Les Unes de la presse du samedi 6 août.

Comme chaque fois qu’il s’agit de commenter un événement lointain la presse écrite est un peu décalée ce matin pour parler de l’événement du jour… et pour cause : la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Rio s’est déroulée cette nuit.

Tous les journaux avaient bouclé leur édition avant…

A défaut de pouvoir commenter en direct la cérémonie d’ouverture vos journaux vous proposent en cette fin de semaine des dossiers, des compléments, des enquêtes et reportages sur absolument tous les aspects de ces jeux olympiques . On peut citer le numéro spécial qu’y consacre le Monde, avec un arrêt particulier sur ces 10 athlètes qui, pour la première fois dans l’histoire des Jeux, vont représenter, non pas un pays, mais les réfugiés qui ont fui leur pays.

Parmi eux deux judokas originaires de république démocratique du Congo, un nageur syrien qui a fui Alep il y a 5 ans déjà, ou des coureurs de demi-fond du Soudan du Sud…

Autant de présences qui nous rappellent que la pratique du sport apparaît, dans bien des pays aujourd’hui, un luxe inaccessible.

Je vous signale d’ailleurs un autre portrait particulièrement touchant dans ce même supplément JO du Monde : celui de Noël Vandernotte. Noël Vandernotte est le plus jeune médaillé français de toute l’histoire des jeux : à Berlin, en 1936, il a été deux fois médaillé de bronze avec l’équipe de France d’aviron : il n’avait que 12 ans.

Dans les tribunes, il a vu Adolph Hitler. Quelques années plus tard, il l’a combattu en entrant dans la résistance. Au-delà des galeries de portrait, des reportages et des enquêtes, le ton général est pourtant le même, quelque soient les journaux. Car la presse tourne largement ses regards sur le contexte de ces JO.

Pascal Coquis dans les Dernières Nouvelles d’Alsace constate que Rarement Jeux olympiques se seront ouverts dans une ambiance aussi délétère, jamais sans doute ils n’auront autant cristallisé la colère d’un peuple.

Pascal Coquis rappelle qu’il y a sept ans, le Brésil s’était enorgueilli d’être le premier État d’Amérique du Sud à accueillir les JO ; aujourd’hui, il s’angoisse à l’idée de traîner leur facture (9 milliards d’euros) comme un boulet. La magie survendue n’opérera pas parmi la population brésilienne, parce que les Jeux ne sont pas organisés pour les Brésiliens analyse le confrère des DNA. Ils sont une arme diplomatique, pas un cadeau fait au peuple qui n’en verra de toute façon pas la couleur,

Le Monde, dans son édition du weekend, ne dit pas autre chose.

A propos du Brésil le quotidien parle de pays au bord du chaos et rappelle que la moitié des Brésiliens se déclarent contre ces jeux. A un très sombre tableau économique et politique du pays, le Monde ajoute une dimension aujourd’hui incontournable : la dimension sécuritaire. 85 000 agents sont affectés à la sécurité, alors que l’organisation Etat islamique a clairement menacé de prendre pour cible cet événement planétaire. Un dispositif qui gonfle encore la facture : quotidien économique les Echos nous apprend par exemple que les contrats d’assurance souscrits pour l’occasion se montent à 2 milliards de dollars.

Les assureurs sont devenus des « accompagnateurs obligés des jeux olympiques » nous explique le journal.

Et c’est bien tout le drame de notre époque : des pays ne sont pas visés uniquement parce qu’ils jouent un rôle stratégique dans le monde, pour leur engagement contre les mouvements radicaux, contre le jihadisme. Ils sont menacés par le simple fait d’accueillir des manifestations d’un tel retentissement.

Et c’est ce que rappelle le Monde : le Brésil jusque-là avait été épargné par la menace terroriste. Cela dit, et c’est le quotidien brésilien Extra qui tempère un peu ce constat, mais pour le pire : à Rio, le terrorisme, c’est tous les jours. Et cela non pas en raison des menaces d’organisations islamistes, mais tout simplement par l’existence d’un banditisme local contre lequel les forces de l’ordre sont impuissantes.

