Décryptage d'Eric Le Boucher... "C'est la troisième crise qui arrive : la vraie. Après la crise financière puis l'économique, voici la politique". Comme l'Espagne, "les gouvernements sont entre deux feux : les marchés financiers et l'opinion publique. Car les citoyens ont le sentiment que les gouvernements ont versé des milliers de milliards aux banques, jugées coupables. Et maintenant, on leur présente la note... L'issue de cette crise est totalement incertaine". La note, en France, la presse régionale la présente déjà... "Régime sec sur l'essence", titre ce matin L'Est Républicain. Les Français font des économies sur le carburant. "Le choc du sous-emploi", ajoutent Les Dernières Nouvelles d'Alsace. Le nord-est de la France est particulièrement touché. "Chômeurs : la vie en fin de droits", assène La Croix. Un million de personnes seront dans cette situation cette année. L'Etat et les partenaires sociaux pourraient négocier une aide exceptionnelle. Messieurs les politiques, good luck... bonne chance... Il va falloir la jouer serrée dans les mois à venir. Retour à l'Espagne... La grogne populaire et la tâche difficile qui attend les politiques, elles sont résumées dans Courrier International, qui reprend un article d'El Pais. "Les marchés nous menacent. Ils le font à leur manière : impitoyable, moche et désagréable, à coups de diagnostics et de pronostics. ces mêmes marchés mondiaux qui nous ont conduits à l'abîme sans une once d'autocritique. Il ne va pas être facile de vendre des réformes aussi dures sans autre objectif que la simple survie dans l'océan de la mondialisation". (ND : "Après les maisons espagnoles, direction un immeuble de Nanterre")... "Nanterre, Place de la Boule, supermarché du cannabis ouvert de 18 h à 21 h, 7 jours sur 7... Jusqu'à 100 clients par jour, des centaines et des centaines de kilos d'herbe et de résine écoulés depuis des années. Un lieu de deal, une appellation d'origine contrôlée des stupéfiants, connue dans toute l'Ile-de-France pour sa qualité et ses prix"... Voilà comment débute l'enquête de Luc Bronner, dans Le Monde... Pour la troisième fois en moins de cinq ans, la police vient de mettre à bas cette place forte du cannabis. Et, à partir des 4000 PV de l'enquête, le journaliste retrace, quasiment minute par minute, le quotidien d'un trafic de drogue... Le rituel de la cagoule... Le vendeur est toujours dissimulé sous une cagoule noire... Il est dans l'escalier, entre le 3ème et le 4ème étage. Les clients déposent l'argent sur une marche. En échange, ils trouvent les sachets de cannabis... 5 à 6 € le gramme en moyenne. La cagoule et le coup de poing... Le rituel est précis, mais quand il y a un raté, la violence éclate. Luc Bronner raconte comment un vendeur qui détournait une partie de la recette s'est fait casser la gueule par les petits du quartiers, à qui les boss confient la surveillance quotidienne. La cagoule, le coup de poing et la nourrice, incarnation de la pression exercée sur tout un quartier... La nourrice, c'est une victime consentante qui accepte de prêter son appartement pour que les dealers y déposent une partie de la drogue et aient un point de repli en cas d'arrivée de la police. Place de la Boule, la nourrice est une mère de deux enfants, d'une cinquantaine d'années. En seize mois, elle a gagné un peu plus de 12000 €. Mais il faut donner de sa personne et laver la cagoule des dealers une fois par semaine. Voilà... Ce ne sont que quelques détails de ces deux pages d'enquête que vous pourrez lire dans Le Monde aujourd'hui. Nouveau changement de décor... Nous voici au château de la Mormaire... 