Chassez le naturel... Vous connaissez la suite... Il revient au galop... Là, c'est au triple galop que reviennent les bonus attribués par les banques à leurs traders. C'est Libération qui a allumé la mèche hier. Nous vous en parlions dans la revue de presse. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne s'agit pas d'un pétard mouillé. Et aujourd'hui, tous les journaux s'intéressent à l'affaire. A tout seigneur tout honneur : Libération, qui titre : "Le scandale des bonus", et qui en conclut que "ni la crise, ni les prescriptions du G20 n'ont entravé la logique des marchés". Libération qui rappelle cette phrase, prononcée il y a moins de quinze jours par la ministre de l'Economie Christine Lagarde, qui disait : "Les banques françaises ont une attitude responsable sur la rémunération des dirigeants et des opérateurs". Peut-être, mais "ce milliard de bonus que la BNP a décidé de verser à ses traders, ça fait quand même désordre", écrit Didier Pobel dans Le Dauphiné Libéré. "On a un peu l'impression qu'en France, tout ce qu'on chasse par la porte de la morale revient par la fenêtre des vieilles habitudes", poursuit notre confrère. "De toute façon, ce système-là est un système fondamentalement pervers", souligne Nicolas Cori dans Libération, qui nous explique "qu'à la fin de l'année, chaque banque décide d'un montant global à redistribuer en cash ou en actions, en fonction des bénéfices obtenus. Ensuite, les chefs de salle répartissent comme ils l'entendent cette somme entre salariés. Ainsi, un trader peut espérer toucher un million d'euros, une secrétaire, pas plus de 10.000. Alors bien sûr, ces inégalités choquent, mais les économistes critiquent surtout un mode de distribution qui encourage le risque... ce risque qui a déclenché la crise". A noter quand même qu'on n'est pas dans le bonus et bouche cousue, puisque BNP-Paribas a reconnu les faits hier, contrairement à la banque américaine Goldman Sachs, par exemple, dont le patron, nous dit le New York Post, avait demandé aux bénéficiaires des bonus de les dépenser avec discrétion, histoire d'éviter toute polémique. Cela dit, reprend Alain Joannès dans Le Télégramme, "l'indignation suscitée par la persistance des rémunérations variables dans les banques (c'est le nom savant et politiquement correct des bonus) a quelque chose de touchant. S'émouvoir, c'est faire preuve de naïveté, par méconnaissance du capitalisme financier, en croyant qu'il peut se réformer". "Adieu donc la régulation, bonjour les amnésiques et vive le marché !", résume Daniel Ruiz dans La Montagne. Oui, vive le marché, comme semble nous le dire Le Figaro, qui s'élève contre ce qu'il appelle "la fausse controverse" à propos des bonus, "l'émoi médiatique, à coup de polémiques excessives, voire injustifiées, et la diffusion d'informations partielles, voire déformées", écrit Yves Thréard. "Alors oui, poursuit-il, c'est une chose de déterminer les raisons de la crise, les dérives financières, ne serait-ce que pour les éradiquer ; mais c'en est une autre de jeter le bébé avec l'eau du bain, en ne cherchant pas à comprendre. On a tort de crier au scandale quand les banques enregistrent des profits et les redistribuent, sous prétexte qu'elles sont aidées par l'Etat. Et après tout, poursuit Yves Thréard, ces bonus sont des primes, qui s'ajoutent à un fixe, et qui varient en fonction des performances des bénéficiaires, exactement comme en obtient n'importe quel commercial dans une entreprise". Ce à quoi, sur la rive opposée de ce raisonnement, L'Humanité rétorque, chiffres à l'appui, affichés à la Une, façon vent debout : "BNP-Paribas : 5 milliards d'euros d'aides publiques, 3 milliards de profit, 1 milliard de bonus !". Indignation formulée par Maurice Ulrich dans son édito, avec les mots de la colère : "Une telle tartufferie nationale et planétaire donne la nausée". Portrait dans la presse hebdomadaire, ce matin... Oui : Monsieur Mitterrand... Frédéric Mitterrand. "Un politique pas comme les autres", nous dit L'Express, qui s'intéresse de près au ministre de la Culture cette semaine. D'abord, l'hebdomadaire estime qu'il a réussi un sans-faute depuis son entrée en fonction, et qu'en quelques semaines il est devenu la coqueluche du camp du Président. Bon, mais que vaut-il, et qui est-il vraiment ?, s'interroge l'hebdomadaire. Un portrait qui commence par des louanges. Un ministre dit de lui qu'il est humain et en même temps professionnel et, signe de suprême élégance, qu'il ne joue pas les divas. "Frédéric Mitterrand, c'est quand même Léon Zitrone rue de Valois", lâche un ancien proche de François Mitterrand. Pour le reste, autrement dit pour l'essentiel, la droite lui demande d'être un