Patrick Cohen : A la Une ce matin, ça bouillonne à Marseille ! Bruno Duvic : Soit un Marseillais lambda... appelons-le Monsieur Gaudin... Comme chaque matin, il commence sa journée en déposant ses enfants à l'école... Petite pancarte à l'entrée : "débrayage sporadique". La journée continue... Monsieur Gaudin a un renseignement à demander à la Trésorerie générale, rue Borde... Pas de réponse au standard : mouvement reconductible. En revanche, il reçoit un coup de fil de l'école : nouvelle journée sans cantine... On n'accepte même pas les pique-nique... pas de personnel pour surveiller la bonne ingestion des jambon-beurre. Qu'à cela ne tienne, Monsieur Gaudin fait un saut au Monoprix du Prado pour acheter une salade... Encore perdu ! Les salariés bloquent l'accès au magasin. Et comme à la radio, on lui a dit que la grève sur le port continuait, Monsieur Gaudin, prévoyant, file faire le plein d'essence... une demi-heure d'attente à la pompe. Ca bouillonne à Marseille... tous ces détails, je les ai relevés dans La Provence, ce matin : grèves perlées reconductibles, hier ou aujourd'hui, régionales, nationales... Les sujets de fâcheries s'accumulent... Le principal étant le blocage des deux terminaux pétroliers... "Il met les raffineries à sec" titre La Provence... Il réduit les Corses au système D comme le titre Corse-Matin.... "C'est une grève honteuse", dixit l'édito du Figaro. Alors bouillabaisse ou apéro ? Grogne locale dans une ville où on a le coup de gueule facile ou début d'ivresse nationale ? Le Parisien constate un durcissement du conflit social autour des retraites... La CGT et FO appellent à une grève illimitée à la RATP, les cheminots se tâtent et les routiers réfléchissent. Pour les adversaires de la réforme, c'est le moment ou jamais : après l'Assemblée, le Sénat examine le texte. Selon Le Monde, le gouvernement parie toujours sur l'effritement du mouvement... Mais tout de même, il est prêt à des concessions en faveur des femmes. C'est le contre-feu N°1... Contre-feu N°2 : combattre l'idée, de plus en plus répandue, que ce gouvernement ne travaille que pour les riches... "Bouclier fiscal : la droite bat en retraite" titre Libération. Après François Fillon, Jean-François Copé, dans une interview au Figaro propose la double suppression du bouclier fiscal et de l'ISF... et il présente un quasi programme de ministre de l'Economie plaidant pour une convergence économique et fiscale avec l'Allemagne érigée en modèle. Le pouvoir met le clignotant pour annoncer des inflexions de sa politique. Qui pour incarner cette nouvelle politique à Matignon ? "Et si c'était fait pour Borloo" titrent Les Echos... Selon Guillaume Tabard, des collaborateurs de François Fillon ont reçu un coup de fil de Jean-Louis Borloo pour savoir s'ils comptaient rester à ses côtés. Patrick Cohen : D'un port à l'autre : après celui de Marseille, le port d'Athènes... Bruno Duvic : Ce week-end, Monsieur Wen a visité l'Acropole... C'est le premier ministre chinois, mais il pourrait travailler à la SNCF : avec lui, tout est possible ! La Grèce n'a plus de sous... Elle a besoin qu'on lui achète sa dette, ses obligations sur les marchés financiers... C'est possible dit Monsieur Wen. La Grèce a besoin d'investisseurs... Pas de problème... Le groupe chinois Cosco a déjà la concession du port du Pirée... Il peut s'intéresser à d'autres installations portuaires et même à un aéroport. La Grèce a besoin d'un coup de main pour acheter des navires... Mais oui, mais oui dit Monsieur Wen... Voici une ligne de crédit de 5 milliards de dollars pour l'achat de bateaux chinois. Information glanée dans Le Monde, La Croix et sur "Rue89"... Il est gentil Monsieur Wen mais il veut quoi en échange ? C'est la question ce matin dans la presse qui rejoue l'Iliade sur le thème : "La Grèce devient le cheval de Troie chinois en Europe". Dans L'Est-Républicain, Rémi Godeau se met déjà au Mandarin : "Weiji !" s'écrit-il... Traduction de "crise" et crise en Mandarin signifie à la fois "crise et opportunité". Ce que Monsieur Wen veut en échange de ses petits cadeaux, il le dira demain au sommet Chine-Union européenne... Il voudrait que l'Europe reconnaisse à son pays le statut d'économie de marché et réduise les restrictions aux exportations chinoises. Alors "weiji" vraiment ? Dans La Croix, un économiste fait la part du fantasme et de la réalité : "Oui, la Chine cherche à se construire un réseau d'intérêts dans le monde et en Europe... Elle a aussi acheté de la dette espagnole mais l'Europe n'est qu'une de ses cibles et pas forcément celle de premier choix. Fantasme ou réalité là-aussi ? Pas un jour sans article accréditant l'idée d'un déclin de l'Europe... L'Europe perdante dans la bataille des monnaies, c'est l'édito du Monde... dollar, yuan, yen, tous à la baisse sauf l'euro... une monnaie en baisse permet d'exporter plus facilement. Et puis, à tort ou à raison, face à la crise, les pays européens réduisent la couverture sociale accordée à leurs citoyens... A la Une aujourd'hui : la Grande-Bretagne qui revoit à la baisse son Etat-providence qui n'était déjà pas le plus généreux d'Europe. Cette crise aura-t-elle au moins permis de mieux encadrer l'activité des traders ? Pas sûr... A la Une de La Tribune, deux jeunes types se fendent la poire : "heureux comme un trader après la crise", c'est le titre du dossier à l'heure du verdict au procès Kerviel... Oui, le monde des traders est mieux encadré mais certaines dérives persistent. Patrick Cohen : Quoi d'autres dans la presse, Bruno ? Bruno Duvic : Richesse du monde... suite... A l'heure de la reconstruction de l'Irak, le pactole pour les entreprises est encore plus alléchant que prévu... L'Irak vient de revoir à la hausse ses réserves de pétrole... elles sont au troisième rang mondial, derrière l'Arabie et le Venezuela. La drôle d'ambiance au Conseil des ministres de mercredi dernier... à en croire Le Figaro, le président de la République avec une feuille devant lui, il a compté les ministres autour de la table avant de tracer deux colonnes sur le papier : ceux qui restent et ceux qui partent. Puis il a plié la feuille et l'a mise dans sa poche. Et puis, le titre du jour, c'est dans Libération : le Prix Nobel pour le pionnier de la fécondation in vitro a 85 ans... c'est "pépé éprouvette". Patrick Cohen : Et le portrait du jour est également dans Libération... Guy Béart range ta chambre ! Alors que le chanteur sort un nouvel album, Libé est allé le rencontrer dans sa maison de Garches... "Un bordel considérable" écrit Edouard Launet, dans lequel Guy Béart aime vivre nu. Sa chambre, par exemple, "si le défunt musée des Arts et Traditions populaires avait voulu illustrer le concept d'antre du célibataire, il eut pu exposer cet immense foutoir... Le lit défait est encombré de téléphones, de télécommandes et de chats... Tout autour, une marée de papiers, de livres et d'objets divers s'est déposé au gré des courants"... Quand Béart vous fait visiter sa cuisine, il vous montre l'intérieur des placards comme un navigateur solitaire exposerait ses rations de survie... Il ne sort presque jamais. Edouard Launet qui a trouvé qualité et fraîcheur dans le dernier album de Béart, nous dit tout de même qu'il est branché sur le monde contemporain pour tous les bouts : internet, télé et journaux... Il garde l'œil pétillant et l'ironie intacte... A part cela, Guy Béart à Garches, c'est Gloria Swanson dans "Sunset boulevard"... Sur Sunset boulevard, cet homme à l'âme d'enfant vit entouré de spectres... Il s'y plait !

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.