(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le murmure des arbres

(Bruno Duvic) Il y a les frondaisons et le vert du parc de l'Elysée. Le palais au fond, deux drapeaux français et européens sur l'aile du bâtiment. Et au premier plan, il avance vers l'objectif, cadrage américain. Il a un petit sourire aux lèvres, les bras un peu ballants et les mains vides.

La voilà donc la photo officielle du président François Hollande. « Ce n'est pas banal, rappelle Didier Pobel sur son blog, c'est sous son regard qu'on se mariera ». Et pour Pobel, « il y a presque du paysan corrézien endimanché » dans ce cliché signé Raymond Depardon, le photographe « qui aime les temps morts » comme l'écrit Slate.fr .

Président « normal », cet adjectif martelé depuis le 6 mai dernier. Moins normal, la présentation de cette image a donné lieu à une conférence de presse à l'Elysée. Même Nicolas Sarkozy n'y avait pas songé relève Le Parisien-Aujourd’hui en France . Tout le staff de la communication élyséenne était dans la salle des fêtes pour un portrait "qui marquera l'histoire de la Vème république" affirme la directrice de cabinet du président.

Lors de ce photo-show, Raymond Depardon a insisté sur un détail : les mains bien visibles du chef de l'Etat. "Pour beaucoup de gens, c'est rassurant de voir un président avec des mains."

Cette image, autant commentée ce matin que la tenue de la Reine d'Angleterre dimanche, illustre la Une de Libération ...

...Et en titre, cette question : "La gauche peut-elle perdre ?

A 5 jours des législatives, le sondage Viavoice publié par Libération lui est plutôt favorable.

59% souhaitent la victoire de la gauche. Et la cote de popularité de François Hollande est à 62%.

« Oui, le nouveau président connait ce qu'il est convenu d'appeler un état de grâce » commente Libé .

Sondage favorable à la gauche et au chef de l'Etat, pour autant, ajoute le journal, il faut tenir compte du mode de scrutin, les règles du vote dimanche : par circonscription, scrutin majoritaire à deux tours. La victoire pourrait être serrée et ne se concrétiser qu'avec une majorité incluant le Front de gauche. Et une défaite ne peut être totalement exclue.

A 5 jours du scrutin, l'argument de la droite c'est + de gauche = + de taxes. Les dernières déclarations de Martine Aubry sont à la Une du Figaro : elle "presse Hollande d'augmenter les impôts" titre le journal. Commentaire dans l'éditorial : "le parti socialiste n'a pas modifié son logiciel."

Direction la Syrie à présent

L'attente est devenue insupportable, tant pis, le vieil homme va abandonner ses pommiers et se réfugier en Turquie : "10 ans passeront avant que la paix revienne, je ne les verrai plus fleurir."

L'attente insupportable à Akko, 600 habitants, village insurgé dans le Nord Ouest de la Syrie. C'est le premier reportage d'une série de 6, signée Boris Mabillard dans Le Monde .

« Soudain alerte générale. Les milices de Bachar-el Assad ont été repérées dans la plaine. Une mère regroupe des couvertures (…), Dans les ruelles, c’est la panique (…). Une charrette attelée à un vieux tracteur emmène une dizaine de femmes et leurs enfants. (…) Village vidé en quelques minutes, les visages des retardataires ». Les autres sont déjà planqués dans la forêt.

Fausse alerte. La peur des raids de l'armée syrienne, c'est le quotidien. A quelques kilomètres de là, village voisin, les chabihas (les milices), sont bel et bien passées et un homme montre ses mains boursouflées et violacées par les coups de rondin.

A Akko, le fils du vieil homme au pommier c'est l'instituteur du village, dont l'école a fermé. Lui ne veut pas partir en Turquie, malgré cette certitude qui l'habite : tôt ou tard, les tanks lanceront une offensive massive.

