Charlie Hebdo … un an après, « L’assassin court toujours » à la Une du numéro spécial à paraître demain, et pour la première fois, le récit complet des rescapés…

Ils sont tous autour de la table …on reconnaît Cabu, Wolinski, Tignous, Bernard Maris tels les apôtres de la Cène, entourant Charb et sa fameuse marinière, Charb qui déclare : «En vérité, je vous le dis, on va se marrer encore longtemps ensemble » Dessin de Catherine, sur une double page de Charlie , pied de nez à la mort, oui, Charlie continue d’exister et on va se marrer encore longtemps ensemble

Pour la première fois donc, les rescapés du massacre du 7 janvier racontent souvenirs et mots mêlés, cette journée fatidique. Des mots difficiles à lire, difficiles à dire, tellement on a envie de les garder pour soi pour se laisser aller à cette tristesse qui ne faiblit pas depuis une année.

Le 7 janvier au matin, quand la petite équipe arrive en ordre dispersée au siège du journal, ce sont les retrouvailles de la nouvelle année « Tout le monde s’embrassait, l’ambiance était particulièrement joyeuse », Sigolène Vinson va chercher à l’arrache un gâteau, on vient de lui rappeler que c’est l’anniversaire de Luz…on se salue avec les formules d’usage, « Bonjour connard, salut l’enculé », Charb est heureux, la souscription a bien marché, « On repartait de zéro comme en 1992 », Cécile se penche pour souhaiter la bonne année à Wolin…(Wolinski), «Il en a profité pour me toucher les seins, et je lui ai dit bas les pattes Georges »…et puis, parce que c’est Charlie évidemment on s’engueule, sur Houellebcq et son dernier livre, Soumission , et tout à coup, au programme, « bien inspiré », ajoutent les survivants « grande discussion sur les jeunes français qui choisissent le djihad » Deux camps se forment, virulents. Tignous d’un côté, Bernard Maris de l’autre, l’un met en cause la société française qui aurait engendré ses jeunes islamistes, l’autre, Bernard , hurle qu’il en a marre des millions engloutis dans les banlieues.

On voudrait que cette engueulade ne finisse jamais, ou alors comme d’habitude en dessins, et en édito. Mais il est 11H35 ce matin là, et « le reste a commencé comme une fête foraine où l’on lancerait des pétards » écrivent ils…ils entendent tous ces bruits de détonation, Sigolène Vinson raconte « on s’est tous regardés, j’ai croisé le regard de Charb et je crois aujourd’hui qu’il avait compris »

Les frères Kouachi entrent dans la pièce. Massacre. Et c’est déjà l’après écrivent ils. La plupart des vivants voient les blessures infligées aux morts. Mais certains mots disent ils, ne peuvent ni ne doivent être écrits…Sigolène Vinson, épargnée par les tueurs, se demande aujourd’hui si « elle a cru ce que ses yeux ont vu ? et si le bruit des balles, le nuage de poudre et son odeur avaient fait de moi, sur l’instant un poète en pleine création ? j’aurais distordu le réel écrit elle, qui était trop déraisonnable »

On reviendra évidemment demain dans la matinale sur ce numéro spécial puisque Riss et la dessinatrice Coco seront avec nous…en attendant, ce numéro de Charlie continue de faire polémique

« Que reste t il de l’esprit Charlie ? » se demande la Dépêche du midi à sa Une…Aujourd’hui en France/le Parisien recense les réactions hostiles à cette Une où l’on voit un dieu barbu s’enfuir avec sa kalachnikov: le président du conseil du culte musulman, qui se « dit blessé », celle d’un prêtre de Versailles, qui estime que Charlie « insulte, salit et dénigre »…Etonnant édito du Midi Libre, qui se demande si « la France ne pouvait pas faire l’économie d’une telle mèche incendiaire », on pourra préférer celui de Guillaume Goubert dans la Croix…tout d’équilibre et de retenue…Dieu assassin ? interroge t il. « On commentera sans indignation par respect pour ceux qui sont morts, pour la douleur des survivants. Et parce que le refus de la violence est au cœur de notre foi…Mais ce n’est pas Dieu qui assassine rappelle Goubert, ce sont les hommes…Ils n’ont d’ailleurs pas besoin de Dieu pour le faire parfois à très grande échelle… »

