On ne connaît pas le nombre d'habitants en Seine-Saint-Denis – trop de clandestins, dit "Le Figaro" ! Une crèche ferme à Marseille, dit "La Provence", chassée par les fusillades des dealers. Griezmann a tout appris des Uruguayens, dit "L'Equipe". Et Drucker qui se fâche contre Delahousse, c'est dans "Le Parisien".

La Seine Saint-Denis fait la une du "Figaro"

En Seine-Saint-Denis, on ne connaît pas le nombre d'habitants, parce qu'il y a trop d'immigrés clandestins, nous dit Le Figaro. 150 000 ou 400 000 qui s'ajouteraient aux 1 646 105 habitants officiels recensés le 1er janvier dernier, dans un département où les crimes et délits augmentent et 23,5 % de la population bénéficie des minima sociaux. Le Figaro développe le rapport de deux députés consacré à un département hors norme... et de cette situation fait de la politique et fustige l'immigration : "Le beau mot d'accueil apparaît comme une forme supérieure de cynisme, le paravent notre impuissance et de nos lâchetés…"

Il y a, sur le mal social, d'autres lectures et, sur les faiblesses de l'État, d'autres sujets. 

À Marseille – c'est dans La Provence – une crèche ferme. Elle s'appelait "l'Œuf", la cité de la Busserine, trop proche géographiquement des trafiquants de drogue et de leurs fusillades. Oui mais, cette crèche associative, raconte le journal, était le projet et la fierté des habitants eux-mêmes depuis plus trente ans... Que leur reste-t-il si nul ne les protège.

"Pauvrophobie"

L'hebdomadaire Politis dénonce la "pauvrophobie", la détestation des pauvres qui imprègnerait le pays et les discours officiels, où l'on culpabilise ceux qui touchent les aides sociales. La Croix publie un sondage consacré l'attitude des Français face à l'arme nucléaire. On découvre ceci : en l'an 2000, la première dépense que les Français voulaient attaquer, c'était le budget de la défense ; aujourd'hui, ce sont les aides sociales, dont celles que l'on verse aux chômeurs...

Lisez les journaux, touchez nos crises. À la une du Figaro, juste sous le gros titre Seine-Saint-Denis, on lit ceci :

Les entreprises n'ont jamais embauché autant de cadres.

Le 93 est le terrain du Parisien. Un procès s'est achevé hier à Bobigny. Le procès de policiers qui, en 2013, avaient entre autres éborgné une mère de famille dans la répression musclée d'un rodéo urbain. Conclusion : les policiers sont coupables, mais en légitime défense, donc pas de sanction pour l'œil de Fatouma...

On parle dans nos journaux des émeutes de Nantes et de la mort, d'une balle dans l'arcade sourcilière, d'un jeune homme "délinquant récividiste", dit Le Figaro. Mais les amis de Garges se rassemblaient hier pour lui.

Lisez les journaux, vous aurez nos fractures.

La Dépêche fait sa une sur Mohamed Tataï, imam connu localement accusé d'antisémitisme pour des extraits d'un prêche qui tournent sur internet et qui évoquaient la guerre ultime des Musulmans contre les Juifs. Il plaide la manipulation – le journal semble le croire – mais un responsable de la communauté juive se demande comment dialoguer "avec un homme qui veut nous tuer"...

Juifs et Musulmans, l'équation revient dans Le Parisien, édition du Val-d'Oise, car le conseil municipal de Sarcelles s'est mal passé. L'opposition reproche à la municipalité de gauche d'offrir un loyer gratuit à la boucherie Baldacchino, pourquoi lui. Et l'ancien maire et toujours patron de la ville, François Pupponi, dit ceci :

J'assume avoir fait le choix d'implanter une boucherie qui ne soit ni casher ni halal, juste pour pouvoir donner le choix aux gens.

Un simple boucher, mes amis...

Et "L'Opinion" défend également la boucherie Sanzot

Le commerce de bouche de Tintin que les vegans menacent...  L'Opinion explore la galaxie des vegans, qui ne nous croient pas supérieurs aux animaux. Oui mais dans la revue Charles, un journaliste barbu et vegan traite les mangeurs de viande d'assassins. L'Opinion, commentant tout ceci, évoque le fascisme des libéraux.

La nourriture est notre identité ! Ça peut aussi apaiser. Le titre du Figaro est gouteux, à la veille du tour de France, qui démarre demain depuis Noirmoutiers, qui "a la patate". Et nous n'avons pas seulement la pomme de terre de l'île, mais la grande tradition touristique et culinaire qui accompagne le Tour, et, de la plage de l'Anse rouge jusqu'à la biscuiterie des Petites Cagniotes, le charme de l'adéquation entre "Noirmout" et le journal qui la raconte.

Le Point m'offre un autre incunable : un article aux grandes heures de Stade 2, qui fut la messe vespérale, les dimanches soirs à 19 heures, du sport, du service public et d'une bande de grands journalistes et joyeux lurons. Lionel Chamoulaud prend sa retraite, et le service public se demande s'il conservera le Tour d'ici à la fin de ce siècle.

Faut-il du Tour ne parler qu'au passé ? Libération raconté l'été 1998, dans une France grisée de sa Coupe du monde de football, quand le patron du Tour de France dînait chez les Chirac, avant d'annoncer l'exclusion pour dopage de l'équipe Festina. Et on se demande en lisant si la même humanité dans la triche anime l'équipe Sky et son champion Froome, rétablis dans leurs droits sportifs.

Peut-on du Tour parler dignement ? L'Obs est allé voir un grand jeune homme qui marche à l'eau claire, Romain Bardet et son corps d'anorexique, je cite, et son langage tellement posé et sa bonne éducation, en font un personnage du journal. Bardet est L'Obs, comme Noirmout' est Le Figaro. 

L'autre personnage enviable est Antoine Griezmann, qui confesse et développe son amour de l'adversaire dans L’Equipe, car des Uruguayens lui ont tant appris : le sens de l'amitié et de l’engagement, de la colère aussi. Il faut jeter de l’herbe dans les yeux de l'adversaire s'il vous cherche, en disant "mange-là" !

Sachez-le, l'Uruguayen a quatre couilles, dit l'ancien "goleador" argentin Carlos Bianchi, dans Libration. Oh !

Et Michel Drucker se fâche contre un collègue. Laurent Delahousse, qui a voulu lui prendre sa place et qui n'est "pas un type bien", jure Drucker dans Le Parisien... Il voudrait venir chez nous, Michel Drucker, à France Inter, et aussi mourir en bonne santé.

Il est ce matin une diversité dans le journalisme.

Si Drucker est fâché avec Delahousse, Lucas Menget, qui est grand reporter ET un responsable de France Info, s'est pacsé avec l'écrivain Emmanuel Carrère pour, dans la revue XXI, chercher un mythe en Irak. Un Coran qui aurait été écrit avec le sang de Saddam Hussein, et qui alimente depuis les fantasmes, sur l'ancien dictateur. Evidemment, je ne vous dis pas la fin. Mais comme dans Le Faucon maltais, voilà de quoi sont fait nos rêves.

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