C'est un des retournements dont l'Histoire a le secret... Longtemps considéré comme le va-t-en-guerre de service du Proche-Orient, puis politicien honni... Voilà qu'Ariel Sharon, au soir de sa vie peut-être... Recueille tous les hommages. Serviteur zélé du principe de Clausewitz, selon lequel, pour obtenir la paix, il faut faire la guerre, le Premier ministre israélien est reconnu par la presse comme l'homme qui, à force de volonté mêlée de pragmatisme, a ouvert une voie vers la paix. Il suffit d'ailleurs d'établir la liste des titres des journaux, ce matin... Mis bout à bout, ils constituent un portrait... "Homme d'action solitaire et imprévisible", pour "La Croix"... "Faucon pragmatique", pour "Libération"... "Rude tacticien", selon "Le Figaro"... Ou encore "Le guerrier devenu homme de paix", pour "Le Parisien"... Ce que "La Libre Belgique" traduit par : "L'art de la métamorphose"... Mais attention aux images simples... Il faut s'en méfier, dans l'Orient compliqué, écrit Francis Brochet dans "Le Progrès"... Oui, car Sharon, rappelle "L'Humanité", c'est "l'homme du refus de la paix"... "Ce bulldozer qui laisse un champ de ruines, et un héritage pas très clair"... Comme le rappelle Claude Cabanes, citant Malraux, "la vérité d'un homme, ce n'est pas ce qu'il cache, mais ce qu'il fait"... Et ce qu'il a fait, c'est l'expansion des colonies en Cisjordanie, la construction du mur dit "de sécurité", l'achèvement de l'annexion de Jérusalem... Au fond, et sans oser le dire, la politique d'Ariel Sharon aurait consisté à ignorer tout processus de dialogue avec les Palestiniens... A créer une sorte d'arrangement de fait dans la région... Une paix armée, en quelque sorte. C'est oublier qu'à lui tout seul, ou presque, Ariel Sharon a réussi à extirper Israël de la Bande de Gaza, répond Pierre Rousselin dans "Le Figaro"... Aujourd'hui, le vide paraît insurmontable, en l'absence de ce chef plus grand que nature... Et cette inquiétude qui étreint Israël aujourd'hui, Pierre Rousselin la résume par ces mots... "Après s'être laissé porter par l'énergie d'un seul homme, le pays, fatigué de tant de guerres, aborde un retour à la normale inquiétant : un retour aux divisions, aux coalitions ingouvernables... Bref, à l'immobilisme, et du coup, à un regain de violences". Effectivement, ajoute "France Soir", Ariel Sharon laisse la paix en plan... Il laisse aussi son image suspendue... Car il lui a manqué quelques années pour entrer dans l'Histoire, explique le journaliste Charles Enderlin, interviewé par "France Soir". Enfin, "Libération" relève ce que l'Histoire retiendra précisément d'Ariel Sharon... C'est que non seulement, avec le retrait de Gaza, il a entériné la faillite du fantasme d'un Grand Israël, mais il a permis à ce pays de se démarquer du nationalisme pur et dur... Pas seulement celui des extrémistes, mais aussi celui d'une bonne partie du Likoud. Alors, et maintenant ?... Quel avenir pour le Proche-Orient, à court terme ?... C'est LA question qui nourrit l'inquiétude... Ce sont, en fait, 10 questions qui se posent, et que pose "Le Parisien", comme : "le processus de paix est-il menacé ?", "peut-on revenir sur le retrait de Gaza ?", "quelles conséquences pour les Palestiniens ?", "les élections du 28 mars sont-elles compromises ?"... Et puis ces deux questions urgentes : "qui peut succéder à Sharon ?", et "qui gouverne aujourd'hui en Israël ?". Alors, sur "qui gouverne ?"... La réponse, on la connaît : il s'agit d'Ehud Olmert... L'intérimaire... "La doublure de Sharon, les galons en moins", écrit "L'Humanité"... Vice-Premier ministre, ministre des Finances, c'est lui, affirme "L'Humanité", qui, après les accords d'Oslo, a aggravé l'occupation de Jérusalem-est et mis en place le processus d'annexion... C'est un partisan absolu de la politique unilatérale... La voix de son maître... Cette politique empêchera inévitablement tout dialogue avec les Palestiniens pendant au moins 20 ans... Pas étonnant, dans ces conditions, qu'il ait été l'un des principaux architectes du plan de retrait de Gaza, réalisé en septembre par le gouvernement Sharon, sans aucune concertation avec les Palestiniens. Maintenant, qui pour succéder à Sharon ?... "France Soir" nous dresse le portrait de 4 personnalités en vue... Les 4 Premier-ministrables... A ma gauche : Shimon Peres, figure historique du Parti Travailliste... Amir Peretz, qui lui a ravi la tête du Parti Travailliste... Il se veut la figure populaire des prochaines législatives... Et à ma droite : Benyamin Netanyahu, leader du Likoud... Ancien Premier ministre, économiquement ultra-libéral... Politiquement ultra-rigide : il l'a dit et le redit : "pas question d'accepter