(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Bas les pattes

(Bruno Duvic) Elles sont quarante, quarante femmes journalistes politiques. Et elles signent une tribune ce matin dans Libération pour dire, une fois de plus, « bas les pattes » aux machos, ras le bol des comportements sexistes des hommes politiques.

Les quarante sont sur le terrain sous les présidences Sarkozy et Hollande. Pas les générations Giroud, Cotta, Ockrent, Sinclair, celle d'après. Certaines sont citées parfois ou régulièrement dans cette revue de presse, Nathalie Shuck du Parisien , Laure Bretton de Libération , Lenaïg Bredoux de Mediapart . Ou vous les entendez sur France Inter, comme Carine Becard, de notre service politique.

Et elles racontent : les regards déplacés, les mains baladeuses, les invitations à diner tard le soir. Ce député qui accueille une journaliste à l'assemblée : « mais vous faites le tapin, vous attendez le client ». Cet autre qui passe la main dans les cheveux.

Ce conseiller ministériel qui au retour des vacances, demande si vous êtes bronzée vraiment partout. Un ami du président, encore : les journalistes sont d'autant plus intéressantes qu'elles ont un bon tour de poitrine.

Ce n'est pas tout le temps, pas tous les jours, pas la majorité, un peu moins les plus jeunes hommes politiques mais quand même : "nous pensions que l'affaire DSK avait fait bouger les lignes, écrivent les quarante, dont certaines restent anonymes. Las, ces pratiques continuent, dans toutes les familles politiques, à tous les niveaux de pouvoir."

Nous ne sommes pas naïves, ajoutent les signataires, nous savons que notre métier implique de construire une proximité. Mais force est de constater que nous ne le faisons pas tout à fait comme nos camarades masculins : le moins de tête à tête possible, une vigilance permanente. »

Bas les pattes, le machisme en politique, Libé consacre pas moins de six pages au sujet, alors qu'il y a 70 ans, les femmes pouvaient enfin voter pour la première fois. Propos de l'ancienne ministre Roselyne Bachelot : « Je reste persuadé que le sexisme est un fait constitutif de la vie politique. Simplement il est masqué, il y a une sorte de bouillon et de temps en temps il y a un gros glouglou qui fait qu'on se dit "ah ! c'est pas fini" »

Le monde politique comme un décalque de tous les autres

« Les femmes sont assignées à être des complémentaires, non des égales » dit encore dans Libé la chercheuse en sciences politique Réjane Senac.

Et dans le nouveau monde, celui des nouvelles technologies aussi, il y a du travail. Exemple sur Rue89 avec les agents virtuels, ces petits personnages qui vous aident sur les sites de commerce en ligne, des opérateurs téléphoniques ou des grandes marques. Ils s'appellent Anna chez Ikea, Laura chez EDF, Inès chez Nespresso, Yoko chez Toshiba. Bref des femmes quand il s'agit d'assistance et d'accueil. Mais pour parler argent en expert, crac, c'est Prosper qui vous accompagne, à la GMF. Et les concepteurs de ces agents virtuels ne font que répondre à une demande de leurs clients. Pour plus de parité, vous pouvez vous tourner vers le caporal Dupont, le recruteur virtuel sur le site de l'armée de terre. Personnage changeant, tantôt homme tantôt femme et de toutes les couleurs.

Où vont se cacher les inégalités hommes femmes ? Dans les recoins des villes, aussi. Dans La Croix , cette expérience menée dans douze villes de France. Des femmes se promènent dans les rues avec élus et sociologues pour leur montrer directement sur le macadam, ce qui empoisonne leur quotidien et peut même les mettre en danger : les petites rues mal éclairées, les esplanades désertes... Pour changer les choses et que l'espace public leur appartienne pleinement. Quand les quartiers sont rénovés, les décideurs sont souvent des hommes.

Lutter contre le sexisme, c'est le combat permanent du mensuel Causette . Dossier ce mois-ci sur le sexisme bienveillant. Celui qui part parfois d'une bonne intention voire est teinté de chevalerie, mais révèle beaucoup de préjugés. Exemple, c'est évidemment monsieur qui paye au restaurant. Ou encore : pourquoi l'entrée gratuite en boite de nuit pour les filles si ce n'est pour attirer ceux qui ont forcément de l'argent, les garçons, avec de la chair fraiche, les filles ?

