Circulez... Les jeux sont faits !... A la Une de "L'Equipe", Ronaldo et sa bande... On nous le dit : les Brésiliens sont arrivés en Allemagne pour partir tranquilles à la conquête de leur 6ème couronne... C'est inscrit dans le marbre : ils vont gagner ! Nadal un peu partout dans les journaux... Oh, il a bien peiné un peu hier, devant Lleyton Hewitt... Mais on nous le dit : de toute façon, il va gagner Roland-Garros !... Alors... Et puis il y a Ségolène... Omniprésente dans la presse ce matin, un peu plus encore que les autres jours... On ne nous le dit pas aussi clairement... Mais, entre les lignes, on le lit sans peine : elle va gagner !... Tout du moins l'investiture socialiste pour la Présidentielle. Là, ce n'est plus un jeu... Pas du sport non plus... Mais une compétition tout de même. Oui, elle va gagner... Et la voici personnage principal de la chronique d'une victoire annoncée, à coups de sondages... La démocratie d'opinion est en route. Ses propositions sur la délinquance : 55% des Français l'approuvent, selon IPSOS... Sondage publié par "Le Monde". Ecoles de parents, mise sous tutelle provisoire des allocations familiales : 50% des électeurs socialistes disent "oui"... Ils sont 58 au sein de l'UMP... Et 81% au Front National. Quant au placement dans des établissements militaires : 69% des Français approuvent. Pour autant, c'est à Nicolas Sarkozy que les Français font le plus confiance pour résoudre les problèmes d'insécurité. Il n'en reste pas moins que pour les électeurs de gauche, Ségolène Royal est de loin la mieux placée pour remporter la Présidentielle... Sur ce point, l'enquête LH2 publiée par "Libération" est sans appel pour les concurrents socialistes de Ségolène Royal : 62% des sympathisants de gauche disent qu'elle est la meilleure candidate pour 2007. Voilà pour les sondages... Mais ce n'est pas tout : au fil des jours, la présidente de la région Poitou-Charentes accumule les soutiens... Aujourd'hui, dans le journal "Le Monde", c'est Daniel Cohn-Bendit qui le dit, aussi clairement que possible : "C'est la seule capable de gagner, face à Sarkozy"... En revanche, il critique ses propositions sur la délinquance, et appelle à en débattre, pour ne pas laisser un boulevard à Le Pen... Je reprends ses mots. Maintenant, en prenant des positions iconoclastes pour une socialiste, a-t-elle commis l'irréparable ?... "Pas forcément, répond Dominique Gerbaud dans "La Croix"... Déjà, on voit qu'elle ne manque pas d'idées, et quoi qu'il arrive, elle pousse le PS à évoluer sur des questions comme la famille, la sécurité, l'éducation, et maintenant le temps de travail". "Oui, vierge de blanc vêtue en candidate à la Présidentielle, écrit Jean-Michel Thénard dans "Libération", Ségolène Royal est expérimentée en politique. La preuve : elle tire d'abord les leçons du 21 avril 2002, et elle attaque par les deux sujets sur lesquels le divorce était cristallisé : l'insécurité et les 35 heures... Et à chaque fois, elle porte le fer sur les plaies... En fait, elle en revient au vieil adage mitterrandien, selon lequel il n'est pas d'avenir électoral pour une gauche coupée de sa base populaire... Elle désembourgeoise le PS"... Notre confrère fait allusion notamment à sa prise de position sur les 35 heures qui, selon Ségolène Royal, ont surtout profité aux cadres. Et voilà comment Ségolène passe les éléphants au Kärcher... Voilà comment elle les affole... Et cela vous estourbit une troupe d'éléphants aussi sûrement qu'une pluie de mauvais sondages... "Alors, ne boudons pas notre plaisir, nous dit Laurent Greilsamer : il est assez jubilatoire d'entendre quelqu'un bousculer la langue de bois, et délaisser le disque dur socialiste... De même qu'il est saisissant de voir ses concurrents socialistes en appeler immédiatement à la doctrine de la gauche, en matière de sécurité par exemple... Une louche de prévention, une cuillerée d'angélisme... Comme s'il s'agissait d'une recette indépassable... Or, avec Ségolène Royal, conclut Laurent Greilsamer, la sécurité en arrive presque à être une idée neuve". Et puisqu'on surnomme les dirigeants du PS "les éléphants", c'est Dominique Dhombres, toujours dans "Le Monde", qui surnomme Ségolène "la gazelle"... Ce qui nous fait penser à George Orwell, qui écrit que, dans "La Ferme des Animaux", tous les animaux sont égaux, mais que certains le sont un peu plus que d'autres... Eh bien, dans la course à l'investiture socialiste, note Dominique Dhombres, on a désormais l'impression qu'une gazelle a vraiment pris une longueur d'avance sur le peloton des éléphants". Mais qu'on ne s'y trompe pas (si j'ose dire), objecte Claude Allègre. Dans une interview qu'il accorde au "Parisien", il se lance dans une entreprise de démythification qui vaut le détour. Assez logiquement, Dominique de Montvalon fait remarquer à l'ancien ministre que pas une journée ne passe sans que Ségolène Royal n'occupe le devant de la scène... "C'est du talent ça... non ?... "Bien sûr que c'est du talent, répond Claude Allègre. Un talent immense d'auto-promotion, qu'elle cultive depuis longtemps, et avec ténacité. Je me souviens de la passation de pouvoirs en 97, témoigne l'ex-ministre de l'Education. Ce jour-là, nous devions arriver ensemble, elle et moi. Bayrou et d'Aubert nous attendaient... Pas de Ségolène ! Alors Bayrou me dit : "Mais vous êtes naif : vous ne la connaissez pas ?... Elle arrivera en retard, pour être filmée seule par les télés". C'est effectivement ce qui s'est passé. Autre question du "Parisien" : "En proposant un encadrement militaire pour les jeunes pré-délinquants, a-t-elle dérapé ?"