La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

On commence par ?

Par poser le postulat qu’aujourd’hui étant un jour férié, c’est le moment idéal de profiter de votre temps de cerveau et de papilles, disponibles…on commence par quoi le cerveau ou les papilles ?

C’est parti pour les papilles !

« 180°, le magazine des recettes et des hommes, », le numéro 7, printemps/ été vient de sortir, et il vous faut le toucher, le déguster, le dévorer des yeux avant de dévorer les recettes qu’il vous propose. Magnifiques photos qu’on a envie de découper pour les encadrer, de produits de la terre, des piments, des pommes de terre nouvelles, des oignons nouveaux mais aussi clichés d’hommes et de femmes qui nous racontent la passion de leur métier, photos lumineuses de Valérie qui a troqué sa veste noire et sa vie sombre pour monter son restaurant dans le Var, très beau reportage d’Eric Fénot, on y retrouve des couleurs à la Depardon, parti faire les estives avec la famille Cariorbe dans les montagnes béarnaises pour y produire une magnifique Tomme de brebis. Vrai plaisir sensuel que ce semestriel, à la narration enlevée, les recettes pour les extras nuls vous feront autant sourire que peut –être enfin réussir la crème caramel. Et puis, ne croyez pas que parce que vous vous faites plaisir, vous n’apprenez rien ! Par exemple, d’où vient le symbole français par excellence, la baguette de pain ? Et bien vous saurez tout de l’histoire du « pain républicain », du pain noir au pain blanc jusqu’au sauvetage de la baguette par …Edouard Balladur en 1993! On ne lui rend pas assez hommage.

On continue avec notre temps de cerveau disponible Hélène ?

Pour se plonger dans Philosophie Magazine, et s’arrêter sur un article de Michel Eltchaninoff qui tente de nous dessiller sinon les yeux, en tout cas l’esprit. Que dit la photo des terroristes de l’aéroport de Bruxelles, de l’attentat à venir ? Vous vous souvenez le cliché de ces 3 hommes poussant un chariot, dont l’homme au chapeau, capté par les caméras de surveillance video quelques minutes avant les explosions à Zaventem. Si cette photo a sur nous un pouvoir hypnotique, c’est parce qu’elle se lit au futur antérieur. En voyant cette photo, on sait que d’ici quelques minutes, l’explosion aura soufflé le hall et aura tué. Bref, on croit que le passé contient en lui le futur, qui n’est qu’une confirmation de ce passé. Et bien c’est un mirage nous dit Eltchaninoff. Bergson a expliqué il y a près de 100 ans, cette « illusion ». Le futur antérieur nous fait croire que ce qui va arriver est inscrit dans le présent, c’est faux. Le moment T-1 ne produit pas l’instant T, il porte encore une infinie possibilité d’événements. Pourquoi est-ce intéressant ? Juste pour concevoir que sans juger de l’utilité des mesures préventives, en tout état de cause, cela ne suffit pas à tout prévenir, parce que le futur reste imprévisible…Méfiez-vous donc, des lectures au futur antérieur, lectures au premier degré.

Le futur antérieur, c’est fait…et sur le présent et le futur tout court, vous avez trouvé quelque chose ce matin dans la presse ?

Sur le présent, je peux vous prédire un réveil en fanfare pour Alain Juppé, le maire de Bordeaux va découvrir à la Une de son quotidien régional Sud-Ouest, sa photo et cette menace « Ils sont tous contre Juppé », « ils auront mis le temps écrit Bruno Dive, mais cette fois, c’est fait, tous ses adversaires ont fini par comprendre qu’il était le plus dangereux ». Ultra favori dans les sondages, le candidat à la primaire devient donc l’homme à abattre. Classique.

Alors, pourquoi ne pas s’intéresser plutôt à un futur qui s’imaginerait à rebours de la pensée dominante actuelle ?

