Brice Hortefeux parle d'imposer des couvre-feu pour les moins de 13 ans dans les rues des villes. Mais c'est peut-être aux fenêtres des immeubles qu'il faudrait regarder pour protéger la jeunesse... Le 15 septembre 2009, à 8h55, Catherine Kokoszka s'est jetée par la fenêtre de son bureau, au troisième étage sur cour. Par miracle, un buisson en contrebas a amorti sa chute. Et de la maison de santé où elle est en convalescence, elle vient d'écrire une lettre. Le Monde y consacre une page entière aujourd'hui... Catherine Kokoszka est directrice de la Protection judiciaire de la jeunesse, à Paris. Même si les gestes suicidaires ne peuvent jamais se résumer à une seule explication, écrit Alain Salles dans Le Monde, elle fait une analyse scrupuleuse des raisons professionnelles de son passage à l'acte. Elles se résument en une formule : conflit de loyauté. Au centre de son travail, il y a les enfants, qu'elle veut sortir des voies de garage. La Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) est née en 1945 avec pour mission de privilégier l'éducation des petits délinquants et des jeunes en danger. Mais aujourd'hui, les consignes du gouvernement donnent plus dans le répressif. "Que devient notre mission éducative ?", s'interroge cette professionnelle. Catherine Kokoszka n'a rien d'une idéaliste échevelée. Les syndicats lui reprochent même régulièrement son zèle à appliquer les consignes. Mais tout va trop vite : trop de réformes, trop de consignes, en trop peu de temps, avec toujours moins de moyens. "Ceux qui nous dirigent, écrit-elle, nous laissent sous la mitraille". "Désarroi à la PJJ" : confirmation dans Libération ce matin, qui consacre deux pages au sujet... Témoignage d'une chef de service : "Il y a des directives très fortes de l'administration, qui demande un recentrage dans le cadre pénal. Mais on ne peut pas réduire un jeune à l'acte qu'il commet. Aujourd'hui, ce qui intéresse, ce sont les chiffres. Mais le travail éducatif, c'est un travail de fourmi. Il faut du temps. On n'a plus la possibilité d'avoir du temps". Ces témoignages coïncident donc avec la dernière idée de Brice Hortefeux : le couvre-feu pour les mineurs délinquants de moins de 13 ans. Et là aussi, commentaires pas forcément naïfs, mais sévères. Patrick Fluckiger, par exemple, dans L'Alsace... "La délinquance des mineurs inquiète, à juste titre. Contrairement à la gauche, Nicolas Sarkozy a eu le mérite d'énoncer des vérités pas toujours agréables à entendre. Interdire de sortie les enfants délinquants paraît frappé au coin du bon sens. Mais comment faire respecter un éventuel couvre-feu ? Les mots ne suffisent pas. Les lois sont faites pour être appliquées. Pour les appliquer, il faut des moyens, dont la police est dépourvue. Tout le contraire d'un effet d'annonce". (Nicolas Demorand : "Zizanie en sarkozie... Enormément d'articles sur le sujet, ce matin, Bruno")... Oui, c'est un peu comme les dessins de bagarres dans le village d'Astérix : il y a tellement de détails qu'on ne sait plus ou regarder. Le mieux, c'est peut-être d'aller directement dans la hutte du chef. Dans plusieurs journaux, ce matin, une mystérieuse source, très haut placée à l'Elysée, commente cette zizanie. Ludovic FAU nous apprend ce matin, sur France Inter, que la source en question, c'est le chef de l'Etat lui-même qui a parlé aux journalistes en demandant à ne pas être cité. Alors Le Figaro, entre autres, reprend ses propos... Il reconnaît "des erreurs" ces dernières semaines, comme la gestion de l'affaire Jean Sarkozy. Mais "la description apocalyptique quotidienne d'un pouvoir exsangue ne correspond pas à la réalité". "Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console" : le chef de l'Etat conseille à ses visiteurs de s'intéresser à la solitude d'une Ségolène Royal ou d'un François Bayrou. "Les réformes continueront". 90 d'entre elles ont déjà été mises en oeuvre, selon un document interne de l'Elysée. Alors préparez le banquet de l'amitié : faites rôtir le sanglier... Pas sûr... A propos de Rama Yade, la plus rebelle des membres du gouvernement, le Président dit qu'elle "a des difficultés à s'intégrer dans une équipe". Pour Libération, elle semble plus près de la porte que de la promotion. Le site Causeur.fr s'intéresse à Rama Yade, "celle qui ouvre sa gueule mais ne démissionne pas". Et pour cause, selon David Desgouilles : "Son intérêt n'est pas de démissionner, mais plutôt de se faire virer pour indiscipline, laquelle s'avère la composante essentielle de sa bonne image dans le pays". Au-delà des cas Rama Yade, Henri Guaino et des hommes de troupe de l'UMP qui commencent à se sentir à l'étroit dans les tranchées, le Président est-il victime du syndrome de mi-mandat ? Trois commentaires... - Dans Le Figaro, mise en perspective de Paul-Henri du Limbert : "Au même moment de leur mandat, François Mitterrand et Jacques Chirac