(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la cage aux oiseaux

(Bruno Duvic) Nous sommes en juin 58, près de Bowling Green en Virginie. Lui c'est un grand blanc du Sud, elle une noire d'origine Cherokee.

Ils sont mariés depuis 5 semaines. Ils dorment paisiblement chez eux.

Soudain en pleine nuit, le shérif du comté accompagné de chiens fracture la porte et les arrête.

Un blanc et une noire mariés en 1958 en Virginie. C'est interdit – ils avaient convolé dans l’Etat voisin de Washington DC.

Devant la justice de Virginie, le couple Loving, car ils s'appellent Loving, plaide coupable.

Ils sont condamnés à la prison, avec sursis s'ils acceptent de quitter l'Etat.

Une bataille judiciaire commence. Elle s'achèvera 9 ans plus tard, en 1967 devant la Cour suprême des Etats-Unis.

L'arrêt de la Cour suprême porte ce nom : « Loving vs Virginia ». C'est une étape majeure de la lutte contre la ségrégation raciale aux USA. Par cet arrêt, la Cour rend caduques toutes les législations qui interdisent le mariage racial dans le pays.

Cette histoire, qui a fait l'objet d'un film est racontée dans le dernier numéro de la Revue Feuilleton . Il est accompagné de photos qui avaient été publiées dans le magazine Life . Elles montrent très simplement le couple Loving dans l'intimité.

Si Feuilleton ressort cette histoire, c'est notamment parce qu'aux Etats Unis aussi le mariage homo est un sujet de débat et que les partisans du mariage pour tous s'inspirent de la décision concernant le couple de Virginie.

En 2007, pour les 40 ans de l'arrêt de la cour Suprême, Milred Loving, la femme, avait déclaré ceci : "Je crois que tous les Américains, quels que soient leur race et leur orientation sexuelle doivent avoir le même droit au mariage".

Chacun jugera le parallèle. Demeurent cette histoire, les photos et cet arrêt de la cour suprême au nom tellement symbolique : « Loving vs Virginia ».

Dans la série, « ouvrez les fenêtres », on lira dans Le Monde , la lettre africaine de Jean-Philippe Rémy. C'est intitulé « Prison Break à Kinshasa ». Comment un condamné à mort s'est échappé de la prison de Makala. Il est parti, déguisé en femme, maquillé, pour ne pas être reconnu par les gardiens. Encore en prison, il avait déjà réussi à singulièrement écarter les barreaux. Il a filmé les conditions de détention épouvantables. Il a conçu un enfant en cellule, correspondait sur Facebook, se tenait au courant des résultats de la coupe du monde de foot en Afrique du Sud en 2010.

Cette histoire est éminemment politique. Je vous laisse découvrir pourquoi dans Le Monde . Condamné dans un procès collectif et expéditif, cet ancien responsable du renseignement sous la présidence du père Kabila a fait passer des textes pendant sa détention. Textes qui sont joués aujourd'hui sur les scènes internationales. Depuis la prison de Makala, il imaginait, entre autres, l'Afrique en liesse dans les stades de foot sud-africain.

On ouvre la cage aux oiseaux en France également

Les pigeons ont gagné ! La fiscalité sur la vente d'entreprise ne sera pas autant alourdie que prévue. Les pigeons, à l'origine, c'est un groupe de créateurs de start-up qui s'est rebellé sur Facebook contre les projets fiscaux du gouvernement de gauche, sur le thème : « c'est l'esprit d'entreprise, la prise de risque et les petits patrons qu'on assassine. Ils font la Une du Parisien-Aujourd’hui en France et de Libération .

