Libération s'agace du prophète Yuval Noah Harari, qui n'oppose que des tiédeurs banales au chaos qu'il annonce. L'Obs interroge un spécialiste de Nietzsche, qui nous avertit contre les certitudes, qui transmutent en fanatisme. Fateh Kimouche, blogueur musulman, en dialogue avec les diocèses dans la Vie.

On parle d'un penseur mondial...  

Qui a toutes les allures du prophète contemporain, la silhouette du vegan et le crâne dégarni et les froides constatations qu'il pose sur notre époque, où par la technologie, on peut comme jamais dans l'histoire contrôler des populations entières...  Revoilà l'implacable Yuval Noah Harari, l'auteur de Sapiens, de Homo Deus et 21 leçons pour le XXIe siècle, que Libération est allé rencontrer à Tel-Aviv dans son penthouse high-tech  baptisée Sapiensship comme un vaisseau spatial, c'est ici que Harari murit ses analyses sur notre destruction possibles, carl'épidémie de Covid, aura rendue banale l'idée qu'on peut surveiller aussi bien nos déplacements nos achats que notre pression sanguine ou nos immunités...  Bref, Harari, dont Albin Michel, c'est le prétexte du portrait, publie une version de Sapiens en bande dessinée.   

Mais l'intérêt de cet article se trouve dans l'atmosphère agacée qu'installe son auteur, Guillaume Gendron, correspondant en Israël de Libération... Gendron n'aime pas Harari, ses airs de start-up incarnée, il n'aime pas sa tiédeur, il le trouve timoré, sans colère ni solution... Harari décrit le chaos, mais pour l'enrayer ne propose que "des banalités peu convaincantes sur le besoin de coopération mondiale", et un plaidoyer pour le libéralisme...   Et cette critique s'installe. En Mars 2019, le même Gendron déjà dans Libération, se faisait l’écho des ironies de la presse anglo-saxonne, le New York Times se demandait pourquoi un penseur de la surveillance était reçu et considéré chez les maîtres de la Silicon valley, la revue britannique New Statesman comparait sa pensée à un "risible livre de développement personnel»...  Depuis, il y a eu en février dernier un long portrait de Harari dans le New Yorker où on voyait cet adepte de la méditation nager la brasse dans sa piscine en forme de goutte tout en écoutant un livre audio sur la révolution cubaine... Harari semblait dans le New Yorker  un nihiliste zen, un gourou de l'inaction, Gendron pour clouer le cercueil le compare à un personnage de bande dessinée, le docteur Manhattan, un physicien qui regarde l'humanité s'éteindre tranquillement assis en tailleur depuis Mars... 

Et au-delà de ces taquineries il y a cette vraie question. Harari exaspère de ne pas asséner de solution... lui dit  qu'après le communisme, le nazisme les guerres mondiales, l'humanité ne peut plus se permettre de tenter des solutions radicale, il plaide pour éviter notre fin en faveur d'un compromis global...    Mais l'homme veut-il le compromis... 

L'Obs interroge un philosophe français spécialiste de Nietzsche, il se nomme Dorian Astor, il défend dans son dernier livre la beauté du doute et dénonce l'envahissement des certitudes. Il explique, Astor, que le désir de certitude n'est pas mauvais en soi, il trace un chemin pour nous... . «Voici la formule de notre bonheur : un oui, un non, une ligne droite, un but », écrivait Nietzsche mais à un moment, la certitude transmute en fanatisme, nous n'entendons plus rien..   

Je pense  alors à cet équilibre entre que nous devons trouver en lisant l'affrontement du patient Mr Biden et du paniqué Mr Trump, mais aussi en lisant nos propres théâtres... Cécile Cornudet, dans les Echos, explique comment à l’Élysée, on a décidé délibérément de faire du Covid un terrain d’affrontement avec l'opposition... Le président Macron veut incarner la protection de la vie... Est-on plus certain de sa vérité... 

Et l'on parle de la maladie dans Paris-Match...  

Dans le reportage le plus terrifiant que j'ai pu lire. Le journal nous présente des jeunes gens que le covid a frappé , qui sont beaux, et habités par la mort qui les a frôlé. Je découvre Elia Fontaine, lycéenne belge de 18 ans, sportive et basketteuse désormais amputée de la jambe droite. Le virus ne lui donnait pas de fièvre mais l'avait gelée, il ne s'attaquait pas à ses poumons mais avait entrepris de ronger son cœur , on ne s ait pas pourquoi, et l'on ne sait pas pourquoi, pendant ses trois semaines de coma artifice, Elia a grandi de 6 centimètres... Pourquoi? Le virus rend inanes toutes nos certitudes.   

Le Parisien, est atroce ce matin, qui raconte la bêtise d'une collégienne de 15 ans mise en examen pour apologie du terrorisme, elle avait justifié dans la cour de récréation le supplice de Samuel Paty, je lis que la gamine, qui ne s'informe que par Snapchat, était de mauvaise humeur lundi matin, elle avait été exclue d'un cours de musique et était arrivée en retard au collège... Dans le même journal, je lis les dépositions des adolescents de Conflans, qui contre de l'argent avaient désigné Samuel Paty à son assassin, ils racontent une journée de frime et de vertige irréel,  des billets du tueur que l'on filme pour un réseau social, et au fond d'eux-même la certitude qu'un drame arrivait; le jeune M a vu le meurtre, un corps vidé de son sang, il voudrait en finir avec cette histoire, c'est pourtant arrivé.  

Sur le site de la Vie, est interrogé un homme de certitudes religieuses, Fateh Kimouche, fondateur d'un site internet nommé Al Kanz, qui exerce une influence forte sur des musulmans engagés. Après l'attentat de la basilique de Nice, il a envoyé des messages de réconfort à des diocèses en France qui lui ont répondu... Le voilà interlocuteur d'un journal chrétien, il dit que c'est au nom de sa foi, que Dieu et le prophète l'ordonnent, qu'il condamne  le terrorisme,  il dit qu'il ne peut désapprouver caricatures qu'en son fort intérieur et doit publiquement laisser couler, il en appelle au catéchisme pour le dialogue et à une vertu grecque, l’aidos, la pudeur... Il dit que loin des plateaux de télévision, chez sa boulangère ou son kiné, il n'est lui le musulman à barbe et au steak halal qu'un français, un homme banal... Quelle belle vertu.   

On parle enfin d'une femme en colère...  

Qui est entrée dans l'histoire par une méchante action. le site de l'Obs raconte Valerie Solanas, qui le 3 juin 1968 tira au pistolet sur Andy Warhol qui lui avait promis de monter sa pièce de théâtre autobiographique nommée « Up your ass » (« Dans ton cul »), l’histoire d’une jeune prostituée qui déteste les hommes, mais Warhol avait égaré le texte et Solanas était fumasse, Warhol survécut. Mais celle qui l'avait agressé, par son geste, devint une icône du féminisme radical, un éditeur s'empara d'un pamphlet qu'elle avait écrit plus tôt, Scum Manifesto, le manifeste de la merde, en gros, où elle étrillait le pouvoir des hommes... « Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin.»  Elle était d'une radicalité entre parodie et provocation  qui rend assez insignifiante les scandales d’édition qui nous ont occupé cette rentrée.  Solanas était schizophrène, elle pensait qu'elle avait un émetteur dissimulé dans l’utérus... Elle fut internée, elle mourut jeune, mais son souvenir demeure et son aura, et lis-je dans l'Obs, elle nous enseigne que les êtres de folie peuvent nous faire avancer... Nous en discuterons sans trembler de certitudes.

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