Décidement, la célèbre phrase de MacMahon : "J'y suis, j'y reste" aura fait une belle carrière. Oui, "J'y suis, j'y reste"... Comme le titre "Le Figaro" ce matin : "Dos au mur, Dominique de Villepin fait face"... Tous les journaux reviennent ce matin sur la conférence de presse tenue par le Premier ministre hier... sur le thème : "Pas question de démissionner... Voici d'ailleurs mes projets pour l'avenir"... Il a montré qu'il avait du coffre, le Premier ministre, et du panache, écrit Philippe Waucampt dans "Le Républicain Lorrain"... Car pour affronter aussi crânement une affaire aussi pourrie, il faut incontestablement du tempérament... Et l'inconscience des littéraires, ajoute notre confrère. Jouer la montre jusqu'au Mondial et aux vacances d'été, pariant sur la faculté d'oubli des Français... En d'autres termes, tenir... Oui, mais tenir pour tenir, est-ce gouverner ?, s'interroge Pierre Taribo dans "L'Est Républicain". Jacques Chirac, lui aussi, veut gagner du temps, explique le journal "Le Monde", rapportant les propos d'un ministre proche du Président... "C'est dur, c'est compliqué, mais ça tient"... En d'autres termes, certains veulent encore croire, dans le premier cercle chiraquien, que la défense adoptée par le Premier ministre est la bonne... Maintenant, c'est parole contre parole... Rondot versus Villepin, affirme un fidèle du Président. Oui, mais la cartouche Villepin étant quasi consumée, l'Elysée attend maintenant le sauveur... C'est dire si le désarroi est grand, commente "Le Monde". Le sauveur, oui, mais qui ?... Car le maintien de Dominique de Villepin à Matignon ne tient qu'en l'absence de solution de remplacement, estime l'hebdomadaire "Politis". Dans le camp chiraquien, en effet, les fidèles se font rares. En attendant, les erreurs du Premier ministre, tout comme sa personnalité controversée, entraînent le chef de l'Etat dans une fin de mandat chaotique, écrit Jean-Luc Mano dans "Le Nouvel Economiste"... Le Président a préféré gouverner avec son ombre, au risque que celle-ci devienne réellement plus grande que sa propre nature. Et ce n'est pas le verdict relativement clément apporté par le sondage CSA du "Parisien" hier qui arrangera les choses... Sondage selon lequel un tiers des Français seulement souhaitent la démission du Premier ministre... Indicateur à prendre avec prudence, car on ne sait pas si les personnes interrogées l'ont été avant ou après les nouvelles révélations du "Monde"... Bref... En un mot comme en cent, tout cela est interminable, titre "Libération". L'affaire Clearstream éclabousse encore un peu sa fin de règne... Le Premier ministre se pose en ultime rempart du système présidentiel usé jusqu'à la corde, écrit ce journal, qui titre : "Chirac n'a plus que Villepin pour pleurer". Voilà qui accrédite le titre du livre de Franz-Olivier Giesbert, dans lequel étaient déjà publiées des confidences sur l'affaire Clearstream... "La tragédie du Président"... Qui devient un peu aujourd'hui "L'agonie du Président"... Rien qui ne puisse arranger la chiracophobie ambiante, devenue sport national... Ainsi, après le livre du patron du "Point", "Libération" nous parle d'un film qui, paraît-il, dresse un portrait terrifiant du Président. Il sortira fin mai dans une centaine de salles : il s'appelle "Dans la peau de Jacques Chirac"... Un film qui, manifestement, veut la peau de Jacques Chirac. Ce film est annoncé comme quelque chose qu'on pourrait résumer par : "Maintenant, on vous dit tout"... A ceci près, commente "Libé", que les images étonnantes qui y sont montrées ne sont pas secrètes... On les avait seulement oubliées. Co-réalisé avec l'animateur Karl Zéro, ce film, réalisé par Michel Royer, est un collage fabriqué à partir d'un millier d'émissions où apparaît le Président, sur des thèmes comme le cynisme électoral, l'art de tuer ses rivaux, ou la vacuité du bilan... Comme un lynchage réjouissant, mais qui menace à tout instant de tomber dans la démagogie, avertit notre confrère de "Libé", Eric Eschimann. Images assassines... Presse assassine également. Déjà, avec le CPE, les journaux étrangers avaient habillé le gouvernement pour l'hiver, et la France aussi... La litanie du déclin... Là, avec Clearstream, l'image de la France, et surtout celle de Jacques Chirac, est une nouvelle fois fortement écornée... C'est par exemple le "Financial Times" qui titre : "Paralysie à Paris", et qui estime que la meilleure façon de sortir de cette impasse serait d'avancer l'élection présidentielle... C'est encore "The Independent" de Londres qui estime que cette affaire cause un tort énorme à la France, et qui attribue les crises successives qu'a connues le pays aux onze années du règne Chirac... C'est enfin l'espagnol "El Pais" qui voit l'emblème de l'immobilisme, et qui, lui aussi, s'en prend à Jacques Chirac et à l'institution présidentielle française, qu'il qualifie de "monarchique et obsolète". Et puis, histoire de retourner le couteau dans la plaie, "El