Alors on n’a pas fini de se demander ce qui a changé depuis janvier dernier, et bien la Croix nous apprend la fin d’une incongruité : le délit de blasphème ne peut plus être appliqué en Alsace ! Héritage du code pénal allemand maintenu en Alsace et en Moselle. Le ministère de la Justice vient de préciser qu’il n’a plus lieu d’être. Enfin

Dans l’actualité également ce matin Hélène, l’Europe qui ferme toujours un peu plus ses portes aux réfugiés

Avec la décision de la Suède, qui se glorifiait d’être « une super puissance humanitaire » rappelle le Figaro et qui a choisi de mettre en sourdine son idéal, « rattrapée écrit le journal par la réalité de l’afflux incessant de migrants à se frontières ». Libération se demande si Viktor Orban n’est pas le vainqueur idéologique de la crise des réfugiés..puisque son mur semble faire école dans toute l’Europe. En attendant, Libé nous donne le chiffre précis des demandeurs d’asile relocalisés en France dans le cadre du plan européen : 19…19 seulement sur les quelques 30 000 que nous nous sommes engagés à recevoir en 2 ans, …Le système est en rôdage euphémise Pascal brice, le directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides

Pendant ce temps là, l’Allemagne éduque, l’Allemagne scolarise ses propres réfugiés. Reportage de la Croix dans des Willkomenklasse, ces classes dites de bienvenue où l’on apprend la langue afin que les enfants intègrent des classes traditionnelles dès la rentrée prochaine. 639 déjà à Berlin.

Alors, pas de cocorico français sur les réfugiés, mais laissons-nous aller à en pousser Un, et même deux : sur le nombre d’entreprises françaises présentes au Grand salon électronique qui s’ouvre aujourd’hui à Las Vegas, avec 128 starts up tricolores contre 66 l’an dernier, la France nous dit le Figaro Economie, est le 2ème pays le plus représenté au salon. Emmanuel MAcron et Pierre Gattaz font le déplacement car ils veulent croire que la France peut devenir la tête de pont du numérique en Europe. Et puis cocorico encore, pour les voitures françaises : les 10 voitures les plus vendues en France sont françaises nous dit le Parisien. Renault et PSa sont sur les premières marches du podium

On termine par deux « grands » hommes présents ce matin dans la presse…

Zidane, « Royal » s’extasie l’Equipe sur 10 pages, pour saluer son arrivée comme entraineur du real Madrid. Pour le quotidien sportif Marca, Zizou est « la solution », So Foot relève sur son site que l’ancien numéro 10 « est une figure quasi divine, que personne ou presque n’ose critiquer »…on en est là ce matin, même si quelques-uns osent, comme le Parisien se demander si ce n’est pas un peu « trop vite, trop tôt, trop grand ? » pour ce tout novice entraineur…et au fait, les coups de boule Zizou, c’est fini ? Marca nous rassure affirmant que Notre Zizou national, et espagnol, a passé une partie de ses vacances de Noel à faire du Yoga…

Un tout dernier mot pour évoquer celui qui n’hésitait pas à se présenter comme « le bocuse du navet » nous rappelle Raymond Couraud dans l’Alsace, Michel Galabru…il aurait pu être Raimu, il a été à sa hauteur dans le Juge et l’Assassin, vous l’avez évoqué PAtrick…mais on le voulait histrion reconnait le Monde, et la litanie des titres des films, « ces hénaurmes merdes » comme il disait lui-même qui l’ont nourris, dit à elle seule tout un pan du cinéma français et de la comédie populaire : quelques-uns, pas forcément à revoir, mais pour la bonne bouche : « poussez pas grand père dans les cactus, dernière bourrée à Paris, y a un os dans la moulinette, le trouble fesse, le mille patte fait des claquettes, ne prends pas des poulets pour des pigeons »…on se fait une séance ?

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