Quand faut-il décélérer ? Commencer à tourner la page du journal ? Manifestement, concernant Ingrid Betancourt, l'heure n'est pas encore venue, tant cette femme fascine. "Une bête politique et médiatique qui renaît", écrit Marianne. Une icône mondialisée, capable de jouer sur plusieurs registres : l'émotion pure, l'euphorie du récit passé, mais aussi, avant même le repos et la tendresse retrouvés, déjà la capacité d'anticiper le futur. A Bogota, elle embrasse dans un même et ample mouvement Dieu, Uribe, l'armée et la Colombie. A Paris, la France et Nicolas Sarkozy. Tout juste après Dieu, a-t-on entendu hier, dans un commentaire télé. Dérapage médiatique, note Maurice Ulrich de l'Humanité, qui n'échappe pas à la fascination. Est-ce cela qu'il faut retenir, écrit l'éditorialiste de l'Huma, ou bien est-ce cette image de la France que nous renvoie depuis 2 jours l'ex-otage ? Si tout le monde ici n'a pas toujours mesuré ce qui se faisait pour elle, si tout le monde ne s'y est pas impliqué de la même manière, elle l'a mesuré. Et c'est sans doute pour ça que les éditorialistes de la presse régionale, unanimes, n'ont pas apprécié les propos de Ségolène Royal, déniant le moindre rôle à Nicolas Sarkozy et mettant en garde contre toute récupération politique. Alors, depuis, Madame Royal a expliqué que ses propos avaient été sortis de leur contexte. Mais le Journal de la Haute Marne parle de "fausse note". La République du Centre de "petitesse". Cette mise en garde relève du procès d'intention, écrit Jacques Camus, alors qu'Ingrid Betancourt et sa famille ont tenu à exprimer leur gratitude envers le Chef de l'Etat. Certes, on imagine que Nicolas Sarkozy n'est pas mécontent de l'heureuse issue intervenue, mais on admettra qu'il a fait preuve de beaucoup de sobriété et de retenue jusque là. Pour la Voix du Nord, le plus gênant pour Ségolène Royal, n'est pas l'avalanche de critiques venues de la droite et de la gauche, c'est le fait d'avoir été démentie en Mondiovision par la principale intéressée. Pour la République des Pyrénées, l'important c'est qu'Ingrid Betancourt soit libre. Peu importe comment, même s'il n'est pas indifférent de connaitre la vérité... Car l'autre polémique, celle sur les conditions de sa libération : "le Mystère Betancourt" comme l'écrit le Parisien, mystère qui contribue à la fascination. La libération de l'ex-otage des FARC, sans effusion de sang, a-t-elle été le fruit d'une infiltration exemplaire, d'une ruse, comme le prétendent les autorités colombiennes. Ou bien y-a-t-il eu versement d'une rançon. Ingrid Betancourt a le sentiment que non. Mais la presse suisse persiste. Ce sont nos confrères de la Radio Suisse Romande qui les premiers ont accrédité le scénario de la rançon, citant une source fiable et éprouvée. LA RSR évoque une somme de 20 millions de dollars et ajoute que les Etats-Unis auraient été à l'origine de la transaction. Le versement aurait permis à Washington de récupérer 3 de ses agents, libérés mercredi avec la franco-colombienne. Aujourd'hui, le journal le Temps corrobore cette thèse, à quelques détails près. Selon les confidences d'une source proche du dossier, affirme le quotidien suisse, au moins 5 millions de dollars auraient été versés aux ravisseurs pour qu'ils acceptent de se rendre avec leur butin humain. Selon le informations du Temps, le chef du groupe des ravisseurs, César, officiellement arrêté en vol avec son second, Enrique, aurait en fait trahi. Sa compagne, connue comme Doris Adriana, a été retenue début février, dans le cadre d'une opération conjointe des autorités colombiennes avec le FBI, contre un réseau de trafic d'armes et de drogue des FARC. Elle aurait été travaillée par les services secrets pour retourner son compagnon, et, par l'intermédaire d'agents doubles, l'aurait convaincu de déserter, moyennant la promesse d'un avenir doré, bien sûr. Ce scénario, écrit le Temps, moins glorieux que celui des barbouzes impeccables, n'en constitue pas moins un revers pour la guérilla. Sans être aussi précis, le Parisien émet des doutes sur la version officielle jugée trop parfaite et constate que négociations ou non, les services secrets colombiens ont soudoyé plusieurs membres des FARC pour les retourner et les infiltrer, attaquant ainsi l'ennemi de l'intérieur. La politique des valises d'argent est très fréquente en Colombie. D'ailleurs l'an dernier, le Président Uribe a créé un fond de 100 millions de dollars pour les déserteurs qui se livreraient avec les otages. Donc tout cela est plausible. Ecartée en revanche la version d'une transaction amenée par les émissaires des gouvernements suisses et français, version circulant sur Internet. Mercredi, explique le Parisien, au moment où l'armée colombienne lançait son opération de libération des otages, les 2 émissaires français chargés depuis le début de négocier avec les FARC et qui avaient établi puis perdu le contact avec la guérilla marxiste, se trouvaient bien en Colombie, mais pas au bon endroit. Autre question posée par le Parisien : quel a été le rôle des Etats-Unis. Même si l'opération est présentée comme 100 % colombienne, les militaires colombiens ont bénéficié de la logistique, de l'aide financière et d'une expertise des Etats-Unis. Et si Alvaro Uribe s'est bien gardé d'annoncer à Nicolas Sarkozy le début de l'opération, il en a informé dès mardi soir John McCain. C'est le Point qui l'explique. McCain était à Carthagène mardi soir avec le Président colombien et son Ministre de la Défense. Ceux-ci lui ont détaillé l'opération que le commando de l'armée colombienne allait lancer le lendemain pour libérer Ingrid Betancourt et surtout les 3 citoyens américains, otages des FARC depuis 2003. Lors de la conférence de presse qui avait suivi, McCain avait félicité Uribe pour ses succès dans la lutte contre les FARC et l'avait appelé à poursuivre ses efforts pour la libération des Américains. Tout se tient, y compris dans la ligne politique. Quoi d'autre dans l'actualité ? Le départ du Tour de France bien sûr. Pour France Soir, c'est simple, c'est le tour de la dernière chance. Pour Libération, le Tour espère s'acheter une conduite. Mais pour l'Equipe, c'est un Tour du tonnerre qui s'annonce. L'Equipe qui assure que c'est l'heure de la rupture. Tout est en place pour que le Tour retrouve sa puissance romanesque. Un Tour ouvert à de nombreux prétendants, en l'absence d'un favori logique et d'Alberto Contador son dernier vainqueur. Un Tour propre ? Ouest-France a fait réalisé par l'IFOP un sondage qui paraitra demain. Une majorité de Français, 70 %, juge que la direction du Tour a fait des efforts importants pour combattre le dopage. Proportion qui monte à 83 % chez les amateurs de l'événement. En revanche, à la question de savoir si elles aiment le Tour de France, 51 % des personnes interrogées répondent que non. Et pourtant c'est le Progrès qui l'affirme : le Tour de France n'est pas mort et il vivra tant qu'il saura préférer l'andouille de Guéméné au pot belge.

Annette Ardisson

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