Les Jeux de la Colère : c’est le titre de l’Humanité Dimanche à sa Une. Le quotidien constate que ce sont les plus pauvres qui vont pâtir du coût de ces jeux. L’Huma dimanche nous apprend par exemple que depuis décembre, les salaires des fonctionnaires sont payés avec plusieurs mois de retard. Que les établissements universitaires ou hospitaliers de l’Etat de Rio font face à des difficultés de fonctionnement sans précédent. Même la morgue a dû être fermée pendant trois mois ce printemps.

Les préoccupations sécuritaires ne sont pas le seul fait des Brésilien.

On retient dans les colonnes de la Voix du Nord cette déclaration très alarmante, pour ne pas dire alarmiste, de quelqu’un qui sait mieux que personne ce que le mot terrorisme signifie…

Cette déclaration, on peut même la résumer à une phrase, une phrase qui remue, comme le note la Voix du Nord :

C’est celle de l’ancien juge d’instruction spécialisé dans les affaires de terrorisme, Marc Trevidic. En fait le quotidien la Voix du Nord la reprend ce matin d’un entretien accordé par le magistrats à nos confrères et mis de la RTBF la radio belge francophone : Marc Trevidic prédit « une année épouvantable pour la France. »

Le magistrat estime en effet que l’année électorale dans laquelle nous sommes entrés constitue une tentation trop grande pour l’organisation État islamique de se concentrer sur la France. Et il se dit très pessimiste quant aux résultats de la lutte anti-islamiste dans notre pays.

Marc Trévidic occupe depuis bientôt un an le poste de premier vice-président du Tribunal de Grande Instance de Lille.

Lutte anti-terroriste insuffisante ? Mesures de sécurité dérisoires face à la menace ? 7 Français sur 10 estiment qu’il faut dépenser plus pour assurer la sécurité : c’est que révèle une enquête effectuée pour le quotidien économique les Echos par Elabe auprès d’un millier de personnes les 2 et 3 août.

Le sondage le montre sans détour : les français veulent une augmentation des moyens de prévention et de lutte contre les menaces. Et l’opinion est à peu près également répartie entre électorat de gauche et de droite. Une énorme majorité des sondés – 77% - estime en revanche que cet effort ne doit pas être financé par une hausse des impôts. Mais là où les positions divergent, c’est sur les moyens de financer cet effort supplémentaire : si plus d’un Français sur deux pense qu’il faut baisser les dépenses dans d’autres domaines, l’électorat de droite est très favorable à des rééquilibrages budgétaires, et plus encore celui de l’extrême droite.

Beaucoup plus de réticence en revanche chez les électeurs de gauche, qui craignent que ces ajustements ne se fassent au détriment des dépenses sociales.

Sécurité, crainte du terrorisme : conséquences : des manifestations publiques en font les frais : beaucoup d’annonces d’annulation ces derniers temps.

Dernière en date : celle de la Grande Braderie de Lille.

Je ne vous surprendrai pas si je vous dis que la Voix du Nord consacre une large place à la décision de Martine Aubry d’annuler la prochaine édition de cette manifestation traditionnelle et O combien populaire..

Nos confrères relèvent d’ailleurs, avec une pointe de surprise tant le débat sécuritaire a suscité des propos pas toujours très dignes dans la classe politique - que cette décision ne suscite aucune réaction véritablement négative dans le milieu politique local. Et de citer en exemple le député Les Républicains

Marc-Philippe Daubresse qui évoque « une décision

de sagesse dans le contexte actuel ». Même ton dans la bouche d’un autre élu de l’opposition Jean-René Lecerf, président du conseil départemental du Nord.

« Quel qu’aurait été le choix du maire je l’aurais soutenue" 

Il n’y aurait pas eu une feuille de papier à cigarette de différence entre elle et moi. Seule voix discordante : celle du Front National qui critique l’annulation de cette grande manifestation populaire. Et puis une voix que le quotidien aurait souhaité entendre, mais qui reste muette : celle du Président de la région, la région des Hauts de France, Xavier Bertrand. Il a tout simplement refusé de s’exprimer sur le sujet.

Autre petit bémol sur la disparition de lédition 2016 de la Grande Braderie de Lille : celui qu’apporte dans son éditorial le rédacteur-en-chef de la Voix du Nord Jean-Michel Bretonnier.