... "Malheureusement non, répond Claude Allègre... Elle n'a pas dérapé : elle est sincère. Résultat : on a l'impression d'une course : Sarkozy court derrière Le Pen, et Royal derrière Sarkozy". Et puis cette dernière charge : "Si Ségolène était choisie par le PS, pourrait-elle fédérer tout le parti ?", demande Dominique de Montvalon. "J'espère qu'elle ne sera pas désignée, répond l'ancien ministre. Elle ne le mérite pas... Sarkozy et Ségolène Royal : voilà deux exemples de cette navrante société des apparences". C'est également dans "Le Parisien" qu'on trouve cette info... Un fait pas vraiment dit, et à peine suggéré, remarque le journal, qui affirme que pour écrire sur son blog les 63 pages du deuxième chapitre de son livre, Ségolène Royal a pioché allègrement dans une bibliothèque à idées... Et pas n'importe laquelle : celle de 7 chercheurs, qui appartiennent tous à la même école : "La République des idées", figure de proue de la deuxième gauche... Celle qui préférait Rocard à Mitterrand. "Le Parisien" affirme que la candidate socialiste à l'investiture a même repris à son compte le titre de l'ouvrage de Philippe Askenazi, "Les désordres du travail", comme intitulé de son deuxième chapitre. Qu'à cela ne tienne : Ségolène est partout, et partout, et tout le temps... Dans ces conditions, pas facile, pour ses concurrents, de faire passer leurs messages... Et c'est ainsi que celui de Laurent Fabius par exemple, sur la sécurité, se retrouve coincé, dans "Le Monde", en page 8, en bas à droite... Mais il est vrai que les propositions de l'ancien Premier ministre devraient trouver plus d'écho dans les heures qui viennent... Puisqu'il distribuera un document de 7 pages, pour la dernière réunion du PS sur son projet 2007... Un document qui, en matière de sécurité, tourne autour de l'idée "Mieux prévenir, mieux punir". Mais Ségolène est toujours omniprésente... Alors Plantu la dessine sur un lit de roses, en tenue militaire, sonnant tambour et trompette... Et assis sur le bord du lit, un François Hollande qui se lamente, et qui dit : "Oui ! Même le jour de la Pentecôte !" L'emploi des seniors... L'événement social de la journée, en France... On vient d'en parler avec Jean-Louis Borloo... L'emploi des seniors : l'exemple britannique... Enfin, le contre-exemple... Celui à ne pas suivre, pour "L'Humanité", qui en fait sa Une et son dossier principal, ce matin, sous le titre : "Les retraites filent à l'anglaise". En gros, nous explique ce journal, pour prendre sa retraite au pays de Tony Blair, mieux vaut attendre 2012 ou 2024, quand les pensions seront enfin relevées... Mais en attendant, les retraités sont obligés de travailler, nous dit "L'Humanité", parce que leurs pensions sont trop misérables, et que 2 millions de personnes âgées vivent sous le seuil de pauvreté. En Grande-Bretagne, la retraite, elle est maintenant à 68 ans... C'est un pays où l'on voit des seniors obligés de courir les petits boulots pour survivre, nous dit l'enquête de "L'Huma"... Qui publie aussi cette déclaration du député travailliste John McDonnel : "Chez nous, dit-il, quelques personnes pourront prendre leur retraite dans des conditions confortables, alors que des millions d'autres travailleront jusqu'à l'épuisement". "Or, c'est vers un système voisin que les dirigeants français veulent nous conduire", affirme Patrick Apel-Muller dans son édito. Et de qui parle-t-il, notre confrère, au détour des lignes ?... De Ségolène Royal, bien sûr, dont il espère qu'après avoir prôné la militarisation de l'éducation, et descendu en flammes les 35 heures, elle ne complètera pas son programme par des emprunts outre-Manche afin de réformer les retraites. Et comme le dit cette Londonienne, Ros Tankard... Bientôt 72 ans, toujours au travail... "Avoir assez d'argent, c'est la différence entre 'vivre' et 'juste exister'. Avoir assez d'argent dans sa poche pour acheter une glace à ses petits-enfants, ça, c'est important. Vous savez, dit-elle à la reporter de 'L'Humanité', Lucy Batman, avec la pension minimale de l'Etat, j'aurais dû vivre une pauvre petite vie misérable, avec des difficultés pour me chauffer, m'acheter des vêtements, sans pouvoir sortir. J'aurais dû demander l'aide sociale pour le logement... Pour mes impôts... Non... Je suis trop fière pour ça". Comme le disait Talleyrand : "Les mécontents, ce sont les pauvres qui réfléchissent". Bonne journée. A demain.

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