(Patrick Cohen) Dans la presse aujourd'hui : les bans publics

En jouant à peine sur les mots on pourrait dire de la banlieue que c'est le lieu du ban, du bannissement, de la mise à l'écart. Nous y sommes. Clichy-sous-Bois et Montfermeil, les deux villes symboles des émeutes de 2005 se sentent à l'écart de la République.

Qu'est ce qui crée le lien social dans ces deux villes ? "Ce ne sont pas les règles de la République, c'est l'Islam, un islam du quotidien, familial, banal le plus souvent. C'est lui qui fournit les repères collectifs, la morale individuelle là où la République a multiplié les promesses sans les tenir."

Ces quelques lignes signées Luc Bronner ouvrent la longue enquête publiée aujourd'hui dans Le Monde sur ces "Banlieues de la république". Enquête menée sous l'égide du politologue spécialiste de l'Islam Gilles Kepel.

A Clichy et Montfermeil, le sentiment de mise à l'écart a favorisé une "intensification" des pratiques religieuses. Une "piété exacerbée" qui n'est pas la cause de la crise des banlieues mais un symptôme. Comme si l'Islam s'était développé en l'absence de la République.

La fréquentation des moquées est plus régulière, la pratique du ramadan presque systématique pour les hommes, l'importance du halal s'est développée. Et le halal, ce n'est pas que l'alimentation, c'est ce qui marque les interdits dans la vie privée et sociale, du lit conjugal aux cantines scolaires.

Sentiment d'être relégué... Un exemple très concret.

Elle s'appelle Wafika. Elle vit à Montfermeil. Lorsqu'elle a eu le Bac, elle a commencé des études d'histoires à Villetaneuse. Au bout de deux ans, elle a arrêté. "J'avais entre une heure quinze et deux heures de transport, matin et soir." Depuis 3 ans, elle enchaine les petits boulots.

Et pourtant, l'Etat a investi des centaines de millions d'Euros dans la rénovation urbaine. Mais l'Etat bâtisseur ne suffit pas.

Au delà du constat, cette enquête suggère quelques pistes pour sortir de l'impasse.

Faire confiance aux élites locales, car une classe moyenne, faite d'entrepreneurs, de jeunes diplômés et de militants associatifs, émerge malgré tout.

Et réorienter les politiques publiques vers l'éducation et en particulier la petite enfance.

Il y a du travail. Savez-vous quel est le personnage le plus détesté par les jeunes de Clichy et Montfermeil ? Ce n'est pas le policier, c'est la conseillère d'orientation au collège. Celle qui met vos espoirs au ban.

Au ban des nations européennes : la Grèce

"On ne va pas se transformer en Inde". Voilà la réponse du Premier Ministre Georges Papandréou aux bailleurs de fonds de la Grèce qui lui ont demandé lundi de baisser encore le salaire minimum.

De nouveaux efforts demandés à Athènes, négociation en cours. En attendant, les 8 milliards d'Euros de prêts qui devaient être versés le 15 octobre sont suspendus. C'est à lire dans La Croix .

"La Grèce est dépecée par les marchés", titre L'Humanit é.

On a lu beaucoup de choses sur ce pays qui a menti sur l'état de ses comptes publiques, où la triche est un sport national et la collecte des impôts indigne. Expiez vos fautes ! Mais aujourd'hui, à lire les témoignages dans la presse, on se dit que les Grecs n'en peuvent plus.

Le Monde , à nouveau. Paroles de trentenaires. Hara Zotou, elle est bibliothécaire. Son salaire a été amputé de 18%. Elle a le statut de fonctionnaire mais peur quand même : le gouvernement prévoit de supprimer 30.000 postes dans la fonction publique cette année.

900 Euros de salaire, des petits boulots pour arrondir les fins de mois : "Les gens se referment sur eux-mêmes, ils ont peur. Lorsqu'on se retrouve entre amis, le sujet de la crise revient toujours dans la conversation. On perd notre énergie, nous ne méritons pas ça."

