Marianne nous comble de dix pages sur la langue française qui ces temps-ci bouillonne... Le Figaro s'inquiète de la langue inclusive à la fac, mais le Monde raconte les jeunes gens qui choisissent leurs pronoms. Les souvenirs d'un correspondant à Hong-Kong, la Croix l'hebdo, l'énergie d'un athlète thésard, l'Equipe.

On parle d'un arbre... 

Un chêne somptueux qui se dresse dans la forêt de Rambouillet et qui est aimé d'un homme, et, savez-vous, il l'aime aussi; l'homme lui parle et l'arbre parle à l'homme collé à son tronc par de subtiles vibrations. Ce chêne s'appelle Quercus, nom forgé du celte, Kaer qui veut dire beau et Quez qui veut dire arbre, c'est l'homme qui a trouvé son nom, il a le regard doux dans l'Echo républicain, qui dans une langue belle, avec ses journaux frères du centre de la France, raconte leur histoire.  L'homme est Laurent Tillon, il est ingénieur de l'office national des forêts, marié, une fille, tout va bien, simplement Quercus fait partie de la famille, Laurent l'a rencontré quand il avait quinze ans, sa chaine avait sauté lors d'une balade en vélo, il vit l'arbre qui semblait lui faire signe, il revint souvent se coller contre lui pour se confier et ressentir sa force. Laurent Tillon raconte tout cela dans un livre qui sortira la semaine prochaine chez Actes Sud, c'est souvent la garantie d'un beau texte, "Etre un chêne, sous l'écorce de Quercus"; Laurent écrit son ami plus que bicentenaire, il a connu la révolution, il le raconte comme un survivant car quand il n'était qu'un gland, il aurait pu être dévoré par un cochon; ainsi va la nature et un poète qui a donné des noms aussi, aux animaux et aux plantes qui gravitent autour du chêne,  Tortrix la chenille, Dendroscopos le pic, Leccinum le bolet et Fagus le hêtre avec lequel, souvent, Quercus bavarde.   

Ces inventions langagières dans une forêt française me donnent des envies de mots... et Marianne  alors nous  comble qui consacre dix pages à notre langue, cette eau pure disait Maupassant, le français dont l'histoire est une alternance de  bouillonnement et de consolidation; en ce moment, l'eau pure  bouillonne, tout jaillit dans la rue où l'on sécante les mots dans le rap dans Youtube et l'Académie française n'est plus capable de canaliser le fleuve. C'est le peuple, les locuteur qui a le pouvoir, qui décide en parlant... Mais pas seulement le peuple. Car les media, les correcteurs des grands journaux fixent le langage. Quand l'Académie française a lâché sur la féminisation des noms de métiers c'est la presse qui a calibré la nouvelle licence, mais sans cohérence encore. Au Monde on dit "autrice", au Figaro on préfère "auteure", qui l'emportera?   

On pourra en sourire, puisque le même Figaro s'alarme ce matin de l'écriture inclusive dans l'université où l'on accueille les étudiant.e.s avec des points médians, mais où des enseignants subissent des pressions hostiles s'ils refusent le nouvel usage... Mais peut-etre un jour, un correcteur.trice, au Figaro, normera cette brutalité. Le Monde ce matin, accompagne les mœurs, c'est sa ligne, et raconte des jeunes gens qui sur les réseaux sociaux affichent le pronom avec lesquels ils veulent qu'on s'adresse à eux. Il, elle, ou  iel, un de ces pronoms que forgent  les personnes qui se sentent non-binaires, on choisit son genre, c'est un monde de maintenant.   

Dans l'Equipe on nous dit une vieille querelle, juste avant le tournoi des 6 nations, le jeune demi d'ouverture Jalibert se défend d'être un quinziste arrogant, il dit que quand on est différent dans le rugby, on se fait taxer de "mentalité de footeux", il trouve ça injuste.       

On parle aussi de blessures ..

