8H30 la revue de presse bonjour hélène Jouan

On commence par un accent…

Allez-vous le remarquer chez votre kiosquier ce matin ? A la Une de Libération, ce petit accent circonflexe sur le 2ème I. Mais, il a bu le typographe?! Non, c’est juste Libé qui s’amuse de la bataille d’Hernani déclenchée par la réforme de l’orthographe…et qui face à la levée de boucliers, notamment sur les réseaux sociaux avec le hashtag « je suis circonflexe », décide d’en semer un là où il n’y en a pas. « La querelle du tilde circonflexe » signé par « le scribe en chef des moines copistes », alias Johan Hufnagel nous remet en tout cas les points sur les i. Texte écrit en vieux françois, pour se moquer : « pour un tilde circumflexe (pour un accent circonflexe donc), un trait d’union et de menus changements, ce sont des troubles de religion que l’on déclenche écrit il. Et l’on invoque l’histoire, les racines, Dieu, Mont-joie et Saint Denis ! Pour une pipistrelle devenue chauvesouris(sans trait d’union), une feuille de lotus grimée en nénufar (avec un f )on crie à Valmy, à la patrie en danger, à la ligne Maginot . Théâtre que tout cela s’exclame t il ! »

Oui, mais nous en sommes là !

5 pages dans le Figaro, 5 ! pour dénoncer cette réforme de l’orthographe, qui suscite dit le journal « un tollé » ! Tollé surtout dans le Figaro qui ne trouve pas une personne pour défendre cette réforme datant de 1990. Même Jean d’Ormesson, académicien ayant pourtant participé à cette timide initiative pour simplifier l’orthographe la juge désormais « scandaleuse ». Avec un argument dont je vous laisse juge : « il y a 25 ans j’étais plutôt favorable à cette tendance réformatrice. Parce qu’il y a 25 ans, les gens n’étaient pas malheureux comme aujourd’hui »explique t il ? Et ? C’est Thomas Legrand qui a dû m’expliquer…spécialiste de la rhétorique, il m’a dit : « dans ce cas précis, on peut parler de corrélation abusive ». C’est-à-dire qu’on accole deux choses qui n’ont strictement rien à voir l’une avec l’autre, et on fait semblant de leur trouver un lien logique. La tribune d’une prof en classe prépa se veut plus explicite, « la disparition de l’accent circonflexe écrit elle, toujours dans le Figaro donc, pose une question qui dépasse de beaucoup la langue française, celle de la liquidation de notre passé » Diantre, un accent qui disparait et c’est notre identité qui fout le camp…les académiciens, à l’origine de la réforme sont de dangereux révolutionnaires et ça ne se sait pas assez

Dans la presse également ce matin Hélène, la Syrie et ses habitants

Et deux textes marquants pour dire dans le même temps, le désespoir et l’espoir

Texte d’Alain Frachon d’abord dans le Monde daté d’aujourd’hui. Alain Frachon qui a la belle idée de revenir sur Ruquia Hassan Mohammed. Ruquia, on en avait parlé ici même au moment de l’annonce de son assassinat par l’Etat islamique en début d’année. Mais Alain Frachon a fait le tour de la presse nationale et internationale pour retrouver des bribes de témoignages que cette jeune femme avait décidé de porter à la connaissance du monde, depuis Raqqua où elle résistait. Extraits du journal qu’elle tenait sur facebook , sa vie au temps de daech et des bombardements

« Chaque jour, interdit, interdit, interdit écrit elle. Ils ne font qu’interdire. J’attends le jour où ils permettront quelque chose. » Un peu plus tard, « aujourd’hui les hommes de l’Etat islamique ont lancé une vague d’arrestations arbitraires, mon dieu, je t’en supplie, délivre nous de ce cauchemar et élimine ces gens ». Une femme djihadiste qui l’interpelle dans la rue sur sa tenue « je l’ai ignorée, écrit elle, j’ai continué à marcher, j’aurais aimé avoir un pistolet et la tuer ! je n’en peux plus d’être une citoyenne de seconde classe »

Les post s’arrêtent, RuKia est arrêtée puis assassinée.

« peut être y a aura-t-il un jour, conclut Alain Frachon, une plaque dans Rakka libérée, à la mémoire d’une jeune femme qui a défié les petites frappes de l’EI et qui portera ce nom : Ruquia Hassan Mohammed »

Et parce qu’il faut parler d’espoir, à lire également, le reportage de Delphine Minoui dans le Figaro, effectué par Skype, avec des « passeurs de livres sous les bombes ». « Une page d’espoir dans le roman noir de la syrie écrit elle, un refuge de papier ou l’odeur des feuilles se mêle à celle de la poudre d’explosif ». A quelques kilomètres de Damas, dans la banlieue rebelle de Daraya, des jeunes volontaires s’activent tous les jours pour retrouver des livres sous les décombres, il les nettoie, les classent, notent le nom de leur propriétaire pour pouvoir leur rendre plus tard. Ils ont ouvert une bibliothèque. 11 000 livres de littérature étrangère et arabe, de philosophie, de théologie, de poésie, de politique…l’Alchimiste de Paulo Coehlo est le livre le plus emprunté. Témoignages de ceux qui viennent se réfugier pour quelques heures dans les lettres, pour y oublier la guerre, « ca m’aide à rester humain » dit un combattant qui a pris les armes contre Bachar, mais surtout pour se préparer à la paix disent ils. « Nous avons tant à apprendre avec les livres »

On est loin tellement loin de la querelle sur un accent circonflexe

On termine hélène par une nouvelle contribution sur le texte de déchéance de nationalité du gouvernement…pas n’importe laquelle

Un sage qui se rebiffe, mais sagement, c’est Robert Badinter, ex garde des sceaux qui prend la parole dans le Monde ce matin. « Une révision constitutionnelle n’est pas nécessaire » affirme t il. Il propose une voie de sortie au président, qui doit désormais faire face à l’incertitude politique d’une telle révision. Il suffirait au parlement écrit il, de remplacer dans l’article 25 du code civil, la référence à celui « qui a acquis la qualité de français » par la mention « tout français ». Et voilà, finie la distinction entre français de naissance et français par acquisition explique t il. Robert Badinter qui se prononce aussi pour qu’une telle déchéance ne soit réservée qu’aux crimes de terrorisme afin que la mesure garde toute sa portée morale, et non qu’elle soit étendue aux simples délits comme c’est le cas aujourd’hui.

2 mois de débats et d’imbroglio juridique et politique, peut être résolus donc grâce à Robert Badinter…on ne consulte jamais assez, les sages…

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