(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : nuages et fumées

(Bruno Duvic) Voilà un éditorial suprenant. Il est signé Nicolas Demorand ce matin dans Libération :

"J'ai grandi aux Etats Unis pendant les années 70. Mes premiers souvenirs sentent puissamment l'herbe que fumaient ma soeur ainée et ses potes, censés nous baby-sitter, mon frère et moi. Mon adolescence, c'est au Maroc que je l'ai passée ; une belle époque où, à peine entré en 3ème, un ami me mettait un joint entre les mains (…) De cette enfance fumeuse et fumiste, la conséquence la plus dramatique fut que je devins journaliste."

"Etats Unis, Yes we cannabis" titre le journal de Demorand. Deux Etats américains s'apprêtent à légaliser la consommation d'herbe.

Coïncidence : hier, je vous parlais de la couverture de L'Express très alarmante : "Cannabis, ravages chez les jeunes". Ce matin, la Une au fumet très libertaire de Libé .

Voilà donc le débat relancé. Faut-il changer la loi ? Dépénaliser, légaliser ? Au delà de ce débat juridique et politique, le quotidien publie une interview de l'addictologue William Lovenstein

« - Quelle serait aujourd’hui une politique de prévention, en matière de cannabis ?

  • Ce serait d’abord un repérage précoce, notamment par le biais de l’Education nationale. Repérer quand un jeune va mal, ne pas tourner la tête. On pense toujours au soutien scolaire, sauf quand il s’agit de cannabis, où l’on ne va songer qu’à le mettre à la porte de l’établissement. Bref, une politique d’attention.

  • Quel langage tenir aux jeunes ?

  • Parler juste. Il faut que les politiques, comme les parents ou les grands-parents leur expliquent que le principe actif du cannabis n’est pas très dangereux pour les adultes, beaucoup moins que l’alcool, la cocaïne ou l’heroïne. En revanche, il peut être handicapant pour les jeunes, et surtout les très jeunes (…) D’où l’importance de reculer l’âge des premières consommations (…) Une politique répressive ne fonctionne pas.

  • Faut-il changer la loi ?

  • Peut-être. Mais il faut surtout commencer une politique de prévention et de réduction des risques.

  • Les populations à risque sont-elles identifiées ?

  • Sur les 39% de moins de 16 ans qui ont fumé, on estime qu’entre 15 et 20% d’entre eux ont une consommation problématique. »

Pour d’autres avis de spécialistes, peut-être plus alarmistes, je vous renvoie au dossier de L’Express que je mentionnais hier et au début de cette revue de presse.

Dans la presse également, affaire Cahuzac, suite

Le ministre du Budget dément formellement avoir jamais eu de compte en Suisse et a déposé plainte pour diffamation contre Mediapart .

Face à ces démentis, le site d’information dévoile les "éléments documentaires "dont il était question dans l'article qui a lancé l'affaire.

En l'occurrence, c'est un enregistrement téléphonique qui date de la fin de l’année 2000. A l'origine, il y aurait une fausse manœuvre. Selon le récit du journaliste de Mediapart Fabrice Arfi, Jérôme Cahuzac vient alors de parler au téléphone avec un interlocuteur. Il le rappelle par mégarde et tombe sur le répondeur alors qu'il discute de vive voix avec une autre personne. Et le répondeur enregistre à son insu la conversation.

Ce qu'on entend notamment, c'est une voix présentée comme celle de Jérôme Cahuzac dire "Ca me fait chier d'avoir un compte ouvert là bas, l'UBS c'est quand même pas forcément la plus planquée des banques".

L'interlocuteur qui possédait le répondeur aurait donc gardé trace de cette conversation pendant douze ans. « Il dit porter ce document comme un poids », écrit Mediapart .

Dans cet article, le journaliste réaffirme que le compte a été fermé début 2010 et souligne qu'après avoir nié tout voyage à Genève pour solder l’affaire, Monsieur Cahuzac le qualifie désormais de "probable", sans dire précisément quel était le but de ce voyage.

Dans la nuit, le ministre du Budget a publié un communiqué pour dire qu'aucun des éléments dont "croit" disposer Mediapart n'est convainquant et ne "l'impressionne". "Aucun témoin crédible ne peut affirmer ni tenter de corroborer une chose qui n'existe pas et n'a pas existé" dit encore le communiqué

Résumé du climat au gouvernement dans la chronique de Guillaume Tabard dans Les Echos

"Flotteur droit du gouvernement, écrit Tabard, Cahuzac doit affronter des accusations privées. Flotteur gauche, Montebourg doit digérer son humiliation par Ayrault"

Ce sont "Les dégâts politique du dossier Mittal" titre Le Monde . "L'affaire Mittal provoque une crise à gauche" ajoute Le Figaro à la Une. Illustration dans Libération . La critique la plus sévère de l'action du gouvernement depuis 6 mois, on la trouve sous la plume d'un socialiste. Ou plutôt ex socialiste, Michael Moglia, élu au conseil régional du Nord Pas de Calais, proche de l'aile gauche du PS.