150 hectares de domaine. C'est un petit bijou de campagne, près de Montfort-l'Amaury, dans les Yvelines. C'est la propriété de François-Henri Pinault, le patron de Pinault-Printemps-Redoute. La photo et la drôle d'histoire qui va avec sont dans Le Parisien-Aujourd'hui... Car voyez comme la nature manque de goût : des sangliers s'invitent régulièrement sur le domaine. C'est une des colonies les plus voraces des Yvelines, et ils saccagent régulièrement les champs des agriculteurs. Dans des cas pareils, en principe, la préfecture et la Direction de l'agriculture autorisent des battues administratives ou des tirs de nuit. En clair, on autorise les chasseurs à s'en donner à coeur-joie. Mais à la Mormaire, on leur a gentiment demandé de garder le fusil au pied. Et, à en croire Le Parisien, ils doivent payer des indemnités aux agriculteurs dont les champs sont abîmés. Car les chasseurs sont chargés de réguler les espèces nuisibles. Le chasseur est râleur. Et sur ce coup-là il ne se gêne pas. "Si les tirs de nuit ne sont pas autorisés, dit l'un d'eux, c'est pour ne pas déranger Pinault. Les instructions viennent de très haut". Alors "PPR" comme "Permettez à Pinault de Roupiller" ? Selon Le Parisien, un fonctionnaire reconnaît en effet que l'interdiction des tirs vient directement du ministère de l'Intérieur. Mais la clé du mystère de la Mormaire est peut-être ailleurs : quand beaucoup de personnalités recevaient des lettres anonymes avec une balle dans une enveloppe, la famille Pinault s'est sentie menacée. Et depuis, elle ne veut pas d'homme armé à proximité de chez elle... Comme promis hier, un mot du numéro de Courrier International qui ouvre ses colonnes cette semaine aux quotidiens d'Haïti : Le Nouvelliste et Le Matin, qui ne peuvent toujours pas fonctionner normalement. Vous trouverez donc toute une série d'articles sur le séisme et la reconstruction vus par des journalistes haïtiens... des histoires aussi, comme celle de ces deux jeunes mariés... Eux, leur maison, ils l'ont hélas perdue. C'est un des nombreux malheurs qui leur sont tombés dessus avec le séisme. Mais ils se sont quand même mariés, le 30 janvier dernier, à Santo, dans la banlieue nord de Port-au-Prince. A une invitée qui leur demandait pourquoi ils n'avaient pas repoussé la célébration, ils ont donné cette réponse : "C'était prévu. Nous ne savons pas si l'avenir sera meilleur ou pire. Mieux vaut être deux dans l'épreuve : nous serons plus forts ensemble". Haïti qui est à la Une d'un autre journal, dont je voulais vous dire un mot... C'est Le Mensuel, dont le numéro 1 vient tout juste de paraître. C'est une sélection des meilleurs articles du Monde et de ses suppléments, chaque mois, comme son nom l'indique. Jolie présentation, contenu très riche, résumés complets de l'actualité du mois passé... Les étudiants et les lycéens, notamment, devraient y trouver leur bonheur. (ND : "Et pour finir, Bruno, coup d'oeil à un autre mensuel : Beaux Arts Magazine")... A l'heure où une statuette de Giacometti vient de battre des records aux enchères à Londres, Beaux Arts pose une vaste question : "Qu'est-ce qu'un chef-d'oeuvre ?"... La Joconde elle-même a mis plusieurs siècles à gagner ce statut. Entrée dans les collections royales sous François 1er, elle était plus ou moins laissée de côté. Sa renaissance a coïncidé avec son arrivée au Louvre, au XIXème siècle. Et c'est une série de circonstances rocambolesques qui vont en faire une icône... un vol en 1911... les moustaches que lui a dessinées Marcel Duchamp... ou encore l'attentat de 1956, quand un Bolivien avait jeté une pierre à la jolie Florentine... Deux tournées triomphales à travers le monde dans les années 60 et 70 en feront définitivement un sourire universel. Mais évidemment, un chef-d'oeuvre, ce sont aussi des qualités intrinsèques. Beaux Arts conclut le dossier avec cette jolie définition : "Les chefs-d'oeuvre ont pour point commun de frapper les esprits à jamais, de se livrer tout entiers au premier regard comme une gourgandine tout en gardant le mystère d'une femme fidèle à jamais. Je te touche, mais ne me touche pas, regarde-moi vraiment au-delà de mes apparences, traverse-moi"... Bonne traversée... Bon week-end...

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