ont connu situation bien pire. Le premier devait se résoudre à décréter la rigueur. Le second entamait une interminable cohabitation avec Lionel Jospin". - Rien d'inexorable donc. Tout de même, selon Sophie Landrin dans Le Monde, "le système Sarkozy est ébranlé. Lui, qui est habitué à jouer les divisions pour mieux contrôler sa majorité, est pris au piège de sa propre stratégie". - Conclusion de Laurent Joffrin dans Libération : "Nicolas Sarkozy souffre d'un handicap : sa conception activiste, impérieuse et solitaire de la Présidence. Mais les facteurs de zizanie trouvent leurs limites. Le leader de la droite n'a pas de concurrent dans son camp. Quant à l'opposition, ses divisions sont plus graves que celles de la majorité". (ND : "Haro sur les banques, dans Le Parisien-Aujourd'hui")... La Société Générale a publié hier ses résultats pour le troisième trimestre. Elle "poursuit son redressement", titre La Tribune. Mais attention : "Les banquiers recommencent à spéculer", prévient Le Parisien... Selon le quotidien, on n'a pas tiré les leçons de la crise : les placements risqués et bonus sont de retour. C'est l'hypocrisie générale" commente le président d'une société de bourse, "d'autant que la santé des établissements reste fragile : leurs bilans ne sont pas totalement nettoyés depuis l'année dernière". Le Parisien estime que celui qui paye les pots cassés, c'est le client des banques de détail. Frais bancaires, services, gestion des comptes : les tarifs sont toujours plus élevés. D'où ce dessin de Ranson, un gros poil démagogique tout de même... Un banquier sévère s'adresse à un client : "Vous trouvez normal que je perde mon temps avec votre découvert alors que j'ai plein de fric à gagner ailleurs ?". Les Echos assure que la ministre Christine Lagarde s'apprête à rappeler les banquiers à l'ordre. A Bercy, on s'inquiète de leur peu d'empressement à appliquer les mesures d'encadrement des bonus. Pour gagner des sous, on peut aussi miser sur la finance solidaire : c'est la Semaine de la Finance solidaire. Et toutes les explications sont dans Alternatives Economiques... Vous avez de l'argent. Vous voulez le placer dans des programmes utiles à la société ou respectueux de l'environnement. Le rôle des banquiers solidaires, c'est de vous mettre en rapport avec des entreprises qui ont des projets de cette nature. Et cette branche-là de la finance résiste bien à la crise. Le montant de l'épargne collectée est resté stable l'an dernier. De plus en plus de projets sont financés, et cela devrait continuer, car il y a une envie d'une finance plus humaine. Les épargnants veulent savoir où va leur argent. Mais c'est encore une activité confidentielle : aucun grand acteur de la finance ne prend le relais en matière de communication, et les banques sont frileuses. La solidarité, c'est ce que pratique au quotidien le Secours Catholique, qui publie aujourd'hui son rapport annuel sur la pauvreté. Les mamans seules sont de plus en plus exposées. Vous avez peut-être entendu le témoignage de Samia, au micro de Sandrine OUDIN, dans le journal de 7 heures et demie... Dans Pèlerin, cette semaine, c'est Claude qui parle... Elle a 44 ans. Elle a poussé la porte du Secours Catholique il y a deux ans et demi. "1er février 2007 : en quelques minutes, j'ai quitté mon mari violent physiquement et moralement. Et je me suis retrouvée avec mes deux filles, sans rien, sans même un tube de dentifrice. J'ai eu l'impression de tomber dans un cylindre dont je ne voyais pas le bout. La chute a duré au moins un an, jusqu'à ce que je touche le fond. Et là, je suis sortie. Je n'ai pas voulu demander de l'argent à ma mère ou à ma soeur. Etre aidée par une association, c'est différent. Le plus difficile, c'est le regard des autres. La première fois que vous allez à la caisse du supermarché avec un bon d'achat du Secours Catholique, c'est dur. Alors vous faites vos courses aux heures creuses. De ma vie d'avant, j'ai gardé peu d'amis. On vous invite à dîner avec des personnes que vous côtoyiez autrefois, mais si vous n'avez pas de vêtements corrects à vous mettre, comment faites-vous ? Vous trouvez une excuse bidon et vous refusez l'invitation. Quand je suis arrivée au Secours Catholique, je faisais une demi-heure de queue pour voir un bénévole. Aujourd'hui, j'attends deux heures. Mais on peut toujours trouver pire que soi, c'est ma philosophie. Grâce à des amis, je loue un appartement à bas prix. Mes revenus, aujourd'hui, c'est pension alimentaire, allocations familiales et pension d'invalidité. Mon objectif est de retrouver un emploi, retourner chez les vivants. Un jour, je retrouverai mon statut. Le secret, c'est de regarder en haut, jamais en bas". Voilà... Cette dame, qui se raconte dans Pèlerin, s'appelle Claude Bertaut, et on lui souhaite une journée à regarder en haut...

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