Pais", dont on a l'impression qu'il a toujours existé, lance cette devinette : "Qui était le Premier ministre en France il y a trente ans, lorsque notre journal est né ?". C'était Jacques Chirac. Enfin, vous avez noté que, dans "affaire Clearstream", il y a "Clearstream". Et selon "L'Humanité", tout comme "L'Humanité Dimanche", il y a plus grave que le corbeau... Il y a Clearstream. A savoir : une vaste entreprise qui, selon "L'Humanité", offre à ses clients les mécanismes nécessaires pour blanchir l'argent... Un système qui permet à plus de 2.500 institutions financières du monde entier d'échanger des actions et obligations, parfois en milliards d'euros, et cela en quelques instants. Alors, que cache cette officine bancaire, présente dans 107 pays et 40 paradis fiscaux ? En guise de réponse, "L'Humanité Dimanche" rappelle ce qu'en dit François d'Aubert, député UMP qui, au-delà de Clearstream, attaque le Luxembourg... "On n'a pas affaire à une vulgaire place offshore... On a affaire à un pays membre de l'Union européenne qui possède les dispositifs permettant de pratiquer à grande échelle le blanchiment d'argent sale"... D'où le titre de l'hebdomadaire du groupe "L'Humanité" : "La véritable affaire Clearstream". La gaffe... L'affaire qui fait tache. Dans un peu plus d'un mois, la Coupe du Monde de foot commencera en Allemagne... Or, aujourd'hui, au lieu de parler de foot, on parle d'autre chose... On parle beaucoup plus d'Artemis que de ballon rond... Les organisateurs allemands doivent s'arracher les cheveux. Alors n'ayons pas peur des mots : c'est le plus grand bordel du monde qui se met en place à l'ombre des stades en Allemagne, et qui fait souffler un vent d'indignation un peu partout en Europe... Comme en témoignent et "Le Nouvel Observateur" et "L'Humanité Dimanche"... Mouvements sportifs, associations, politiques... Les unes après les autres, les voix s'élèvent pour condamner cette prostitution organisée... Les deux hebdomadaires publient d'ailleurs une pétition, sous le titre : "Acheter du sexe n'est pas un sport", ou encore : "Oui à la Coupe du Monde de foot, non à la Coupe de la Honte". Dans "HD" et dans "Le Nouvel Obs", des personnalités réagissent... Exprimant la même colère... Seul Daniel Cohn-Bendit, fan de foot, est un peu décalé... Non pas qu'il soutienne l'existence de cette maison de prostitution, mais il tient à faire savoir que cette foire du sexe n'est pas spécifique au football... La preuve : chez lui, à Francfort, pendant la Foire du Livre, il y a le même phénomène. En fait, ajoute Cohn-Bendit : "Il faudrait pousser les femmes à devenir supportrices de foot... Comme cela, la libido entrerait dans les stades... Il faut sortir le football du ghetto male". Mercredi, la semaine dernière, c'est Raymond Domenech qui s'insurgeait... D'abord contre l'amalgame qui est ainsi fait entre le foot et le sexe... Enfin, ce sexe-là, outil de la traite des Blanches... "C'est proprement scandaleux", disait-il sur France Inter. Interrogé ensuite par "L'Humanité Dimanche", il n'a pas souhaité en dire davantage... Il avait tout dit ici... Le propos était clair, effectivement, comme un concentré d'ailleurs de toutes ces protestations qui se font entendre. Tiens, puisqu'on parle de Raymond Domenech, ce portrait brillant, publié par le journal munichois "Der Tödliche Pass"... Où il est expliqué que le sélectionneur national, contrairement à ses prédécesseurs, peut se montrer critique à l'égard du milieu footballistique. Il est qualifié d'intelligent et cultivé, homme d'esprit... Avec pas mal d'humour... Il est capable d'autodérision... Oui, mais son penchant pour l'ironie l'a beaucoup desservi, écrit notre confrère allemand Albrecht Sonntag... Quand les journalistes posent des questions idiotes, par exemple, les sarcasmes fusent... Et ça lui a coûté cher... Mais bon, c'est de bonne guerre... Les journalistes n'aiment pas être bousculés... Non, le problème c'est que la fonction peut changer l'homme... Ce que Sonntag regrette, à la lumière de cette anecdote, qu'il raconte... "Il y a quelques années, il m'avait dit qu'il ne chanterait jamais les hymnes nationaux, qu'il traitait 'd'hymnes barbares'... Or, aujourd'hui, quand les caméras de télé sont braquées sur lui, il chante sa "Marseillaise" à gorge déployée, et trouve la ferveur de ses joueurs touchante et émouvante". Alors notre confrère allemand conclut, d'un seul mot qui claque un peu comme un but contre son camp : "Dommage". On va terminer par un petit détour dans le Nord, avec "La Voix du Nord", le grand journal de la région, qui vit un événement important... Il devient un tabloïd. Bonjour, Bruno Vouters... Vous êtes rédacteur en chef adjoint... Vous devenez tabloïd... J'imagine que c'est d'abord une question de format, plus que de fond... Ou, au contraire, est-ce que ça constitue un changement de ligne éditoriale ?... Pourquoi ce changement ?... Bon week-end à tous. A lundi.

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