d'autres concessions territoriales aux Palestiniens après le retrait de Gaza", nous rappelle "France Soir"... Et puis, parmi les 4, il y a Ehud Olmert bien sûr, l'intérimaire... Le "poisson pilote", comme l'appelle "Libération". Plus grand, mort que vivant, ou plus grand, entre la vie et la mort que dans la vie... La comparaison avec Ariel Sharon s'arrête là... Mais François Mitterrand recueille lui aussi tous les hommages... "Mythique Mitterrand", titre le journal "La Montagne", en Une... Et comme le remarque Joseph Donatella dans le même journal : "Au lieu de desservir sa mémoire, sa part d'ombre et de flou, le recul et le temps donnent une dimension humaine qui joue en sa faveur... Mais quoi qu'il en soit, comme tout monarque républicain, avec ses forces et ses faiblesses, ses qualités et ses défauts, François Mitterrand incarnait assez fidèlement les ambivalences françaises". Et puis cette autre analyse de la popularité posthume de François Mitterrand, elle nous est délivrée par "Les Echos"... C'est Françoise Fressoz qui nous explique que si l'on est passé du climat crépusculaire de 95 à la réhabilitation qu'on connaît aujourd'hui, c'est que François Mitterrand a su construire sa légende... De lui, on retient aujourd'hui le personnage plutôt que le bilan... C'est exactement ce qu'il souhaitait. Comme il le disait lui-même : "Je suis l'homme le plus haï de France... Cela me donne une petite chance d'être un jour le plus aimé". Et toujours dans "Les Echos"... "Echos Week-end"... Cette comparaison entre Napoléon et Mitterrand... Même combat... Valeurs sûres de l'édition tous les deux... Et on y revient : c'est parce qu'effectivement l'ancien Président, tout comme l'Empereur, ont consacré les dernières années de leur vie à peaufiner l'image qu'ils laisseraient à la postérité... D'ailleurs, la méthode est la même... Ni Napoléon ni Mitterrand n'ont écrit leurs mémoires... Ils ont préféré se confier longuement à des confesseurs choisis. Voilà pour la page d'Histoire... Je vous emmène maintenant dans l'avenir... Dans la série "le futur a de l'avenir"... "L'Express" nous propose cette semaine un numéro facétieux intitulé : "La France dans 20 ans, comme si vous y étiez déjà". L'avenir n'est jamais vraiment écrit, mais faute de le penser, écrit Denis Jeambar, il nous appartient de moins en moins... C'est la raison pour laquelle les journalistes de "L'Express" tentent de l'inventer... Et ils imaginent ainsi qu'en 2025, les places sur le sable des plages seront payantes... Que, pour 2032, Paris a encore perdu... Elle n'organisera pas les JO... C'est aussi l'histoire d'une mère de famille qui porte plainte parce que son fils est timide... Scandale génétique, estime-t-elle... Sachant maintenant que la première cause de divorce, c'est quand même le mariage, les futurs jeunes couples signent un contrat qui définit, avant le mariage, les conditions de ce que sera le divorce. Dans l'actualité internationale, il y a le procès retentissant de deux vieillards : George Bush et Vladimir Poutine, poursuivis pour crimes contre l'humanité lors des opérations menées en Irak et dans le Caucase au début du siècle... Sur le terrain technologique, on parle des "autonomiles"... Des voitures sans conducteur, qui se multiplient à Paris... Et puis 2025, ce sera également, comme l'imagine "L'Express", les maisons équipées de cloisons mobiles, qui permettent d'adapter les espaces en fonction des besoins... Et hop ! J'agrandis ma chambre en poussant un mur... 2025, c'est enfin l'actrice Charlotte de Turckheim qui accepte d'incarner le rôle de Bernadette Chirac dans un film intitulé : "Vous ne l'emporterez pas au paradis !" Nous voilà prévenus !... Terminons avec "L'Express Mag" et son "Questionnaire de Proust"... C'est quelquefois très instructif, le "Questionnaire de Proust"... Cette semaine, c'est Alain Rey qui s'y soumet... L'occasion de goûter, une fois de plus, à l'humour distancié de notre ami chroniqueur sur France Inter, et surtout linguiste, auteur du "Dictionnaire culturel"... "Votre dernier fou-rire ?", lui demande-t-on... Réponse : "Le dernier discours politique que j'ai entendu". "La qualité que vous préférez chez un homme ?"... "La discrétion". "Et chez une femme ?".. "L'indiscrétion". "La chanson que vous sifflez sous la douche ?"... "Je ne siffle pas"... "Circulez". "Votre devise ?"... "Ni Dieu, ni prêtres". Et puis ce trait d'humour : "Que possédez-vous de plus cher ?"... "Un logement". Enfin, cette philosophie : "Quel est votre plus grand regret ?"... "Etre né il y a trop longtemps". Que ces choses-là sont élégamment dites... Bon week-end... A lundi...

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