A Marseille il faisait bon vivre avant que deux immeubles tombent rue d'Aubagne: dans la Provence, la maman de Cherif semble une Pietà moderne. Dans l'Obs, Jean-Paul Dubois raconta un escalier flaubertien et ses pleurs pour sa chienne. Une hôtesse de l'air licencée ppur avoir soutenu les manifs de Hong-Kong, les Echos.

On parle d'amis ce matin...

Une bande d'amis de Castelnau-le-Lez tout près de Montpellier, l'un d'eux vient de mourir, il s'appelait Ronan et il était soldat, et samedi  son véhicule a sauté au Mali mais ce matin dans Midi Libre, ses amis parlent de lui et ils en dessinent une chaine de jeunesse dont Ronan était un maillon, lui qui aimait la France et l'armée mais aussi le skate-board et aussi la boxe et aussi le dessin et aussi la coiffure, Ronan qui peignait des toiles et buvait des pac à l'eau (c'est un sirop du midi) au Spot à Montpellier et qui laissait son pote Axel couper sa tignasse d'ange pour préparer son CAP coiffure, ils monteraient un salon ensemble quand l'armée serait finie, Axel avait envoyé à Ronan des ciseaux pour qu'il s'entraîne là-bas, au Mali... C'est dans Midi-Libre le plus juste des hommages à un jeune homme mort pour nous, mais plus encore un hommage à la jeunesse, qui avance  en tâtonnant dans des petits boulots chez Toys R us ou au macédo et un jour on y est, on a sa vie, mais c'est encore n'importe quoi dans la tête et Ronan, juste avant de partir au Mali avait perdu ses papiers militaires chez Ikea, ses amis espéraient qu'il finirait au cachot mais il est allé se battre, il se photographiait buvant du thé en tenue de combat avec un grand panneau Bon anniversaire pour Lily June sa petite sœur choisie, qu'il avait encore appelée vendredi soir, juste avant... 

Ils étaient des amis dans un bonheur de France, un bonheur de province qu'il ne faudrait pas quitter, et ayant lu Montpellier, je trouve dans l'Est républicain la même envie de paix dans un joli reportage sur un vieux café sauvé par un couple de jeunes gens, Raphaël et Zoé, 29 ans, à Marieulles, viennent y boite et manger un hamburger maison des vieux et des jeunes, je me dis que Ronan, lorrain, aurait pu y passer dans notre pays où il fait bon vivre. 

Il faisait bon vivre aussi à Marseille il y a un an et quelques heures, juste avant que tombent deux immeubles rue d'Aubagne, et cela s'entend aussi dans nos journaux qui commémorent une catastrophe prévisible, "les pompiers ne nous laisseraient pas rentrer chez nous si cela n’allait pas" disait Julien à sa maman horrifiée par un immeuble château de carte où pourtant il était heureux dit-elle à la Croix. C'était avant, quand Cherif qui ne parlait pas français mais était venu d'Algérie pour vivre, amenait sa nièce à l'école, il faisait du toboggan avec elle, aujourd'hui Zakia la maman de Cherif est venue d'Annaba en Algérie et la voilà en photo dans la Provence, la peau ravinée nous dit l'âme déchirée d'une pietà moderne, c'est sur son téléphone portable qu'elle nous montre le portrait de Cherif disparu. Marseille est comme une ville bombardée, dans un tel état qu'il faudra trente ans pour la reconstruire lis-je dans un numéro très fort de Libération, auprès des marseillais; après la rue d'Aubagne, des dizaines immeubles ont été condamnés que les habitants ont dû évacuer à la va vite, sans pouvoir prendre le temps de sauver leurs meubles leurs affaires laissés aux pillards, aux squatters et aux rats... 

Un écrivain rend heureux ce matin...

Jean-Paul Dubois qui hier a eu le prix Goncourt enfin couronné à la satisfaction des journalistes littéraires, et cet homme qui pourtant parle d'échecs, et de destins brisés porte une sérénité qui console aussitôt, il était avec vous tout à l'heure Léa, mais avant vous s'était confié à l'Obs que vous lirez en ligne, où il racontait sa peur de vieillir et de devenir con, son amour d'un plasticien qui avait composé un escalier dont chaque marche correspondait à un roman de Flaubert, il lisait en grimpant et à la fin sautait dans le vide de quatre mètres,  et aussi comment à lui Dubois  les larmes étaient venues quand dans une librairie une dame lui avait demandé des nouvelles de sa chienne qui est très malade, "c'était ridicule mais pas grave, dans le ton de la conversation". Dubois vit à Toulouse et la Dépêche pavoise, mais Brive l'espère pour son salon du livre me dit la montagne, allez Jean-Paul, pour la province... 

Il est différentes manières d'être artiste et célèbre, et Dubois qui évite la gloire ressemble si peu à l'immense architecte Franck Gehry, que j'aperçois dans le Figaro, pas rassasié à 90 ans, qui revient de Seoul où a été inauguré le magasin fait de drapé de verre qu'il a conçu pour la firme Louis Vuitton, il s'est demandé" ce qu'il pouvait apporter à Vuitton, qui avant lui était déjà parfaite... Nous sommes français de la perfection du luxe et des larmes de Dubois.

De Chine où le Président Macron commerce nous viennent deux destins fragiles. Une hôtesse de l'air de Cathay Pacific, compagnie de Hong Kong, a été licenciée  parce qu'elle avait soutenu sur les réseaux sociaux les révoltés de Hong-Kong, elle une des victimes de la stratégie de l'Etat chinois qui veut forcer les grandes entreprises à contrôler leurs employés, c'est dans les Echos. A Pékin, le Figaro a rencontré des artistes, les frères Gao, contestataires comme le sont les créateurs, mais dans leur pays sont devenus invisibles, il faut aller dans leur appartement pour voir leurs œuvres, un Christ fusillé par des clones de Mao Zedong, et de toute manière disent-il, plus personne, en Chine, ne conteste encore, l'art est une marchandise. 

En Italie, Liliana Segre 89 ans, fait polémique, raconte le Monde. Juive, elle fut déportée à Auschwitz en 1944, survivante elle témoigna pour la jeunesse et fut nommée dernier sénatrice à vie, un honneur de la république La semaine dernière, Liliana a présenté une motion pour lutter contre l'intolérance, l'antisémitisme et les appels à la haine. La droite et l’extrême-droite, les berlusconiens et les amis de Monsieur Salvini n'ont pas voté sa motion et Liliana Segre reçoit chaque jour 200 messages de haine qui regrettent qu'Hitler n'ait pas fini le travail. 

Et des archers pour finir...

Et nous rendre aux bonheurs simples, celui de la chasse à l'arc que pratique dans le beaujolais et dans le progrès Patrick. Archers anglais qui défirent nos chevaliers à Azincourt jadis, un film sorti sur Netflix  raconte cette bataille mais la raconte bien mal me dit la Voix du Nord, n'y allez pas tout est faux. 

Tant qu’à parler de film, préférez celui-là si vous avez la chance à Loches ce soir où me dit la Nouvelle république sera projetée « la peau dure », un film qui me parle de Gérard et son ami Jacky, de Preuilly-sur-Claise, qui cultivent l'amitié devant la télévision et l'arrosent de vin, et Gérard ne dit rien de ce qui l'a amené à l'alcool, un taiseux à la face ravagée que depuis le film des passants embrassent, il faudrait un Dubois pour l'écrire. 

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