Bonjour... "A Berlin !"... Dites donc, ça sonne comme en 14, ce titre de "La Charente Libre". Il faut dire qu'on n'hésite pas à donner dans le cocorico ce matin. Heureusement qu'il s'agit des Bleus et de leur qualification pour la finale de dimanche à Berlin contre l'Italie. Dans l'Est Républicain, le coq dessiné par Delestre se parfume au cocorico 2006, après le cocorico 98. Le Monde aussi trouve que patriotisme et ballon rond font bon ménage. "Vivement dimanche !", titre l'Ardennais. "C'est le but de leur vie", nous dit l'Equipe. Mais revenons sur cette demi-finale d'hier soir. Une demi-finale qui se jouait à Munich, et "depuis Daladier, se souvient Philippe Waucampt du Républicain Lorrain, le nom de Munich a laissé un drôle de goût aux Français. Aussi, méfiance." "Dieu que nous avons souffert!", s'exclame Pierre Taribo dans l'Est Républicain. "Le coeur, les nerfs, les ongles. "Cette demi-finale n'a pas été grandiose sur le plan du football, reconnaît Claude Lesme dans La Montagne, mais quelle intensité émotionnelle, quel sentiment de crispation, quel climat étouffant tout au long d'une partie où l'équipe de France a toujours semblé à la merci d'un but portugais !" "Nous n'étions ni dans l'émotion de Fance-Espagne, ni dans le glamour de France-Brésil", analyse Claude Droussent dans l'Equipe. "Tout ce que l'on craignait de ce France-Portugal s'est concrétisé." Claude Droussent y voit aussi le match le plus crispant de la compétition, encore plus fermé qu'attendu. "Eh oui, reprend philippe Waucampt dans le Républicain Lorrain, avec les Portugais, la victoire, il fallait la chercher avec les dents. On ne peut pas affirmer que cette demi-finale nous a fait rêver. Du technique, du lourd, avec une pression énorme qui n'a pas aidé à la créativité d'un côté comme de l'autre. Et Philippe Waucampt, comme tous les éditorialistes, loue l'esprit d'équipe des Bleus. "Cette leçon de réalisme et de persévérance, reprend-il, montre une fois de plus à un pays en pleine sinistrose que rien n'est perdu d'avance." "Aujourd'hui, en tout cas, renchérit Bruno Théveny du Journal de la Haute-Marne, la morosité est restée au vestiaire. Pour la première fois depuis longtemps, on peut être fier d'être français." "D'accord, reprend Pierre Taribo, la victoire contre le Portugal ne donne pas le signal d'un retournement complet de conjoncture, mais elle embellit l'humeur de tout un peuple. Il suffit de voir ce qui s'est passé dans nos villes sitôt la fin du match pour comprendre que le football, sport populaire par excellence, accomplit des miracles de convivialité." Là-dessus, je vous renvoie aux pages intérieures de vos journaux, notamment Le Parisien Aujourd'hui en France qui consacre encore 13 pages au football, à la fête, à ses incidents. Toute la France exulte et le Portugal pleure. Leur équipe s'arrête aux portes de la finale. A Paris, dans la banlieue comme à Lisbonne, les drapeaux rouges et verts sont en berne. Par contre, selon Libération, "les supporters français ont trouvé un nouveau slogan pour la finale. "Italie, serre les fesses, on arrive à toute vitesse!" "Ca plane pour nous", s'écrie Thierry de Cabarus dans l'Union. "Oubliés les chômeurs, la mondialisation, l'insécurité, la hausse des prix, le problème des retraites et de la sécurité sociale. Chirac exulte, dit qu'il a eu raison de demander au pays de soutenir les Bleus quand ils avaient besoin de notre patriotisme. Et tant pis pour la grosse ficelle, le parallèle avec le gouvernement lâché alors par sa propre majorité. "Car la classe politique, écrit encore Thierry de Cabarus, avait besoin d'un peu de répit." Elle l'obtient aujourd'hui avec cette place en finale. D'un côté, une UMP quasiment en révolte contre son Premier ministre, de l'autre, un PS désemparé devant la vague de sympathie pour Ségolène qui emporte sur son passage tous les éléphants du parti. C'était le moment de siffler la mi-temps." Dominique Garaud, dans la Charente Libre, n'a pas peur de passer pour un grincheux qui gâche la joie collective. "L'écho de 98, dit-il, doit aussi nous rappeler qu'il serait très imprudent de filer abusivement la métaphore footballistique pour escompter en tirer un quelconque profit politique. La finale de Berlin est certes une divine surprise, après une année marquée par le refus des Jeux olympiques, le non au référendum européen et la crise du CPE. Mais avez-vous remarqué que huit ans après, rares sont ceux qui se hasardent à vanter la diversité blacks, blancs, beurs d'une équipe de France qui serait l'expression la plus symbolique de la réussite de l'intégration à la française ? La victoire de 1998 n'a en rien aidé à résoudre nos problèmes récurrents d'intégration. L'actualité sarkozyenne autour des enfants scolarisés de sans-papiers est là pour nous le rappeler cruellement. Toute la France est ravie que la fête continue mais n'oublions jamais qu'il ne s'agit que de football, que les seuls vainqueurs sont les joueurs et non une France entière qui, grâce à quelques coups de pied magiques de quelques-uns