Avec ces mots, "Retiens la nuit", qui ont une étrange résonance ce matin, quand nous allons au kiosque acheter nos journaux de papier, qui retiennent encore la nuit de Jean d'Ormesson, alors que nous sommes déjà sous l'emprise d'une autre perte...

Sur les unes de la Croix et du Figaro, on y voit Jean d'Ormesson souriant avec ces mots ; « Au revoir et merci ». Oui au revoir et Merci Jean, mais maintenant nous parlons de Johnny. Vous en auriez souri... La légende ne se discute pas.

«  Souvent zombi en coulisse, Johnny Hallyday devenait immédiatement le « patron » sur scène. Il pouvait avoir dormi deux heures, être au plus bas moralement et physiquement, lorsque la lumière venait le prendre, il était bel et bien là. » C'est dans le Monde.fr dans un très beau portrait d'une idole nationale. Il est mort, et il occupe la scène. Johnny, la plus grande rock star que la France ait jamais connue, le Parisien.fr  la dernière idole de la France, dit le Figaro.fr. 

C'est sur le web, que l'on peut lire la vie et la mort de Johnny hallyday, et il y a énormément à lire, à se souvenir, et à imaginer... On relit le communiqué que son épouse, Laeticia, a envoyé cette nuit et il y a cette phrase qui me frappe: "Mon homme est parti." Elle dit la familiarité mais elle inscrit  Johnny dans une longue histoire. Mon homme est parti, c'est le « my man is gone now » de Porgy and bess, l'opéra jazz de Gerschwin, c'est le « mon homme » de Mistinguett. Johnny donc d'une France qui avait voulu devenir l'Amérique... 

Mais l'Amérique ne le connaissait pas

"il est la plus grande rock star que vous ne connaissez pas", c'est un mot célèbre de USA Today... On le voit à la place qu'occupe le portrait de Johnny hallyday sur le site du New York times... "Il était la réponse française  à Elvis Presley », sa vie avait été bouleversée à 14 ans, quand il avait vu le king au cinéma... "Il était peu connu hors de France", mais  " Mr. Hallyday avait vendu plus de 100 million de disques et était apparu des douzaines de fois en couverture de Paris Match..."   C'est ainsi que les américains étalonnent nos gloires... 

Il y a aussi cette curiosité... Le Newx York Times raconte que Johnny avait commencé au "Moulin rouge"... Ah bon, le Moulin Rouge, pas le Golf Drouot... G'ai trouvé l'explication sur internet... En 1962, un show de variété américain était passé par le Moulin rouge, le Ed sullivan show, et Johnny en avait fait partie... avec Danièle darrieux...!

En réalité Johnny était à  la France profondément... On lit ceci dans Slate. 

Il existait un peuple Hallyday, plus encore qu'un public. Concerts des familles, jusqu'à la troisième génération. Johnny faisait partie de leur vie, un pote de légende resté simple, et à ce titre, convié à leurs habitudes. Une France de classe moyenne. Des ouvriers, des commerçants, des profs. Évidemment, beaucoup de motards...

Dans Ouest France il y la photo d'un mouflet de dix ans, en vacances à la mer à Trouville avec sa tante, en 1953, il était venu avec ses deux chiens  Doudou et Foufi,  sa tortue Saba, et sa guitare, dont il ne se séparait jamais.  

Et dans ce séjour, johnny avait remporté son premier tour de chant...  « Vêtu d'un habit de cowboy venu directement des Etats-Unis, Jean-Philippe Smet chante La ballade de Davy Crockett et Dans les plaines du Far West d'une voix pas trop assurée. »  

C'est le souvenir de Ouest France, chacun le sien...

Il y a beaucoup de souvenirs à lire sur le web

Ils permettent de comprendre comment Johnny nous a imprégné... Le Monde a remis en ligne un portrait de Johnny Halliday par l'écrivain Daniel Rondeau, une longue confession en 1998, terrible à relire ce matin... 

Je me bats pour me défendre, pour me sauver. Je sais que je ne peux pas vivre autrement que je vis, c'est-à-dire en chantant. C'est ma sincérité, jusqu'à en crever.

Il parlait aussi de la drogue, Johnny,  et de son père absent, "un clodo": "Ma seule vraie rencontre avec lui, c'était le jour de son enterrement. Je me suis retrouvé tout seul dans le petit cimetière belge de Schaerbeek. Quelle tristesse ce jour-là, avec ce corbillard, et ce père suivi par un inconnu, son fils."

L'impudeur et la sincérité transpercent le temps,  maintenant que la France va enterrer le fils de Léon Smet...

Il y a aussi des choses plus souriantes... Question souvenirs... des espiègleries qui rappellent le frisson qui acompagnait Johnny et les rockers. Exemple, du Philippe bouvard, en septembre 1961 dans le Figaro... "Le jeune géant chlorophyllé fait appel à des qualités physiques indéniables. Tantôt menaçant la salle du doigt, tantôt se tenant le ventre, tortillant du bassin et roulant des hanches, il se servait du micro comme d'une lance d'arrosage. "

Bouvard comparait aussi le rock à un discours de Hitler "avec un certain parti pris de musicalité..." Mais on devine  surout la menace que Johnny faisait peser sur l'homme Bouvard...

Libération explique la force de Johnny par sa voix, et par son corps, "Boots vissées au sol, port de bras soulignant la musculature des deltoïdes, hyperextension des jambes et surtout, ouverture des hanches d'une amplitude déraisonnée, invitant au déploiement testiculaire et aux fentes latérales 100% cojones de toro".  Ma virilité populaire...

En 1961, quand Bouvard s'offusquait....  Une journaliste du Monde, Claude Sarraute, écrivait ceci: " J'avoue avoir pris aux soubresauts, aux convulsions, aux extases de ce grand flandrin rose et blond le plaisir fait d'intérêt et d'étonnement mêlés que procure une visite aux chimpanzés du zoo de Vincennes"...  Mais sous son ironie perçait le désir. Il ne nous quitte pas. 

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