(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : qui protéger ?

Les chrétiens d'Orient étaient là aussi, en plein cœur de Moscou. Ils y tenaient des centaines de petites échoppes de cordonnerie. Il y avait les vedettes, chez qui les étoiles du Bolchoï portaient leurs souliers. Et les petits cireurs qui installaient deux chaises dans la rue - 10 kopecks pour raviver les vieilles godasses fatiguées. C'était à l'époque soviétique. Ces échoppes, tenues par des assyriens réfugiés en Russie après la première guerre mondiale ont quasiment toutes disparu, raconte Courrier International cette semaine. Petit chapitre dans la vaste histoire des Chrétiens d'Orient. Ici, il ne s'agit que de magasins qui disparaissent sous l'effet des changements de l'économie. Mais ailleurs l'affaire est bien plus grave. En titre dans Ouest France : « François pleure les persécutions des Chrétiens d'Orient ». Le Pape François. Chrétiens de Syrie, d'Irak, d’Égypte.

Et le massacre ne s'arrête pas aux rivages du Nil ou de l'Euphrate. 142 étudiants chrétiens assassinés jeudi à l'université de Garissa au Kenya. C'est à eux aussi que pensait le pape hier lors de son message de Pâques. « Ils ont été surpris dans leur sommeil, écrit Laurent Marchand dans Ouest France . Triés. Et exécutés lorsqu'ils étaient chrétiens. » Le récit présenté par Christian Losson sur libération.fr à partir de la presse kényane est difficile à soutenir. Image de cette étudiante retrouvée le samedi seulement, deux jours après le massacre, terrée dans une cachette dans l'université.

« Les terroristes ont ajouté une nouvelle plaie sur la carte du monde, étiré le front djihadiste sur la carte de l'Afrique » poursuit Laurent Marchand. « Violence barbare », déclarait le pape hier, pour secouer les torpeurs coupables. « Ce qui est en train de se jouer sous nos yeux et dans l'indifférence presque générale, enchaine Bruno Dive dans Sud-Ouest , c'est le martyre des chrétiens à travers une partie du monde. Pourquoi se voiler la face ? »

Torpeur, pusillanimité. L'épisode de l'affiche dans le métro à Paris est éloquent. La RATP qui a censuré la mention "Pour les chrétiens d'Orient" sur l'affiche du groupe Les prêtres , en récital en juin. Parmi les arguments invoqués : la volonté de de ne pas prendre parti dans un conflit. Dans Le Parisien-Aujourd'hui en France , l'un des rares journaux en kiosque ce lundi de Pâques, Mgr di Falco, à l'origine de ce groupe dénonce cet argument : les chrétiens d'Orient qui se font massacrer n'ont jamais déclaré la guerre à qui que ce soit. La RATP est en train d'enclencher la marche arrière titre Le Figaro . Elle fait aussi valoir la difficulté croissante à appliquer les règles de neutralité religieuses sur ses espaces publicitaires.

Le contexte est aussi celui-ci : on marche sur des braises dès qu'il s'agit de parler de religions. Faut-il en rajouter ? On relèvera ce matin le décalage entre la Une du Figaro et le contenu du journal. En manchette : "L’Islam de France dépassé par ses jeunes". Des jeunes qui se radicalisent de plus en plus, peut-on lire à la Une. Sujet diablement intéressant. On lit donc l'article qui recouvre quasiment toute la page 2, consacré au rassemblement de l'Union des organisations islamiques de France au Bourget. De ces jeunes, il est question dans une citation dans le dernier paragraphe et c'est tout. Pas sûr au passage que le journaliste chargé des questions religieuses soit responsable du titre accolé à son article...

Sommes-nous trop protégés ?

Il y a de la grève dans l'air. Il y a de la grève dans l'air, chez la Reine d'Angleterre. Le château de Windsor abritera-t-il les prochaines AG des salariés de Radio France ? En tout cas, la colère gronde à Windsor titre Le Parisien . Le petit personnel, cuistots, traducteurs, hommes de ménage en a ras le mug à l'effigie de la Queen, de faire des heures sup’ sans être payé. Alors grève, sans doute pas... Mais menace d'un mouvement de protestation la semaine prochaine.

Et à Radio France, où en est-on ? Troisième week-end de grève. Rien de très nouveau ce matin dans la presse. Pour Le Monde , le PDG de Radio France, Mathieu Gallet est dos au mur. lefigaro.fr constate que les négociations de ce week-end n'ont rien donné et que la grève se poursuit. « Grève d'utilité publique » fait valoir une tribune des grévistes de Radio France sur lemonde.fr . "Nous résistons pour continuer à vous offrir ces documentaires, reportages long-format, fictions, émissions accessibles mais qui ne cèdent pas à la facilité, ces programmes de proximité que vous ne trouvez nulle part ailleurs."

Quels moyens à Radio France ? Pour faire quoi ? Utilisés comment ? Si vous êtes sur Twitter, vous voyez sans doute passer ces messages, entre soutien et agacement. Dans la catégorie agacement et ironie féroce, la tribune de Camille Pascal sur le site Valeurs actuelles : avec cette grève, "la radio publique se trouve empêchée de faire campagne pour la gauche ou plus exactement contre la droite. Pour avoir réussi cette performance, Mathieu Gallet mérite au moins la légion d'honneur." Camille Pascal était conseiller à l’Élysée sous Nicolas Sarkozy.

Sommes-nous trop protégés ? C'est la Une du Magazine Alternatives économiques en ce mois d'avril. En jeu, la question autour de laquelle tourne le gouvernement en ce début de printemps : Faut-il assouplir le marché du travail ? Ce manque de souplesse du marché du travail en France est une image d’Épinal, estime Alter Eco . Peut-on vraiment parler de rigidité avec 17% d'emplois précaires, 85% des contrats signés en CDD, près de 600.000 travailleurs temporaires, près d'un million d'auto-entrepreneurs, + les ruptures conventionnelles de CDI possibles depuis 2008 ?

Ce débat nous accompagnera sans doute une bonne partie du printemps.

Quoi d'autre dans la presse ?

Peu de presse en kiosque en ce lundi de Pâques. Pour les quotidiens nationaux, seulement, L'Equipe , Le Figaro et Le Parisien-Aujourd'hui en France .

« En matière de football, on a l'habitude en France, de regarder ailleurs ce qui se fait de mieux, chez nos voisins anglais ou espagnols notamment. Pour une fois arrêtons-nous deux secondes sur le classique de la ligue 1 : OM-PSG », ce fut un match « Éblouissant », « le plus spectaculaire de la saison, tous championnats confondus. »

Ces commentaires et titres sont dans L’Équipe ce matin. Et à la fin, ajoute le quotidien sportif, c'est Paris qui gagne. 3/2.

Et évidemment, cela ne réjouit pas le journal La Provence à Marseille, qui titre sur « la grande désillusion », « la déception capitale ».

A l'autre bout de la France du foot, dans Le Parisien , on chambre et on enfonce le clou : à la Une, « Paris élimine Marseille », désormais à 5 points du PSG, leader, dans la course au titre. « Paris, lui a tenu le choc », ajoute le journal.

Et puis dans la série le monde qui vient. Dans ce monde, préfèrera-t-on apprendre l'informatique plutôt que les langues étrangères ? C'est l'histoire du jour à la Une du Figaro éco. Dans plusieurs États américains, Texas, Géorgie, État de Washington, les étudiants pourront prendre en option un langage informatique plutôt qu'une langue étrangère. Ces États mettent en avant la réalité du marché de l'emploi. Les profs de langue répondent : c'est comme si on remplaçait l'histoire par les maths.

A demain !

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