Sa tribune est intitulée "Pourquoi je quitte le PS". Et il liste ce qu'il considère comme des reculs, des reniements ou des hésitations depuis le mois de mai.

« La seule ligne directrice du gouvernement porte un nom, l'austérité (…) De deux choses l'une, poursuit Michaël Moglia : soit il n'y a qu'une seule politique à mener et dans ce cas, le PS s'est moqué des Français tout au long de la campagne électorale. Soit une autre politique est possible et alors qu'attendez-vous pour changer de stratégie ? »

Faut-il parler d'austérité ? Le Parisien-Aujourd’hui en France dévoile les pistes d’économie pour l'armée évoquées dans le Livre Blanc de la Défense pour la période 2014-2019 :

  • diviser par 3 le nombre de bases militaires

  • entre 5 et 10.000 recrues de moins par an

  • le budget du nucléaire « dé-sanctuarisé » (on pourrait passer de 4 à 3 sous-marins nucléaires)

  • des missions externalisées

  • et moins de fanfares militaires.

Et un autre front de bataille se dessine de plus en plus nettement

Fronde d'une partie des maires contre le mariage homo. La pétition du « Collectif des maires pour l'enfance », commence à engranger des signatures. Les chiffres ne sont pas forcément énormes, mais ils font la Une de la presse régionale.

Centre presse : « Mariage gay, ces maires aveyronnais qui disent non ». 31 ont signé la pétition

Ils sont 40 signataires à la Une de la Charente libre et 34 en première page du Courrier de l'Ouest .

Sur le mariage et l'adoption pour tous, Le Point de cette semaine interroge l'anthropologue, ancienne professeur au collège de France, Françoise Héritier. En remontant jusqu'au paléolithique, elle dit que « le mariage est un lien socialement construit qui fonde généralement la filiation ».

Mais elle ajoute : « On voit clairement que ce qui compte est la règle sociale et non la nature.Aujourd'hui, nous n'avons plus besoin d'asseoir le lien social sur les mêmes règles. La solidarité organique du lignage s'est effacée face au primat de l'individu. Ces changements voient naitre des exigences qu'il est normal de ratifier pour le bien commun.

Françoise Héritier se dit toutefois réticente face à la gestation pour autrui.

Et à propos de ces enfants qui grandissent ou grandiraient avec deux papas ou deux mamans, elle dit encore, elle qui a régulièrement expliqué que le masculin et le féminin structuraient notre pensée : « La cellule familiale où l'on vit ne supprime pas le fait que d'autres cellules existent, que les enfants voient fonctionner. La structuration par le genre (masculin/féminin) est réelle mais c'est une construction mentale qui peut changer. »

A Glasgow, la vie se structure entre Celtic et Rangers

Les deux clubs de la ville écossaise, l'un des temples du football britannique. Les Glasgow Rangers, l’équipe des protestants, a de gros problèmes de sous, elle est en quatrième division. Le Celtic, fournit la belle histoire du jour : une page complète au fumet vintage en ouverture de L’Equipe . Les joueurs au maillot rayé vert et blanc, avec leur budget à faire rigoler Manchester et Barcelone, sont en huitièmes de finale de la ligue des champions.

Alors le quotidien sportif retrace la légende du Celtic et ses 10 millions de fans dans le monde. Fondation en 1897 par un prêtre irlandais. Le stade de Glasgow, sa sono qui diffuse les Clash, Dépêche mode et les supporters qui chantent « You'll never walk alone »... « Un des plus beaux endroits pour jouer un match de football » écrit Régis Testelin.

Le foot britannique, ce sont aussi des joueurs à tête de pilier de pubs à la fin de la nuit. L'ancienne vedette du Celtic Jimmy Johnstone, un roux d'1 mètre 55, raconte l'ambiance dans le couloir des vestiaires le jour où son équipe a battu le grand Inter de Milan en finale de la coupe d'Europe en 1967.

« Les joueurs de l'Inter étaient beaux, bronzés, cheveux gominés, peignés en arrière, sourire Colgate. Nous on n’avait pas de dents ! Quand ils nous ont souri, on a souri aussi. » Au coup de sifflet final : 2/1 pour les édentés.

A demain !

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