Megan Rapinoe demande aux grands hommes de son sport de l'aider à changer le monde, "France-Football". La conscience de Franz Jägerstätter, qui mourut pour ne pas se battre pour Hitler, "La Vie". Pour refaire le monde, il faut entamer une révolution du détail, acuité de Bernard Latour dans "Le magazine des Echos".

William Shakespeare (1564-1616)
William Shakespeare (1564-1616) © Getty / Time Life Pictures/Mansell/The LIFE Picture Collection

On parle forcément des grèves et de manifestations...

Dont l'ampleur secoue une presse au plus profond du pays : "Plus de 10000 dans les rues de Tours", La Nouvelle République, "Ils étaient 8000 à Dijon", Le Bien public, "Les Ardennes mobilisées", L'Ardennais, "mobilisation à taux plein en Bigorre", La République des Pyrénées, "mobilisation historique à Epinal", Vosges Matin... Et le ton est inchangé du local au global...

"La France résiste à la vision de Macron", titre le Financial Times qui montre à Marseille un manifestant grimé en Joker, au fumigène orange... Un journal de raison libérale, L'Opinion, se divise : son patron Nicolas Beytout veut croire que, pour le gouvernement, le mur n'est pas infranchissable, comprenez que la réforme peut passer... Mais en-dessous du patron, Kak dessine drôlement un Edouard Philippe disant à Emmanuel Macron, "soit on touche à la retraite des Français plus tard, soit on avance la tienne à 2022"...

La force des foules et les doutes des puissants ne sont ni toute la vie, ni toute la presse. Quand on la lit de plus près, se dessinent dans nos journaux des individus, forts de leur vertu.

Prenez le temps de cheminer, dans le magazine des Echos avec Bruno Latour, sociologue, anthropologue et philosophe français, écouté sur cette planète qui, dans l'analyse méticuleuse de nos contradictions, comprend notre triple crise : la dérégulation économique globale, les explosions sociales provoquées par les inégalités et le déni du changement climatique. Tout cela est lié dans nos impasses à repenser le monde, et à relancer la politique... Il faudrait face à l'ampleur de la tâche, passer en revue toutes nos compétences, nos habitudes pour faire le tri de ce qu'il fait oublier, pratiquer une révolution du détail...

Sont-ils des révolutionnaires alors, ces entrepreneurs dans La Voix du Nord, qui ont fait la bascule du vélo. Une coiffeuse à domicile, un brasseur livrent leur bière ou leur talent sur des vélos-cargos, que, dans son atelier, Pacôme Jablonski répare. Ils ont l'air heureux. Dans Le Télégramme, voici Jean-René Mahé qui, quadragénaire, aidé par sa fillette de 6 ans, s'est arraché à la honte d'être illettré, et qui aide à son tour ses semblables au secret. Il a été nommé, pour sa force intérieure, le breton de l'année.

Prenez le temps aussi de la sainteté d'un homme dont La Vie a fait son aventure cette semaine. Il s'appelait Franz Jägerstätter, il était Autrichien et profondément catholique et avait ressenti comme une trahison le ralliement politique de son église à Hitler après l'annexion du pays. En 1943, il refusa d'aller combattre et fut décapité... Son histoire est racontée dans le dernier film de Terrence Malick, Une vie cachée. La vie, nous raconte Malick, artiste d'une nature magnifique, inquiétante, reflète nos âmes, et la vie parle aussi des âmes, de la conscience. Franz Jägerstätter ne prétendait pas changer le monde, ni influer sur le cours de la guerre, mais il ne voulait pas participer au mal : il ne répondait que de lui...

Le Dauphiné Libéré a rencontré un chef indien d'Amazonie, passé par l'ONU à Genève et qui veut nous convaincre d'habiter le monde sans le violenter. Le Figaro s'émeut d'une église du Maine-et-Loire dont les vitraux ont dessinés par Tahar Ben Jelloun, écrivain et peintre de culture musulmane, pour qui l'art sauvera le monde. Le Magazine de la Croix nous conte la saga des vitraux de Conques que Soulages réalisa. La Croix (quotidien) me dévoile des croyants qui prient avec leurs corps, se cachant parfois pour danser, mais qui sont les héritiers du roi David des écritures, qui dansait devant l'Arche d'Alliance...

On parle d'une femme scandaleuse !

Dont l'évocation, en juin dernier par le grand journal américain The Atlantic, a bouleversé l'Angleterre dans son âme. L'article s'intitulait "Shakespeare est-il une femme ?" et racontait Emilia Bassano, une italienne qui aurait inspiré, et plus peut-être, des œuvres de Shakespeare. Elle était d'ascendance juive convertie et on lui devrait le plaidoyer de Shylock dans Le Marchand de Venise. Le Monde reprend le dossier et les tourments anglais.

Dans France-Football, se bat une autre femme tout aussi dérangeante. Megan Rapinoe, la plus grande joueuse de football au monde en appelle à la conscience des vedettes masculines de son sport pour qu'ils l'aident à changer le monde, eux qui n'ont connu, dit-elle, que l'adulation et la fortune... Mais ils ont des amis, des sœurs, des potes noirs ou gays, ils doivent savoir que des tas de gens souffrent de discrimination ! France-Football rêve avec elle : imaginez l'impact si Lionel Messi quittait le terrain au premier cri de singe...

Dans So Foot, un grand footballeur répond de facto par le cynisme du pouvoir. Gérald Piqué, vedette de Barcelone auquel il a apporté un maillot-sponsor, homme d’affaire qui a reformaté la coupe Davis de tennis, s'extasie de la puissance que donnent au footballeur les réseaux sociaux, qui permettent de contrôler son message sans ces journalistes qui posent les mauvaises questions... Piqué est très beau.

Dans L'Equipe, deux boxeurs côte à côte : l'un sublime et sculpté Anthony Joshua, l'autre rond comme poupon, Andy Ruiz. Ruiz aux pendentifs latinos a pris à Joshua ses ceintures de champion du monde des lourds. La revanche a lieu demain en Arabie saoudite, dont L'Equipe me rend compte comment, après le Qatar et les Emirats, elle compte sur le sport pour décorer son image... Elle en a les moyens : son entreprise Aramco bat le record mondial des introductions en bourse : 25,6 milliards de dollars, me disent Le Figaro et Le Financial Times. Joshua va toucher 80 millions et ne parle pas de politique. La conscience comme l'argent sont inégalement partagés.

Et encore une femme puissante

Qui ne fera jamais scandale mais dont la joie nonagénaire parvient à rendre suave même le portrait vachard qu'exécute Le Magazine du Monde. Line Renaud qui aima tant les présidents, leur famille, qui partageait avec Chirac la certitude qu'il n'est pas raisonnable de mourir pour des idées... Line qui aujourd'hui appelle tous les jours Brigitte Macron et elles mangent ensemble des frites. Line Renaud que L'Humanité célèbre aussi ce matin comme l'incarnation de la précarité des personnes âgées, pour un téléfilm diffusé sur Arte : elle a tout.

Libération est émouvant, qui raconte les mots des fans de Johnny Hallyday, deux ans après. L'Indépendant est caustique, qui me dit qu'un homme vient d'être confirmé coupable en appel pour avoir, en 2010, tiré sur des contradicteurs dans un camp de gens du voyage, après une dispute concernant une chanson de Johnny...

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