Et la presse ce matin, reflète le grand traumatisme de l'inceste dans lequel le pays est pris, les journaux pêchent des témoignages et les élèvent au rang de récit commun. 

Nous voilà dans Ouest-France avec Gaelle que son grand-père viola enfant, elle se croyait aimée, et jeune adulte, son corps explosa. Nous voilà dans la République du Centre avec Lucian 30 ans, qui un soir à table, devant la télé a dit à ses parents que son frère, son demi-frère avait longtemps abusé de lui, on croyait que tu avais des problèmes avec ton oncle ont-ils répondu, son oncle aussi avait profité de lui, Lucian ne veut pas d'enfant,  il a appris que son grand-père paternel aussi était incestueux et il a peur de transmettre des gènes du mal, il s'apaise dans les jeux vidéos, il faudrait lui parler...  

Il n'est pas que l'inceste dans la misère du monde. Dans Libération et Sud-Ouest, après Rue89 Bordeaux,  lisez ces étudiantes de Sciences po bordeaux, qui ont été violées, agressées sexuellement, ce sont des dizaine de témoignages qui s'accumulent sur un groupe Facebook. Libération décrit un manque de tact et d'écoute de l'administration que l'on devine dépassée... Sud-Ouest me dit qu'une étudiante violée, Alma Ménager, 20 ans, a changé de voie pour faire désormais psycho et veut défendre d'autres femmes moins à l'aise avec la parole, " la caissière de supermarché violée tous les jours et qui ne le sait pas"...   

A Lille, une autre étudiante, Marie Simon, donne la main à de vieilles victimes que l'on ignore, cette élève de l'Ecole supérieure de journalisme, livre sur un blog de l'ESJ une enquête sur les violences conjugales, les féminicides dans les couples âgés. 

Sur le site de l'Express, un sociologue hollandais, Abram de Swaan, raconte la haine qu'inspirent les femmes aux fanatiques religieux, à l'extrême droite, quand elles s'émancipent de la domination, c'est maintenant. 

Vosges-matin nous console d'une femme de 88 ans, qui s'est fait agresser devant un distributeur bancaire à Saint-Dié, et a fait fuir le mâle d'un coup de genou dans les parties, tout ne se résout pas si simplement.   

Et on parle enfin d'inquiétudes... 

Qui hante des villages de l'Isère situés dans la plaine du Bouchage, c'était hier dans le Dauphiné et ce matin dans le Progrès, on pourrait les inonder pour sauver Lyon d'une crue du Rhône, c'est un plan élaboré sous Napoléon III et encore en vigueur.   

Mais nous ne devons pas rester dans l'abattement. Le Figaro magazine vous invite à la gloire de Napoléon dans de riches pages immunes du doute historique qui nous retient si souvent, c'est bon à prendre. Dans la Croix l'hebdo un grand journaliste, Dorian Malovic, se souvient de ses années 80 de  correspondant à Hong Kong alors peuplée de réfugiés de la grande Chine qui vibrionnaient  comme si le temps leur était compté, "l'âme hong-kongaise pleine de sueur se dévoilait dans toute sa nudité". Cette énergie subsiste, il en est certain. 

Le site de l'Equipe fait partager l'intelligence et la force la vie d'un athlète recordman du monde indoor du triple saut, le burkinabé de France Hugues Fabrice Zango, qui est aussi thésard à l'université d'Artois. Le sujet de sa thèse: "Machine électronique performante à rotor externe et convertisseur intégré pour application en environnement sévère". Il travaille pour des machines qui n'existent pas encore, vivement.

PARDON. Un auditeur attentif me fait remarquer que j’ai prononcé à l’antenne le nom « Jalabert » au lieu de « Jalibert » à propos du superbe demi d’ouverture du XV de France... Ce lapsus révèle, soit le vieux, soit le footeux. Pardon au rugby, au vélo, à la radio... C.A.

Contact
Thèmes associés