C’est le pari de 150 personnalités qui publient dans Alternatives économiques de ce mois de mai, un appel pour « remettre la réduction du temps de travail au cœur de débat public » ; parmi elles, entre autre Michel Rocard, Cécile Duflot, Pierre Laurent, ou encore Daniel Cohn Bendit. Has been la réduction du temps de travail ? Au moment où on s’écharpe sur la question des droits des salariés low-cost de l’économie uberisée ou sur la facilitation de licencier pour mieux embaucher, c’était l’argument initial de la Loi Travail, on se dit que l’idée n’est plus tout à fait tendance. Guillaume Duval dans Alternatives éco prend néanmoins sa défense, en nous racontant d’abord la bataille de longue haleine pour passer de la semaine de 48 heures en 1919, aux 35h de Lionel Jospin. Une réduction massive du temps de travail, réalisée dans tout le monde industrialisé, qui a toujours participé à la dynamique économique de ces pays, en plus d’améliorer les conditions de vie de chacun explique le journaliste. Mais Guillaume Duval dissèque surtout pourquoi la dernière expérience, celle du passage aux 35h a fait de ce sujet une question taboue : parce qu’elle reste considérée comme un échec par les Français. Elle a créé des emplois, même si on continue de s’écharper sur les chiffres, elle a renforcé la productivité des entreprises, mais elle n’a pas su réunir insiders et outsiders. Elle a permis aux seconds, les chômeurs d’entrer sur le marché du travail, quand les premiers, déjà salariés retiennent surtout leur salaire bloqué. « Avec les 35h, écrit Duval, la France s’est trouvée confrontée à un problème classique en théorie des jeux : une politique optimale pour la société dans son ensemble ne l’est pas nécessairement pour chacun des individus qui la composent. » Voilà où on en est : c’est normalement aux partis et aux syndicats de résoudre ces contradictions entre intérêt général et intérêts individuels…Pas sûr que ce soit le chemin suivi actuellement, mais la réflexion est intéressante si on considère que le chômage de masse reste la plaie de notre société.

On termine Hélène, plus légèrement ?

Avec un nouveau magazine dans vos kiosques depuis quelques jours, « Pop Story, les romans de l’actualité ». Sonia Devillers recevra son directeur Jean Luc Barbéry dans l’Instant M à 9H40. Sincèrement, la couverture peut faire fuir. On y voit Emmanuel et Brigitte Macron dans un cœur couleur guimauve qui nous rappelle les meilleurs opus de la collection HArlequin, sous le titre « et Brigitte créa Macron », la vraie histoire. On peut fuir, mais si on lit cette enquête sur la rencontre entre ce jeune lycéen, brillant et sa prof de lettres, c’est sérieux, fouillé, études de caractères des milieux petits bourgeois dans une ville de province Amiens, où il n’est pas simple de rompre avec le conformisme. C’est…cash parfois, si Brigitte Macron s’est répandue dans les magazines people, c’est parce qu’une sale rumeur courait dans le tout paris, est il écrit pour la première fois : Emmanuel Macron serait gay. Alors c’est de l’intime, on peut s’en désintéresser. On peut aussi lire cette histoire comme un miroir d’une société qui a bien évolué. En 1969, une prof Gabrielle Russier, tombée amoureuse d’un de ses élèves de 16 ans, s’était suicidée après le scandale provoqué. Aujourd’hui Brigitte a 24 ans de plus qu’Emmanuel, et tout le monde s’en fiche. On a changé de siècle.

Je termine juste en vous demandant Marc, savez vous qui vient d’entrer dans ce studio et s’asseoir à mes côtés ? Vincent Dedienne en personne ! Vincent qui vient d’être investi de la lourde tâche de concocter les bons mots qui normalement feront rire aux éclats le gratin de la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes. Laurent Lafitte, le maitre de cérémonie l’a choisi comme camarade de jeu pour tester et trouver ses blagues, c’est raconté dans un chouette papier de M, le magazine du Monde, spécial Cannes, sous la plume de Lisa Vignoli.

En avant première, Vincent, une blagounette cannoise ?

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