Si nous étions un 1er avril, on pourrait croire à un canular de mauvais goût. Mais le sujet est très sérieux, en page 9 du Figaro... Après les explosifs dans la ceinture ou cachés dans les chaussures, voici donc la bombe en suppositoire. En France, les spécialistes de l'antiterrorisme sont sur le sujet. Ce nouveau mode opératoire, comme ils disent, a déjà été utilisé fin août en Arabie Saoudite. L'explosif est dans le corps du terroriste. La bombe est déclenchée à distance via un téléphone portable. Evidemment, si ce type d'attaque devait se multiplier, elle aurait des implications considérables en termes de sûreté, écrit Jean-Marc Leclerc. Imaginez les contrôles dans les aéroports : il faudrait passer aux rayons X. Investissements considérables, logistique infernale... On ne sait même pas si, techniquement, les machines pourraient réaliser autant de contrôles. Sans parler des risques sanitaires d'une exposition régulière aux rayons X. L'autre solution serait d'interdire les téléphones portables dans les avions, ou de les confier à l'hôtesse avant le décollage. Là aussi, belle pagaille en perspective... Beaucoup de commentaires ce matin, dans la presse, sur la votation contre la réforme de La Poste... "Les citoyens mettent leur cachet sur La Poste", comme titre L'Humanité. Plus de deux millions de personnes ont participé à la votation, la très grande majorité pour dire "non" à la réforme. Alors, après cela, faut-il organiser un vrai référendum ? "Avec ce résultat, les défenseurs de La Poste trouvent une légitimité nouvelle, que le gouvernement ne peut écarter d'un revers de main", écrit Laurent Joffrin dans Libération. Au-delà de cela, le débat, ce matin dans la presse, porte sur le référendum d'initiative populaire. Faut-il l'introduire dans la loi en France ? Eléments de réponse dans Libération avec les cas italien et suisse. En Italie, il suffit de 500000 signatures dûment certifiées pour lancer une consultation. Ca ne peut être que pour abroger, enterrer une loi déjà existante. En Italie, cela a permis de rendre possible le divorce, l'avortement, ou de renoncer à l'énergie nucléaire. L'inconvénient, c'est que la multiplication des référendums a lassé : l'abstention est aujourd'hui très forte. Deuxième exemple : la Suisse. Des votes de ce type y sont très fréquents. Inconvénient : la dérive populiste. Le 29 novembre prochain, les Suisses devront dire s'il faut interdire la construction de minarets. Vaste problème, en effet : il y a actuellement quatre minarets dans le pays. Un système à la suisse ou à l'italienne doit-il être appliqué en France ? Nicolas Sarkozy a fait une partie du chemin avec le référendum d'initiative parlementaire. Mais le texte qui permettrait de l'appliquer n'a jamais été présenté au Parlement. Dans L'Humanité, Patrick Apel-Muller doute de la bonne volonté de Nicolas Sarkozy : "La droite n'aime les référendums que lorsqu'ils valident ses manoeuvres, comme samedi en Irlande. Lorsqu'ils les contredisent, comme en 2005 en France et l'année dernière à Dublin, elle n'a de cesse de violer la souveraineté populaire". Dans Le Parisien-Aujourd'hui, le ministre de l'Industrie Christian Estrosi fait part de ses "réserves" sur la façon dont s'est déroulée la votation de la semaine dernière. Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre parle carrément de "vaste manipulation", et rappelle que l'ouverture de La Poste à la concurrence a commencé sous le gouvernement de Lionel Jospin. Dans L'Est Républicain, le dessinateur Philippe Delestre résume les inquiétudes quant aux effets d'une éventuelle privatisation. Dans leur petite cuisine, Marianne et Nicolas Sarkozy sont en train d'éplucher des patates. On voit le facteur passer par la fenêtre sur son vélo. Il chante Yves Montand : "Les lettres mortes se ramassent à la pelle". Commentaire de Marianne : "C'est le blues du facteur humain : il craint de perdre foi en son cachet". La rubrique Justice des journaux est presque aussi engorgée que les tribunaux, ce matin... Il y a deux procès majeurs à couvrir : Clearstream qui continue, et l'Erika qui reprend, en appel cette fois-ci. Sur les enjeux de ces procès, vous avez entendu beaucoup de choses depuis ce matin sur France Inter. Alors, deux regards décalés... Dans Le Figaro : portrait du général Rondot, la vedette du jour au procès Clearstream. Dans le monde de l'espionnage, c'est un maître. Arrestation du terroriste Carlos, libération des otages au Liban : ses faits d'armes sont dans toutes les mémoires. Surnom : "Max", comme Jean Moulin. C'est aussi l'un des meilleurs connaisseurs du Moyen-Orient. Stéphane Durand-Souffland raconte qu'il connaît toutes les faiblesses des dirigeants. Par exemple cet ancien ministre syrien, avec lequel il