nouveau Malraux et d'effacer Jack Lang. Et c'est pourquoi, affirme L'Express, elle fait de Mitterrand une star. On verra... En tout cas, le ministre de la Culture a décidé de s'installer dans le bureau de l'un de ses prédécesseurs les plus célèbres : Malraux. Parce que cette pièce lui rappelle l'Italie, avec ses plafonds très hauts... L'Italie où il a passé une année, à la tête de la Villa Médicis... épisode à propos duquel l'hebdomadaire nous dit qu'il aurait déprimé; tout le long de son séjour. Un témoin affirme qu'il était accaparé par des tâches étranges. Le confort de son chien l'obsédait, par exemple. Il lui fallait deux ou trois heures dans la journée pour le promener. Et puis il y a, dans L'Express, cet encadré : "Mitterrand par Mitterrand"... Autoportrait sous forme de questions-réponses. Et à cette question-là : "Quel est le personnage historique que vous admirez le plus ?", il apporte cette réponse, façon Tati : "Mon oncle". Eh oui : François Mitterrand, qu'il admire. "Ah qu'il eût aimé que celui-ci, dont il ne fut jamais un intime, le reconnût !". Confession touchante de Frédéric, dans un dialogue avec l'au-delà nommé François : "Si je pouvais parler aujourd'hui à mon oncle, je lui dirais de s'occuper plus de moi. J'aurais beaucoup aimé qu'il sût à quel point je l'aimais". En fait, l'obsession du ministre de la Culture, c'est de ne pas être surnommé "Mitterrand le petit". Vous savez : comme Napoléon III, neveu du premier. Mitterrandiste d'avant-hier, sarkozyste d'aujourd'hui : L'Express nous rappelle que Frédéric Mitterrand est un chiraquien d'hier. Il l'avait rejoint d'ailleurs entre les deux tours de la Présidentielle de 1995. Et puisqu'on parle de Jacques Chirac... Vous le verrez à la Une du Parisien-Aujourd'hui en France, dans sa position favorite : serrer des mains. Et c'est à Saint-Tropez, où il passe ses vacances. Alors autant vous dire que, sur la promenade du port hier, sur le coup de midi et demi, face aux yachts de luxe, Kate Moss et Karen Mulder étaient reléguées au rang de badauds qui viennent rêver devant les bateaux. La vedette, c'était bien Jacques Chirac. Tout comme mardi, lorsqu'il a débarqué Place des Lices, où il s'est fait photographier avec la police. A défaut de gendarmes, on le voit, dans Le Parisien, poser entre deux policiers pas peu fiers. "C'était l'émeute sur la place", témoigne le journal. Et voilà qui nous ramène sur le terrain politique, avec cette prise de recul que nous propose Le Point chaque semaine, estimant que l'été est le temps d'une réflexion apaisée, plus profonde : sur nous-même, notre société et les forces politiques qui l'animent. Aujourd'hui, le commentateur de l'air du temps, c'est Alain Minc, qui se définit comme un libéral de gauche. Alors évidemment, l'intitulé interpelle. Donc, explication d'Alain Minc : "Etre un libéral de gauche, c'est posséder un mauvais chromosome, disons atypique dans l'ADN politique : c'est croire que l'intérêt général existe en dehors du marché, mais que l'Etat n'est pas l'expression naturelle et exclusive de cet intérêt général". Et comme au philosophe Marcel Gauchet la semaine dernière, Le Point pose à Alain Minc la question de l'état du PS. Réponse : "Dans une monarchie républicaine, il faut d'abord produire un leader. Le problème est darwinien ; or, il n'y a pas de mécanisme de sélection. L'état-major du PS, c'est la Chambre des Lords : il n'y a que des Lords à vie, et même maintenant des Lords héréditaires". Mais de qui parle-t-il ? Toujours est-il, selon Alain Minc, que, tout au contraire, à droite, il y a un chef qui élimine et qui promeut. Suivez son regard... On termine par ce feuilleton qui vous plaît beaucoup : l'origine du nom des entreprises... Et c'est au Figaro Economie que l'on doit cette excellente initiative. Aujourd'hui : Auchan... Pourquoi Auchan s'appelle Auchan. En fait, c'est un nom qui en dit long sur un état d'esprit. Le petit nom de cette grande enseigne vient tout simplement du quartier Est de Roubaix, dans le Nord : un quartier nommé "Les Hauts Champs". Et c'est là, en 1961, que Gérard Mulliez a ouvert son premier magasin. Et retenez cette subtilité : "Hauts Champs" s'écrit "h-a-u-t-s"... plus loin... "champs"... Mais pour que ce nom ressorte en tête dans les annuaires, Auchan s'écrit "a-u-c-h-a-n". Et dans le genre "plus je fais simple, plus je suis efficace", les sociétés qui appartiennent au groupe Auchan ont suivi la même méthode. Phildar, par exemple, ou "l'art du fil". Et encore plus simple : il y a Kiabi, comme "qui habille". Et bien sûr Kiloutou. C'est encore plus imagé. Dommage qu'il n'ait pas créé Kidonetou. On peut rêver.

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