Et deux visions qui s’opposent...

« Université : les étudiants otages des bloqueurs », en Une du Figaro. Le journal a envoyé ses reporters dans la dizaine de facs paralysées. "A Montpellier, 200 bloqueurs ont pris le pouvoir", et "Dans les facs parisiennes, de Tolbiac à Clignancourt, on rêve de révolution", rapportent-ils... Dans son édito, Laurence de Charette fustige cette frange d’étudiants qui a "un certain désir de désordre" et "rêve toujours de la fameuse convergence des luttes". "De Drôles d’étudiants" qu'elle oppose "aux vrais étudiants, non-grévistes, majoritaires". "Au spectre de la contagion sociale, le gouvernement doit opposer la contagion de la fermeté", selon elle.

Aux antipodes, l’Humanité. « Université : ça devient sérieux », en Une du journal, qui se délecte de voir le gouvernement confronté à cette contestation. "Il pensait que l’affaire de la sélection en fac était pliée, que sa stratégie du fait accompli avait fonctionné, mal lui en a pris", écrit l’Humanité, qui voit un mouvement étudiant "_parti pour dure_r", car les étudiants ont leurs propres raisons de se mobiliser "contre un plan massif de sélection sociale après le bac…". "Les petits ruisseaux font les grandes colères…", prévient l'éditorialiste...

Sur cette question de la sélection, La Croix alimente le débat avec deux points de vue. "Les bacheliers sont obligés de constituer un dossier pour que les universités trient les demandes, c'est un classement, avec des refus, donc de la sélection », estime Lila Le Bas, présidente du syndicat étudiant UNEF. "L’aiguillage post bac ne fonctionne pas, il aboutit à une situation hypocrite avec des sélections tacites, l’enjeu de la réforme, c’est plus de transparence et moins de promesses imprudentes", lui répond Alain Boissinot, ancien directeur de l’enseignement scolaire. 

Et puis Libération donne de son côté la parole aux enseignants. Ils sont nombreux à partager le malaise des étudiants, nous apprend le journal. Certains refusent même, en signe de protestation, de trier les dossiers des bacheliers. 

Et dans ce concert de revendications, Emmanuel Macron, plutôt absent… 

« L’Etats de grâce, c’est fini », titre ce matin le Parisien, qui revient sur le déplacement du président, hier, au CHU de Rouen. Occulté le plan autisme qu’il était venu défendre, même si Libération et La Croix lui consacre leurs Unes... occulté par un comité d'accueil de 200 manifestants et une spécificité, note Le Parisien : la diversité des protestataires : cheminots, hospitaliers, étudiants, éboueurs et même retraités. 

Le journal revient sur la confrontation avec une aide-soignante qui a obligé Emmanuel Macron à sortir de son silence. "Logique", selon son entourage, "car le président est par essence le réceptacle des colères". Certes, mais dans ce climat social, il ne pourra pas rester longtemps muet, écrit Le Parisien, qui croit savoir qu'une intervention dans les médias se préparent justement.

« Pourquoi le président reste en retrait », s’interroge aussi Le Figaro. "Parce qu’il ne peut pas se permettre de gâcher une cartouche... Le pire dans un moment de tension, c’est une intervention qui tombe à plat... C’est arrivé à François Hollande, Emmanuel Macron a retenu la leçon, et c'est pour ça qu'il laisse son premier ministre monter au créneau". Analyse de Guillaume Tabard, qui précise que "si c’est la juste répartition des rôles prévue par la constitution, Macron n’en incarne pas moins une présidence totale, omniprésente et exposée". Et le journaliste de rappelle que "si parler c’est dramatiser… parler c’est aussi expliquer »...  et il y a un besoin d'explication.

Dans la presse aussi ce matin, la question de plus en plus redondante des données personnelles…

Le Parisien revient sur les 200.000 français titulaires de comptes Facebook siphonné dans le scandale Cambridge Analityca. Le journal nous apprend que la Caisse d’assurance vieillesse ferme sa page sur le réseau social car des retraitées ont la mauvaise habitude d'y poser des questions en divulguant des informations confidentielles. 

« Facebook revoit sa confidentialité à la marge » titre aussi Le Figaro, qui revient sur les promesses du patron Mark Zuckerberg pour renforcer la protection des utilisateurs. Pas de quoi rassurer Rebecca MacKinnon, qui dirige un réseau international de défense de la vie privée sur internet. Dans le Financial Times, elle rappelle que la raison d’être de Facebook, c'est l’exploitation des données personnelles. « C’est donc en redonnant le contrôle aux internautes qu’on évitera des scandales, pas en s’appuyant sur les entreprises privées ».

Les données personnelles, à la Une aussi de Marianne. « Attention Big Brother est déjà chez vous !” L'hebdo liste les aspirateurs de données de votre quotidien : voiture connectée, salon connecté, smartphone, enseignement à distance, caméras sur la voie publique, géolocalisation… toutes ces données, "c'est le pétrole du XXIe siècle, le carburant des algorithmes", écrit le magazine.

Et Marianne nous explique que dans ce domaine, la France est championne, grâce au jacobinisme et à la centralisation. La Caisse nationale d’assurance maladie est par exemple assise sur 20 milliards de données sur tous les Français. Un trésor qu’Emmanuel Macron veut exploiter, avec des partenaires privés, pour positionner la France à la pointe de l’intelligence artificielle.

Alors certes, pour surveiller, il y a la Commission nationale de l’informatique et des libertés … certes il y a le règlement général sur la protection des données qui entre en vigueur dans l’Union européenne… mais est-ce suffisant ? 

Usine Nouvelle considère qu’en confiant aux entreprises détentrices des données, la responsabilité de les sécuriser, on avance sur la voix de la maturité. "Attention danger", écrit au contraire le magazine Vraiment, qui vante les progrès réalisables en médecine, grâce à l'exploitation des données personnelles, mais met en garde contre un risque massif de fuite en cas de regroupement au niveau mondial. "Attention danger" aussi pour Marianne, qui dresse le portrait d’une Chine "empire du totalitarisme numérique", avec  un système orwellien de « crédit social ». Une énorme base de données qui permettra de noter 1.4 milliards de chinois… "Avec ces nouvelles technologies, le parti communiste va réaliser la rêve de Mao, qui avait placé le contrôle de la pensée au cœur de son système politique", ironise Marianne.

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