Patrick Cohen : Dans la presse ce matin, poison et contrepoison... Bruno Duvic : Le dossier d'instruction pèse 300 tonnes... Une commission d'enquête parlementaire a travaillé quatre mois sur cette affaire. Elle a entraîné des excuses du président de la République et une réforme de la justice. Et pourtant, six ans après l'acquittement des derniers accusés dans l'affaire d'Outreau, contre toutes les évidences établies, le poison du doute est instillé... instillé par une drôle de nébuleuse. Le Nouvel-Observateur, nouvelle formule, s'ouvre cette semaine sur une enquête de Sophie des Déserts, autour de cette nébuleuse. On y trouve des psychiatres, des psychologues, des avocats, des magistrats, un ancien ministre, Pierre Joxe, et l'un des enfants victimes devenu adulte, Kevin Delay, le fils aîné de la mythomane en chef, Myriam Badaoui. Il a changé de prénom, se fait appeler Cherif aujourd'hui, et sort bientôt un livre. Rien de nouveau, des mensonges comme il y a dix ans, dit l'un des avocats. Cherif a témoigné récemment dans un colloque organisé par l'Institut de victimologie. C'est là, au sein de l'université Paris-Panthéon, que la fameuse nébuleuse était réunie. Ce que disent tous ces gens, c'est qu'on n'a pas assez entendu la parole des enfants, les douze petites victimes. Pourtant, les quatre véritables coupables ont bel et bien été condamnés. Alors, derrière cet argument fallacieux, écrit Sophie des Déserts, germe l'idée que les acquittés ne sont pas tous innocents. Tout est bon pour faire bouillir la machine à soupçons. Les époux Lavier, deux des acquittés, ont perdu récemment la garde de leurs deux derniers enfants pour maltraitance, mais aucun abus sexuel ne leur a été reproché. La fille aînée, Aurore, a retrouvé ses parents. Conclusion de la journaliste de L'Obs : "Aujourd'hui, elle est enceinte et veut vivre tout simplement loin d'Outreau, de ses fantasmes et de ses fantômes... Est-ce possible ?". Patrick Cohen : Le poison du doute à Outreau... le poison de la violence en Côte d'ivoire... Bruno Duvic : Juste une scène racontée par l'envoyé spécial de La Croix à Douekoué, pour dire que la guerre civile et les confits interethniques continuent. Le reportage de Laurent Larcher commence avec deux véhicules de l'ONU qui filent vers un village de la région. "Il faut venir vite, des dozos vont tuer deux de nos frères". Les dozos, ce sont des chasseurs traditionnels à qui ont attribue des pouvoir magiques, comme celui d'échapper aux balles. Quand le commandant de l'ONUSI arrive dans le village, il trouve un homme à genou au pied de plusieurs guerriers portant de grandes nattes leur cachant la moitié du visage. Ils jouent avec leurs machettes et leurs couteaux. Ils portent également des armes à feu. L'un des dozos tourne autour de l'homme en faisant des moulinés avec une longue lame, roulant des yeux, et hurlant des imprécations. Les soldats de l'ONU sauveront la vie de l'homme à genou in extremis. Poison de la violence, contrepoison de la justice. Les enquêtes sur les exactions continuent, nous dit La Croix. Une commission internationale est arrivée hier à Abidjan pour établir l'ampleur des crimes perpétrés. Patrick Cohen : Autre poison : l'affaire des quotas à la Fédération Française de Football... Bruno Cohen : C'est "La tempête" comme le titre ce matin, L'Equipe... Plus l'enquête avance, plus elle est embarrassante pour la fédération. Le président de la FFF était-il au courant ? L'un de ses plus proches collaborateurs a participé à la fameuse réunion du 8 novembre où il a été question de ces quotas. Mais Fernand Duchaussoy assure qu'il n'était pas au courant. L'affaire pourrit jusqu'à la belle image de la France championne du monde en 98. Les champions se divisent entre eux. Dugarry accuse Thuram de vouloir toujours passer pour un juge de la Cour Suprême. Laurent Blanc va-t-il devoir quitter son poste, à moins qu'il ne