Dans la presse ce matin également : "Comment la SNCF prépare la révolution du TGV low cost"

Révolution, car ces rames qui devraient traverser la campagne l'an prochain représentent un test pour la SNCF.

Changement pour les usagers : billets moins chers, un seul bagage sans supplément, un peu moins de place pour s'étaler.

Mais à travers cette offre, la SNCF teste aussi de nouvelles pistes de productivité.

  • Ces trains passeront par les gares périphériques, la redevance y est moins chère.

  • On les remplira au maximum, pas de restauration à bord pour gagner de la place.

  • Les contrôleurs feront l'aller retour dans la journée, pas d'hôtel à payer. On pourrait même demander aux cheminots de nettoyer les rames : on verra ce qu'en disent les syndicats.

  • Pour multiplier le nombre de kilomètres parcourus, l'entretien du matériel devra être plus rapide, et de nuit.

Conclusion des Echos : avec son offre low cost, la SNCF entend reprendre des parts de marché, elle compte aussi sans doute faire bouger son organisation de travail.

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

Ceux qui n'aiment pas vont souffrir, le sport fera la Une dans les semaines à venir. Aujourd'hui en manchette de L'Equipe , le match du jour à Roland Garros, Tsonga-Djokovic en quarts de finale. Et ce joli titre : « Terre promise ».

France football sort son numéro spécial Euro.

A propos de l'Euro, dans L'Humanité , l'écrivain Bernard Chambaz poursuit son voyage en Ukraine où se déroulera en partie la compétition. Aujourd'hui, station Odessa, la ville qui révèle la puissance des images. On a planté des arbres sur les côtés de l'escalier rendu célèbre par le film « Le cuirassé Potemkine ». 192 marches et ce landau qui dégringole. Les touristes posent au sommet. Odessa, soixante-dix-huit synagogues dans les années 20. Il n'y en a plus que trois. Odessa a gardé son côté artiste et cosmopolite. Dans une cafétéria, la serveuse parle italien, elle a travaillé à Bologne. Dans une librairie-papèterie souvenir, une vieille dame parle impeccablement français. En souriant, elle évoque Pouchkine, ce coureur de jupons impénitent.

A la Une de La Croix , un jeune français sur 5 souffre de solitude.

Le dernier arbre de cette revue de presse parle aussi de solitude, mais en Kabylie. C'est un olivier. A Adrar, 900 mètres d'altitude au nord est de Tizi-Ouzou, Algérie. Le petit Mohammed Douzen, élève de 5ème (l'équivalent du CM2) avait l'habitude de s'y réfugier.

Un jour de mars dernier, on l'a retrouvé pendu. Le suicide d'un gamin, épouvantable fait divers, cela peut faire une ligne dans les journaux ou deux pages subtiles et déchirantes sous la plume de Jean-Louis le Touzet, dans Libération : « Les enfants perdus de Kabylie ». Pour le seul mois de mars, 3 enfants se sont donné la mort dans la région de Tizi-Ouzou.

Que nous disent ces drames ? La plume de Jean-Louis Le Touzet est trop fine pour asséner des leçons mais, par petites touches, il décrit le gris de cette Kabylie où le ciel est pourtant d'un bleu très dru.

Le père de Mohammed est maçon et tient un café. Il porte une salopette en jean nouée jusqu'au dernier grand à la taille par un ceinturon de cuir. Quand il envisage l'avenir qu'aurait pu avoir son fils, il ne voit rien d'autre que la même chose que lui, maçon.

A propos de cette série de suicides, les psys hésitent entre désespoir et affirmation de soi. On pense à Mohammed Bouazizi, en Tunisie. Mais un autre médecin souligne le huis clos de ces drames en Kabylie : pas de mise en scène sacrificielle.

Les acteurs de la vie politique parlent d'un manque de foi, les familles sont stigmatisées.

Le reportage se termine sur l'image d'une maman devenu folle après la perte de son fils. Elle marche dans les rues avec son cartable sur le dos.

A demain

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