J'ai cherché. Franchement, j'ai cherché un journal qui ne parle pas de foot ce matin. Et j'ai vraiment eu du mal. Pensez, même le Canard Enchaîné, d'habitude peu porté sur le cocorico, titre pour Fance-Portugal : "C'est la lutte demi-finale !". Un slogan fédérateur, selon l'hebdomadaire satirique. Alors, allons-y, plongeons ! "Puisqu'on est tout prêt du but" (La Dépêche du Midi). "Aux portes du paradis" (La Montagne). "Tous avec eux !" (L'Indépendant). "Encore une marche !" (L'Humanité). "A un match de Berlin !" (Libération). "En quête d'un nouvel exploit" (Le Figaro). "Allons zenfants !", avec un Z comme Zidane" (La provence). "Faites-nous encore rêver !" (La Voix du Nord). "Prêts au combat !" (L'Equipe). "On y croit ! " (L'Est Républicain). Et la supplique du Parisien Aujourd'hui en France : "Zizou, offre-nous cette place en finale du Mondial !" car la France compte sur lui. Le Parisien, qui consacre, d'ailleurs, 15 pages, presque autant que L'Equipe, à cette Coupe du monde. Et du côté des éditoriaux, on n'est pas en reste. "Zizou, président !", s'exclame carrément Philippe Rousseau dans La Montagne. "Voilà la France telle qu'on l'aime. Blacks, Blancs, Beurs, unie, solidaire, conquérante. Elle transporte de joie les quartiers du XVIème comme les banlieues. Champagne pour tout le monde ! "Zizou, président", parce que c'était ce que hurlait la foule samedi soir, sur les Champs Elysées. C'est la personnalité préférée des Français, une légende en crampons, fédérateur en toute simplicité. C'est ce que les Français attendent de leurs hommes politiques", poursuit Philippe Rousseau. "Il est beau, il est humble, il est propre, reprend Bernard Revel dans l'Indépendant du Midi. Tout le monde voudrait lui ressembler. Chirac, Sarkozy, Ségolène Royal, vous aussi, sans doute. La France est pleine de Zidane prêts à entrer dans la ballade des gens heureux." "Il incarne aussi une France qui gagne, qui ne veut pas raser les murs. Alors, certes, reprend l'éditorialiste de La Montagne, le foot n'est pas une potion magique. Un tir aux buts mal cadré ce soir et demain, la France aura la gueule de bois. Le sport véhicule des valeurs exemplaires, pas plus, pas moins. En sport, comme en politique, ce sont les convictions qui font la différence." "C'est vrai, reprend Georges Latil, dans la Provence, ce n'est que du foot, rien que du foot et encore du foot, comme le dénonceront les plus grincheux d'entre-nous. Et pourtant. A 21h, nous serons tous collés devant notre poste de télévision. Derrière cette ferveur populaire, il y a une part de chauvinisme plutôt bon enfant, reconnaît Georges Latil. Il y a aussi et surtout cette volonté de continuer le rêve. Qui ne souhaite pas voir le magicien Zidane et ses amis finir sur un opus majeur ? "C'est simple, écrit Sébastien Lacroix dans l'Union et l'Ardennais, nous voulons revivre 98. En mieux. Faire un triomphe à Zidane avant qu'il ne rejoigne le Panthéon du ballon rond. Faire la fête. Demain, et puis dimanche. Se hausser du col, oui, par rapport aux petits copains de l'Europe, mais surtout, vivre 90 minutes au bord de l'infarctus, dans une communion totale avec, écoutez bien, le voisin qu'on déteste, le collègue qu'on fuit, le jeune voyou d'en face, la vieille qui nous barbe et le beauf dont les beuglements, d'habitude, nous font détester le foot. Eh oui, tous les Français sont prêts à sacrifier leur pudeur, voire leur raison. Alors, supplie Sébastien Lacroix, encore un petit effort, s'il vous plaît, Messieurs les Bleus. Ajoutez un doigt de Porto dans votre coupe afin que notre rêve se poursuive jusqu'à dimanche." Pierre Taribo, lui aussi, s'étonne, dans l'Est Républicain, de "cette France capable de passer de la morosité qui la ratatine à l'enthousiasme le plus débridé, avec une facilité proche de l'art baroque." "Faut-il qu'elle manque d'occasions de vibrer à l'unisson, dit encore Dominique Quinio, dans La Croix, pour qu'un but gagnant lui fasse tourner la tête, brandir ses drapeaux tricolores et chanter la Marseillaise ? L'Assemblée nationale déploie sur ses grilles une banderole encourageant l'équipe nationale. Les riverains des Champs Elysées se préparent à leur troisième nuit de liesse. Les indifférents de la Coupe du monde se résignent à ne pas dormir cette nuit. Bref ! note Dominique Quinio, une drôle d'ivresse s'est emparée du pays. Puisse-t-elle rester légère comme un air de fête et ne pas se transformer en déprime collective parce que d'autres, tout aussi déterminés, tout aussi vaillants que les Bleus, auront été, le temps d'un match, un peu plus forts ou un peu plus chanceux. Attention au Portugal." "La dernière marche est toujours la plus haute, prévient Claude Droussent dans son édito de l'Equipe. Se souvenir de la Croatie en 1998." Et Jean-Pierre Bédeï tente la comparaison ultime dans la Dépêche du Midi : "Le risque serait de voir les Français déjà propulsés en finale. Au fond, les Bleus ne veulent pas imiter Jospin. En 2002, le candidat socialiste avait négligé le premier tour de la présidentielle car il se voyait déjà qualifié pour la finale contre Chirac. Il a lourdement payé cet excès de confiance, devant quitter la compétition élyséenne prématurément, avant de se mettre hors jeu pendant quatre ans." Comme dit Pierre Taribo, "il serait rageant de tomber devant la porte de la finale. Pour Zidane, dont il faut reculer le dernier combat, et pour le bonheur de la nation qui, les soirs de liesse, retrouve le sens du concept "vivre ensemble". Il faut gagner." Alors, je vous rassure, le reste de l'actualité ne s'est pas complètement arrêté. Il a simplement un peu ralenti. Je vous parlais, hier, de Carlos Ghosn qui pourrait devenir le maître du monde automobile. Ses conseils d'administration de Renault et de Nissan lui ont donné leur feu vert pour étudier la faisabilité d'une union avec General Motors, mais Le Monde, comme Le Figaro, nous disent que le gouvernement est réticent à une alliance Renault-General Motors et que le ministre de l'Industrie avait recommandé la prudence à l'égard de ce projet. Les pages saumon du Figaro nous disent également que cette alliance éventuelle suscite de vives réticences sur les marchés financiers ainsi qu'auprès des syndicats. Pas sûr que Carlos Ghosn les écoute. Les Echos nous apprennent qu'une rencontre entre le PDG français et son homologue de General Motors, Rick Wagoner, est prévue le 14 juillet. Ca ne s'invente pas. Le 14 juillet, qui pourrait être aussi une bonne nouvelle pour les femmes. C'est le journal La Croix qui nous révèle le plan Chirac pour doper la parité. Un projet de loi visant à renforcer la place des femmes dans la vie politique. Ce texte imposerait la parité dans les exécutifs régionaux et municipaux. Il proposerait donc de faire plus de place aux femmes à la tête des communes et des régions et il augmenterait, par ailleurs, les pénalités pour les partis qui ne respectent pas la parité aux législatives, croit savoir La Croix. Contre-exemple, le Conseil général de l'Ardèche, la seule assemblée départementale où ne siège aucune femme. A l'occasion du 14 juillet, justement, l'Humanité apostrophe le chef de l'Etat. "Monsieur Chirac, amnistiez les jeunes anti-CPE !". Selon le journal communiste, ils sont des centaines à avoir été condamnés pour leur participation au mouvement qui a permis d'abroger une loi injuste. "Le 14 juillet serait une bonne occasion pour le chef de l'Etat de mettre fin à l'interminable répression de ce mouvement", estime l'Humanité. Le président doit décider la grâce et le Parlement voter une loi d'amnistie. Le journal se mobilise. Dans le même temps, ce n'est sûrement pas un hasard, Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, vient d'adresser une lettre ouverte en ce sens à Jacques Chirac. Jacques Chirac qui déçoit deux éditorialistes, Patrick Fluckiger de l'Alsace et Michel Noblecourt du Midi Libre. Jacques Chirac avait fait de l'instauration d'un service minimum dans les transports une promesse électorale. Quatre ans plus tard, note Patrick Fluckiger, un petit pas a été franchi hier avec la signature d'une charte. Mais c'est un tout petit pas bien timide puisqu'il n'a été signé que par deux syndicats, les Autonomes et la CFTC qui ne sont pas les deux organisations les plus revendicatives ni les plus puissantes. Le service garanti se traduira surtout par une meilleure information des usagers. Pas de quoi faire rouler les trains, constate l'éditorialiste. La crainte d'une épreuve de force avec les syndicats prêts à dégainer à la moindre menace de service minimum a eu raison des velléités libérales, écrit aussi Michel Noblecourt, et à l'arrivée, la promesse présidentielle est appliquée au rabais. Libération, lui, nous propose à la une un document qui gêne les juges. Celui d'un fac-similé d'un télex donnant le détail des interrogatoires des prisonniers français de Guantanamo. Des agents de la DST, affirme Libération, ont interrogé illégalement les prisonniers sur la base américaine. Ainsi, dit Jean-Michel Thénard, accepter que des représentants de l'Etat travaillent hors de tout cadre légal avec des autorités que l'on juge agir illégalement, n'est-ce pas se faire le complice de ce que l'on condamne ? Le combat contre le terrorisme, dit encore Thénard, est trop important pour lui offrir une brèche, celle d'un Etat de droit qui jugerait en s'affranchissant des règles de droit. Allez, pour terminer, on se projette dans l'après Coupe du monde. Le 28 juillet, les Rolling Stones seront au stade de France et les Inrockuptibles nous présentent un numéro spécial sur la fabuleuse histoire d'un mythe des sixties.

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