prenne les devants et démissionne... "Il pourrait dire stop", titre L'Equipe. Dans l'édito du quotidien sportif, Fabrice Jouhaud essaie de faire le tri entre les informations et les accusations sans preuve. Sur l'idée de quota d'abord : "Que chacun imagine un instant son enfant ou son frère empêché d'accéder à une formation sur le seul critère de son origine". Sur Laurent Blanc ensuite : Est-il raciste ? La réponse est limpide, écrit Fabrice Jouhaud : "Absolument pas ! Pourquoi alors, a-t-il tenu des propos équivoques ? Parce qu'il faudrait sans doute, augmenter les quotas de culture générale et civique. Mais s'il choisissait de s'en aller, ce serait une injustice ». En guise de contrepoison, les amateurs de foot cocheront la date du 28 mai sur leur agenda... C'est toujours à la Une de L'Equipe : Manchester/Barça, une finale de rêve en Ligue des champions. Les deux plus belles équipes d'Europe dans l'un des plus beaux stades du continent, Wembley. La presse britannique parle déjà d'une "beautiful night". Patrick Cohen : Poison, contrepoison... D'autres articles en bref... Bruno Duvic : Quand un responsable syndical se suicide dans les locaux même du Ministère du Travail. C'est à la Une du Parisien-Aujourd'hui-en-France. Luc Beal-Rénaldy, l'un des responsables de la FSU, a mis fin à ses jours hier. Toujours la même question derrière le drame, à laquelle il n'y a pas de réponse : est-ce du à ses conditions de travail ? Le poison du Médiator pour les comptes de la Sécurité sociale aussi. Il a coûté un milliard 200 millions à la sécu... C'est la Une du Figaro. L'austérité : potion ou poison ? L'Humanité s'élève contre le projet de réforme de la Constitution qui veut y inscrire l'équilibre des comptes publics. "C'est un coup de force" pour le journal. Les délices dangereux de la nostalgie... Mardi prochain, des torrents de « mitterrandolatrie » vont déferler sur la France. On célèbrera les trente ans de son accession au pouvoir. Deux journaux, pourtant opposés politiquement, s'élèvent contre ce phénomène. Politis, qui dénonce le tournant de la rigueur et Valeurs Actuelles, qui dénonce "une grande manip". Le masculin l'emporte sur le féminin... Poison du sexisme ! En guise d'antidote faut-il réformer la grammaire ? L'un des blogs du Monde se fait l'écho d'une pétition qui demande la suppression de cette règle : le masculin l'emporte sur le féminin. Déjà plus de 500 signatures. Mais des commentaires d'internautes acerbes en marge du texte... L'un d'entre eux rappelle que le masculin a valeur de neutre. Patrick Cohen : Un dernier contrepoison pour la route... Bruno Duvic : L'interview de Woody Allen dans Le Nouvel-Obs... A quelques jours de la sortie de son film "Minuit à Paris", qui sera présenté à Cannes. L'auteur de "Manhattan" y est presque caricatural, mais son humour fait toujours mouche. Il a découvert Paris sur le tournage de "Quoi de neuf Pussy cat ?" - "Le bon côté, dit-il, c'est que j'étais logé au George V... Je suis tombé amoureux de Paris, j'ai failli ne pas repartir". - "Pourquoi ne pas être resté alors ?", lui demande François Forestier... - Réponse : "Tous mes docteurs étaient à New-York !". - Quel souvenir avez-vous gardé de cette époque ? - Merveilleux ! Je n'avais rien vu de tel... Il y avait la Joconde, Modigliani, Miro, Renoir... A Brooklyn, mon quartier à l'époque, la seule forme d'Art, c'était les hot-dogs ! Une époque sous laquelle l'homme qui se serait bien vu en Terminator yiddish, aurait aimé vivre, c'est la belle époque : "Les femmes s'habillaient bien, chaque réverbère dans la rue était un chef-d'œuvre, mais chez le dentiste, il n'y avait pas de Novocaïne... et ça, ça gâche tout ! Entre deux bons mots, Woody Allen confie que "Manhattan", l'un de ses chefs d'œuvre, lui semble un film raté. Et pourtant, on boirait bien de ce poison-là, tous les jours !

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