regardait des films lestes pour détendre l'atmosphère. Il a fait planter un cèdre du Liban dans son manoir du Nivernais. Sa seule faiblesse, c'est la graphomanie. Comme son père, lui aussi un maître-espion, il ne peut s'empêcher de noircir des pages. Une des questions-clés, c'est comment un homme de sa trempe s'est laissé gruger par Imad Lahoud, présenté comme le faussaire des listings Clearstream... A sa décharge, écrit Stéphane Durand-Souffland, le général n'est pas la seule dupe de M. Lahoud, qui dit avoir personnellement rencontré le chef d'Al Qaïda dans le bureau d'un ministre libanais. A peine s'il ne prétend pas que le terroriste lui a laissé un double des clés de sa grotte. Autre regard décalé : le procès en appel de l'Erika. Dans Les Echos : comment Total essaie d'améliorer son image. Il y a du travail. Au-delà de l'Erika, des dossiers AZF et de la Birmanie, cela fait beaucoup de marées noires en termes de réputation. Dans cette entreprise d'ingénieurs, la com' était jusque-là traitée comme une chose mineure. C'est en train de changer avec l'actuel PDG, Christophe de Margerie. Des batteries de sondages ont été commandées. En synthèse, Total doit prouver qu'elle ne ment pas à longueur de journée et qu'elle peut s'impliquer dans le social et le développement durable. Parmi les "trucs" préconisés par les communicants : mettre en avant les investissements plutôt que les profits. Christophe de Margerie ne se fait pas beaucoup d'illusions : "Il faudra au moins cinq ou six ans pour qu'on se fasse accepter. Je n'ai pas dit 'qu'on se fasse aimer'"... Et puis, dans la presse, une fois encore Bruno, ma vie à l'heure de la crise... La crise, vue de chez McDo... Interview du big boss dans Les Echos. C'est en Chine que le Big Mac souffre le plus : avec la crise, des employés urbains sont repartis dans les campagnes, et ils se goinfrent un peu moins de nuggets. La crise, vue des PME, petites et moyennes entreprises... Certaines sont à l'agonie : plus de trésorerie. Nicolas Sarkozy doit présenter un plan pour elles aujourd'hui. Le Parisien évalue le train de mesures à 2 milliards d'euros. Encore de l'argent donc, alors que la dette explose en Europe : elle se creuse de 2,2 milliards d'euros par jour, selon La Tribune. On a beaucoup parlé, la semaine dernière, de la dette de la Sécurité Sociale. Si la France a du mal à financer son système de santé, qu'en est-il des pays pauvres ? Dossier passionnant, sur ce thème, dans Alternatives Internationales. L'une des pistes explorées, c'est le micro-crédit. Au Rwanda par exemple, 70% des habitants sont affiliés à des mutuelles, alors que la plupart des gens n'ont que 4 à 5 $ par jour pour vivre. Pour 10 $ par an, ils ont accès à un paquet de soins de base. Ce n'est pas le bout du monde, mais c'est un filet de sécurité. D'autant que ces mutuelles jouent aussi un rôle important pour diffuser les messages de prévention. C'est une avancée, mais rien ne remplacera jamais un solide engagement public. Au Cambodge, par exemple, les 20% de la population qui gagnent moins d'un dollar par jour ne sont pas couverts. Dans La Provence, tout autre sujet : un article qui intéressera ceux qui n'ont plus beaucoup de points sur leur permis de conduire... Quand on en arrive au retrait de points, l'administration envoie une lettre (pour vous le signifier) à l'adresse mentionnée sur votre permis. Bien souvent, ce n'est plus la bonne depuis longtemps, et c'est un motif de nullité. Le Conseil d'Etat vient de souligner cette faille dans le dispositif. On ne peut pas reprocher à un automobiliste qui n'a plus de points de continuer à rouler si l'avis ne lui a pas été envoyé à la bonne adresse. Et puis le magazine Lire s'amuse cette semaine en faisant de Jean d'Ormesson la nouvelle idole des jeunes. Il a cette réputation depuis que le chanteur Julien Doré s'est fait tatouer son nom sur le bras gauche. Alors longue interview de l'idole des jeunes, 84 ans aux prunes. En couverture, il pose vautré sur un canapé XIXème. C'est un magnifique exercice de cabotinage. Et l'auteur du "Plaisir de Dieu" est à peu près imbattable sur ce terrain. Extrait : "La littérature, c'est comme le mariage : les 40 premières années sont les plus difficiles". Et puis, il y a tout de même cette phrase, quand on lui fait remarquer un paradoxe : il est omniprésent dans les médias mais parle très peu de sa vie privée. Réponse : "Vous savez, la parole a été donnée aux hommes pour cacher leurs pensées. Et l'une des meilleures façons de dissimuler consiste à parler beaucoup, à écrire beaucoup". C'est l'une des meilleures analyses de la langue de bois et de plan com' à la noix qu'on ait lue depuis longtemps. Bonne journée...

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