"Certes, reconnaît ce confrère, dans le climat actuel, la décision de Martine Aubry relève de la sagesse. Mais… Supprimer la Braderie de Lille est un renoncement. Une répétition de ces sacrifices affecterait notre mode de vie, en l’occurrence cette façon de reprendre le collier après avoir fait le plein d’énergie dans la compagnie des autres. Les habitants de la région comme les Français ne sont pas prêts à tous les abandons, poursuit Jean-Michel Bretonnier. Renoncer à la Braderie 2016, parce que la menace est à un sommet, parce que nos armes ne sont pas toutes fourbies, d’accord. Mais renoncer aux suivantes serait un aveu d’impuissance, et une défaite."

A Lorient, pas d’annulation cette année pour le festival interceltique : l’un des rendez-vous musicaux les plus populaires d’Europe. Même s’il se déroule sous haute surveillance nous explique le Télégramme. Le Télégramme qui nous invite d’ailleurs à en suivre l’un des temps forts aujourd’hui : la dernière manche du championnat des Bagadou : l’élite des groupes bretons sera là. Ceux qui ont assisté un jour à cette compétition savent à quel point elle est éblouissante, tant la musique bretonne a su se renouveler, s’actualiser, s’enrichir avec les meilleurs talents musicaux. Ceux qui n’ont jamais assisté au festival de Lorient peuvent suivre le conseil du Télégramme, auquel j’ajoute le mien : courrez-y !

Demain ce sera la traditionnelle grande parade à laquelle assistent tous les groupes participants. C’est tout simplement grandiose !

Enfin c’est la Dépêche qui nous l’apprend : pas de Brexit pour William et Kate, le couple royal britannique : les deux royaux tourtereaux passent leurs vacances dans le Gers… en toute discrétion nous apprend le quotidien de Toulouse qui les a dénichés dans le château de Laroque, à Pouydraguin.

Si Kate a le sourire radieux, l’héritier de la couronne, lui, n’a pas l’air enchanté d’être surpris par le photographe du journal.

Clinton-Trump : le match est-il déjà joué ?

C’est la question implicite que pose ce matin plusieurs de nos quotidiens à propos de la course à la Maison Blanche. Le Figaro, graphiques à l’appui, constate le « décrochage » du candidat républicain dans les sondages face à Hilary Clinton. Celle-ci le devance d’au moins 9 points dans les intentions de vote. Dans son éditorial, Yves Thréard relève le caractère imprévisible du candidat républicain : après son investiture, tout le monde s’attendait à ce qu’il change de ton, à ce qu’il abandonne ses propos provocateurs… il n’en a rien été.

Au contraire : ses sorties à l’encontre de la famille d’un soldat d’origine pakistanaise tué en Irak, puis les révélations sur son passé militaire – ou plutôt son non-passé militaire – ne passent pas auprès d’une grande partie de l’électorat. Alors, observe Thréard, Trump en plein trou d’air, compte plus aujourd’hui sur les défauts de ses adversaires que sur ses supposées qualités : fort degré d’exaspération de la population américaine contre l’actuel gouvernement. Soutien d’Obama à Clinton qui, vue l’impopularité d’Obama, pourrait bien être contre-productive. L’éditorialiste du Figaro en conclut que le match n’est pas terminé.

Corine Lesnes correspondante du Monde à San Francisco mentionne cette enquête de CNN selon laquelle 7 américains sur 10 ne seraient pas fiers de voir le républicain à la présidence. Et nos confrères du Washington Post parlent de climat de panique au sein du parti républicain. Panique marquée par de nouvelles défections chaque jour.

Mais comme le rappelle note consoeur du Monde, Trump a quand même accumulé un trésor de campagne de 37 millions de dollars.

En attendant de connaître les nouveaux Dieux de l’Olympique, le journal Le Monde dans son édition du weekend nous propose un entretien en forme de dialogue autour de cette question : Pourquoi le XXIe siècle est-il religieux ?

Fehti Benslama, psychanalyste et le chercheur Olivier Roy dialoguent autour de cette question : assiste—ton aujourd’hui à un retour du religieux ? Partout, rappelle Olivier Roy, la pratique religieuse régresse.

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