Autre témoignage, il s'apelle Vasso Polychronopoulous (ça c'est du nom grec !) : "Le gouvernement essaie d'inciter les gens éduqués à partir. C'est très bizarre de sentir que votre propre gouvernement vous vire. ( …) Nous serons beaucoup plus pauvres que nos parents, je ne veux pas appartenir à une génération perdue.

Editorial de Michel Lepinay dans Paris Normandie . "Chacun commence à deviner le dénouement de l'histoire : le défaut de paiement de la Grèce semble de plus en plus inéluctable"

De la Grèce à la Belgique, la crise est encore partout dans la presse.

Mort d'une banque, titre La Tribune . La banque franco-belge Dexia, victime de la crise de l'Euro, c'est une première en Europe, relève Le Figaro .

Dexia, banque des collectivités, au banc des accusés aussi pour leur avoir refilé des emprunts toxiques. Pour Michel Guilloux, dans L'Humanité , d'Athènes à Angoulême, l'étranglement d'un pays comme de collectivités locales est lié aux choix, jamais démenti depuis 2008 de spéculation hautement toxique.

Un marqueur de la crise, un de plus à la Une des Echos , ce n'est pas la finance, c'est la vie de tous les jours : « Les commerçants frappés par une chute brutale de leur activité ». Cela concerne tous les types d'enseigne. D'abord en Italie en juin, puis en France et en Allemagne cet été et en Belgique en septembre.

A la Une du International Herald Tribune ce matin, photo de 3 petits entrepreneurs, un fabricant de papier français, le patron d'une boutique de bottes à Lisbonne, et une vendeuse de vêtements en Italie. Tous les 3 ont la mine sombre. Titre du journal américain : « La détresse d'une Europe emportée par la crise financière. »

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

Un nouveau candidat à la présidentielle, le professeur Izraël, cancérologue de renom. Il se lance dans la bataille pour mettre la lutte contre le cancer au cœur de la présidentielle. C'est à lire dans Le Parisien-Aujourd'hui-en-France .

Dans Le Parisien également, l'élan de générosité pour Babu, cet homme d'origine indienne dont nous parlions hier. Il est mort en portant secours à une femme agressée dans le métro. Les dons ont afflué pour aider sa famille à rapatrier son corps. L'homme qui l'a poussé sur les rails a été arrêté.

Malaise à l'hôpital de Nantes. C'est la Une de Presse-Océan . Un rapport de la médecine du travail pointe le mal-être des salariés.

Les Simpsons vont-ils être mis au ban de la télé américaine ? Selon le site américain The Daily Beast , un désaccord financier entre la production et les acteurs qui prêtent leur voix aux Simpsons pourrait entrainer la fin de la série au printemps.

La Belgique va-t-elle sortir de la crise politique ? Selon les sites du Soir et de La Libre Belgique , un accord a été trouvé sur le point le plus épineux, les arrondissements qui entourent Bruxelles. Mais il reste d'autres points de contentieux.

Et pour finir : les couples en crise de Net !

Ce sont les bans de mariage que l'on déchire.

L'ordinateur peut détruire votre couple. Cécilia Gabizon a enquêté pour Le Figaro .

Les ordinateurs, tablettes et autres smartphones encouragent la drague, l'isolement, la recherche éperdue du partenaire encore plus idéal.

Aux Etats Unis, un groupe d'avocat spécialisés dans le droit matrimonial s'inquiète : "L'ordinateur est la pire menace pour le mariage qu'il m'ait été donné de voir en plus de 30 ans de carrière" dit une juriste.

Le Figaro parle aussi de ces couples qui ont décidé de débrancher les appareils en fin de semaine pour se retrouver. Sur le modèle des Juifs pratiquants, qui ne doivent pas manipuler l'électricité le week-end. Cette pratique a désormais un nom : le shabbat bouton. C’est une autre forme de mise au ban…

A demain !

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