Le machisme lourdingue, le sexisme bienveillant, mais aussi la barbarie à l'état brut ce matin dans la presse. Dans L'Humanité , témoignage d'une adolescente enlevée par Boko Haram et assignée à un mari violeur : « Je voyais l'homme seulement le soir quand il venait me chercher pour me prendre. Je ne connaissais même pas son nom, il ne me parlait pas. »

A la Une encore : la famille Le Pen

La fille met le père au tapis. Le patriarche est suspendu du parti et sans doute bientôt privé de sa présidence d'honneur après ses dernières provocations. « Parricide la sortie » titre La Provence . Marine le Pen a tué le père ajoute Sud Ouest .

Les conséquences politiques, la presse essaye de les évaluer depuis le début de ce conflit entre Marine et Jean-Marie Le Pen. Le FN est-il vraiment différent sans Jean-Marie Le Pen ? Est-ce une étape de plus dans Etape de plus dans la dédiabolisation ? Risque de scission au FN ? Sur ce dernier point, le sentiment ce matin est que le pouvoir de nuisance du père qui voudrait se venger est limité. En résumé les cadres, les troupes et même les électeurs du FN ne le suivent plus.

Ces analyses peuvent être lues depuis plusieurs semaines maintenant. Ce que retiennent surtout les journaux, c'est qu'une page se tourne après cette scène inédite dans la vie politique. Bruno Dive dans Sud-Ouest : « Imagine-t-on un bureau national du PS réuni jadis pour sanctionner François Mitterrand ? Ou au RPR pour désavouer Jacques Chirac ? C'est ce qui s'est passé hier au Front national » Ingrédient supplémentaire, c'est la fille qui a viré le père, comme si Claude Chirac prenait une mesure disciplinaire contre son dabe.

« Au-delà de la vie du FN, analyse Guillaume Tabard dans Le Figaro, c'est une page de plusieurs décennies de l'histoire politique française qui se tourne. Le Pen père, élu pour la première fois député en 1956, la même année que Giscard. Cas unique, homme politique le plus rejeté de France mais qualifié au second tour de la présidentielle. »

Reste cette hypothèse, sur laquelle Bruno Dive conclut son papier de Sud-Ouest : « Et si les provocations du père visaient à empêcher la progression du FN vers le pouvoir pour de « bonnes » raisons. Il sait mieux que personne que son parti n'est pas prêt à exercer le pouvoir, que ses succès électoraux cachent une grande misère, ni homme ni programme pour diriger le pays et assurer le fonctionnement de l'Etat. »

Quoi d'autre dans la presse ?

De quoi prolonger le débat vif, hier, sur France Inter avec Emmanuel Todd sur le 11 janvier. Son livre est évoqué dans la presse mais aussi un autre parmi les dizaines qui sortent en ce moment sur les attentats, la grande marche et ce qu'ils ont changé en France.

Ce livre-là, évoqué notamment dans La Croix et Les Echos s'appelle le catalyseur, signé d'un homme de sondage, Jérôme Fourquet et d'un sociologue Alain Mergier. Ils ont interrogé des personnes qui n’ont pas participé aux grandes marches. Leur thèse est que les événements de janvier ont conforté le rejet de l'Islam et de l'immigration. Les personnes interrogées ne disent plus « Je pense comme Marine Le Pen ». Ils disent : « Marine Le Pen pense comme moi ». Se serait cristallisé au sein des classes populaires une « idéologie de l'islamisation », une clef de lecture des événements, comme une machinerie qui interprèterait l'actualité avec un seul fil rouge : « Notre pays est livré à tous les vents, les islamistes sont dans une guerre de conquête, la question de la frontière devient centrale ». Tout peut nourrir cette idée, des migrants en méditerranée à l'attentat déjoué de Villejuif. Le mélange de sentiment d'insécurité physique, économique et culturelle se cristallise autour de cette idée. Idée qu'il faut entendre pour y répondre, estiment les auteurs, car « Le seul récit national qui existe aujourd’hui est négatif, c’est celui de cette menace qui pèse sur la France. Ce récit est sans concurrence »

A demain

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