Libé qui est mi-chèvre mi-chou à leur sujet. Editorial de Vincent Giret. « Voilà donc la gauche habillée en assassin de l'esprit d'entreprise (…) Quelques habiles meneurs au dessin franchement politique ont instrumentalisé la troupe des auto-entrepreneurs galériens du Web. Mais on aurait tort de s'en tenir à cette bataille d'arrières pensées. Le gouvernement a commis une erreur et il a raison de vouloir corriger son dispositif. L'ennemi n'est pas le risque ni l'argent du risque mais la rente et ses prébendes. Et Vincent Giret rappelle que 9 start-up sur 10 échouent et que le petit monde de l'innovation a peu à voir avec les parachutes dorés du Cac 40. »

En titre dans Le Parisien , cela donne "Les chefs d'entreprise défient Hollande". Mauvaise passe dans l'opération reconquête des patrons pour le président qui les avait beaucoup critiqués pendant sa campagne.

A part « pigeon » en ce moment, le mot à la mode à la rubrique économique, c'est compétitivité. Pour la plupart des gouvernements en Europe c'est un fait acquis : la compétitivité est la clé pour sortir de la crise.

La presse de gauche se rebelle contre cette idée.

A la Une de L'Humanité dimanche (hebdomadaire qui parait le jeudi) : « Choc de compétitivité, ce qui se cache derrière ces mots ». Et Dominique Sicot dénonce par avance les allègements de charge qui pourraient être accordés aux entreprises. « En 15 ans, le patronat a obtenu plus de 200 milliards d'Euros d'allègement de cotisations sociales. Les cotisations ne sont ni des charges ni des taxes mais un salaire socialisé qui permet de subvenir aux besoins des travailleurs hors emploi. »

« La compétitivité, un mythe », écrit Le Monde diplomatique . On en parle maintenant pour les villes, les régions, les nations. « Une nation ne cherche pas à dégager de profit (…) Appliquée aux territoires, la compétitivité marque une nouvelle étape de la marchandisation du monde. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Obama, mauvais karma. Après sa défaite dans la nuit de mercredi jeudi dans le débat face à Romney, la presse est assez accablante : « Obama à la peine, Romney se relance », titre Le Figaro .

« Où est passé le favori ? », se demande Le Monde . Et M , le supplément du Monde , en kiosque cet après-midi, se distingue des portraits élogieux souvent dressés d'Obama en France. Titre de Une, « Barack Obama mister faux cool ». Il y est question d'un homme perfectionniste, distant, mauvais perdant, sûr de lui parfois jusqu’à la condescendance.

« L'ogre et le petit poucet ». C'est la Une de France football , avant le sommet de la Ligue 1 Marseille PSG dimanche. L'ogre c'est le PSG bling-bling des Qataris. Le Qatar et sa mainmise sur le sport. Dans Les Echos , vous lirez une page sur ce thème. Le Qatar est partenaire des 3 grands événements sportifs du week-end : OM/PSG, le prix de l'Arc de triomphe à Longchamp et Barcelone Real, puisque la Qatar Fondation est le sponsor maillot du Barça.

Toujours en sport, l'hommage de L'Equipe à Michael Schumacher, le pilote aux 7 titres de champion du monde de Formule 1, qui vient d'annoncer sa retraite à la fin de la saison. Toute la première page pour lui sous ce titre : « Une légende s'en va »

Et puis Bond, James Bond. 50 ans. Il y a un demi-siècle sortait « James Bond contre Dr No », le premier film de la série. L'agent secret a les honneurs de la presse. 4 pages dans Le Figaro , sous le titre « Happy Birthday Mr Bond » et couverture et dossier dans le magazine Première. Parmi la multitude d’informations que comporte ce dossier, les 007 gadgets qui ont marqué l’histoire de James Bond.

Je vous en cite 3 : Le chapeau d’Oddjob dans « Goldfinger » – le haut de forme du valet coréen se transforme en frisbee meurtrier capable de couper des tables en marbre ou de raser de près les ennemis.

Les lunettes à rayons X du « Monde ne suffit pas ». Elles permettent de voir les armes des méchants et les sous-vêtements des femmes.

Et puis la Lotus Esprit de « L’Espion qui m’aimait ». Profilée, puissante, surarmée, elle peut se transformer en sous-marin de poche. Seul inconvénient : le faible volume du coffre.

Bon week-end !

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