de ses représentants, aurait collectivement vaincu tous ses démons." "Oui, reprend Philippe Waucampt, la braise continue de couver sous la cendre. Les problèmes sont encore là et bien là. A commencer par cette intégration flageolante qui, malgré la victoire blacks, blancs, beurs contre le Brésil il y a huit ans, avait mené Le Pen en finale, en 2002, et mis le feu aux banlieues il n'y a pas si longtemps." D'ailleurs, dans Le Monde daté d'aujourd'hui, les responsables associatifs sont sans illusions sur l'après-Mondial. L'équipe de France de football est un symbole fugace. Et comme l'observe le président d'Africagora, "que les joueurs soient noirs ou blancs, ils sont Bleus." Encore faut-il que les institutions, les décideurs acceptent de la voir, la France Bleue, et c'est là que ça bloque. Et à part ça, quoi de neuf ? La Corée qui tire dans les coins, l'Allemagne qui relance le match de la fiscalité en Europe ou le Mondial du théâtre, autrement dit le Festival d'Avignon. Décidément, même en parlant d'autre chose, vos journaux filent la métaphore du football. Il n'empêche, tout le monde s'interroge, la Corée du Nord menace-t-elle la paix mondiale ? C'est la question du jour, selon La Croix puisque, comme le rappelle Libération, "en tirant sept missiles non armés au large du Japon, la Corée du Nord joue la surenchère dans son bras de fer avec Washington". "Pendant que leur population crève de faim, s'indigne Patrick Fluckiger dans l'Alsace, les dirigeants staliniens de Pyongyang dépensent des milliards pour perfectionner leur armement nucléaire. Les tirs de la nuit dernière ressemblent fort aux aboiements d'un roquet qui cherche à obtenir un os à ronger. Cet os, c'est une aide internationale pour faire face à la faillite du régime." "Depuis plusieurs années, rappelle Antoine de Gaudemar dans Libération, le nain nord-coréen prend un malin plaisir à asticoter le géant américain dans sa course aux armements. Les provocations du tyran de Pyongyang, qui n'a pas hésité à programmer son dernier coup le jour de l'anniversaire de l'indépendance américaine, sont suffisantes pour inquiéter Washington." "Qu'on ne s'y trompe pas, dit également Jean-Christophe Giesbert dans La Dépêche du Midi, c'est bien plus qu'une piqûre d'un moustique coréen sur le cuir de l'éléphant américain. Si la Corée n'a pas encore administré la preuve de sa maîtrise absolue de l'arme nucléaire, elle démontre qu'elle est en capacité d'entrer d'ici peu dans le cercle très fermé des puissances atomiques. Encore un petit effort et la Corée du Nord existera à travers la menace nucléaire comme d'autres nations prospèrent grâce au pétrole ou à leur puissance économique." "Et oui, reconnaît Stéphane Marchand dans son éditorial du Figaro, le chantage, certains diront la dissuasion, a porté ses fruits. Condoleezza Rice, le secrétaire d'Etat américain, a promis implicitement l'année dernière que les Etats-Unis ne lanceraient pas de frappe militaire contre la Corée du Nord. Donc, raisonne l'éditorialiste, mieux vaut posséder de vraies armes de destruction massive si on figure sur la liste noire de Washington. C'est tout particulièrement vrai de l'Iran dont le programme militaire mobilise l'attention diplomatique depuis des mois. Sur l'axe du chantage, comme l'appelle Stéphane Marchand, la République islamique et la dictature communiste se copient mutuellement. Les feuilles de route des deux pays se ressemblent : semer la confusion, gagner du temps et utiliser la menace de la bombe pour sanctuariser le régime." Allez, soyons plus légers. Comme le note Dominique Quinio dans La Croix, la saison des festivals est ouverte. Le festival d'Avignon sonne dans notre imaginaire ce qu'il appelle "la rentrée des vacances". Ce moment délicieux où la chaleur n'est plus inquiétante canicule, où le bon temps n'est plus synonyme de pollution, où les journées s'égouttent au goutte à goutte sur un rythme apaisé, comme cette 60ème édition du festival international du théâtre qui commence ce soir, avec "Batuta", le nouveau spectacle de Bartabas. Ce qui permet au Parisien Aujourd'hui en France de dire qu'Avignon se remet en selle. Entre un festival in que l'on annonce moins provocateur et un off toujours plus foisonnant, cette 60ème édition s'annonce plus sereine que la précédente, nous dit encore le Parisien qui se demande si le festival n'est pas trop élitiste. "Oui, répond Philippe Noiret qui a joué "Cidnna" à Avignon. Aujourd'hui, dit-il, les héritiers de Vilar sont dans le off. "Non", lui répond Jean-Pierre Vincent, l'ancien administrateur de la Comédie française, c'est le public qui n'est plus le même qu'au temps de Jean Vilar. Le Monde consacre un cahier entier à cette 60ème édition. C'est notre histoire du festival puisqu'Avignon est né en 47 et Le Monde est né en 45. Trois générations de critiques se sont succédé à Avignon. Vous lirez le très beau texte de Michel Cournot, "L'honneur de la mémoire". "Oui, Avignon est déminé", nous confirme Libération.

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