Il y a d'abord les couleurs de la campagne anglaise début juin. "Les ajoncs d'or dans les haies, les vertes collines de l'Angleterre. Dans toutes les villes du Sud, écrit Hanson Baldwin, correspondant de guerre du New York Times, les pubs sont singulièrement calmes. Mais les ports de la vieille Angleterre sont bourrés à craquer." 5 juin au soir. La plus grande armada de l'histoire retient une dernière fois son souffle. 22H15, le vrombissement des avions au dessus des têtes. On s'agenouille pour prier. 23 heures, en mer, à bord du croiseur américain Augusta, le général Bradley s'est étendu sur une couchette sans délacer ses chaussures.

6 juin 44, la presse américaine est bien informée, on le verra. Dans la presse française, à l'Ouest rien de nouveau. A la Une du Matin, journal parisien, bientôt liquidé pour faits de collaboration, la ville de Lyon, qui pleure ses huit cents morts, victime des bombardements anglo-américain, a reçu la visite du Maréchal Pétain. C'est une France en dessous qui apparait dans ce journal. Sous la coupe des allemands, sous les bombes, sous l'éteignoir.Page 2, petite annonce "Etre marin, c'est un métier, engage toi dans la Kriegsmarine".Echos du palais de justice : « Marguerite Fournet, concierge, 24 rue Philippe de Girard cambriolait les appartements des locataires absents. Une lettre anonyme dénonça ces agissements. »Au théatre de la Potinière, on jouera ce soir à la lumière du jour, pour faire des économies.

Une Matin 44
Une Matin 44 © Radio France
**6 juin : la nouvelle éclate à la Une de la presse américaine.**
Une LA Times 44
Une LA Times 44 © Radio France
Grâce au décalage horaire et à des relations bien entendues avec l'armée. Dès 9 heures du matin, un énorme mot barre la Une d'une extra edition du Los Angeles Times : Invasion. 4000 navires, 11.000 avions touchent la côte française. Edition du soir du New York Times : Une brèche dans le mur d'Hitler. La président Rossevelt à la Radio, que nos coeurs soient vaillants !New Yor Herald tribune : les alliés atterrissent en France. Hitler est décidément en train de tout perdre. Curieux petit encadré sous la manchette. La société des végétariens de Londres ne considère plus le Fuhrer comme un végétarien depuis qu'elle a appris qu'il consommait de l'extrait de foie.
Une Fargo 44
Une Fargo 44 © Radio France
La guerre est mondiale. Dans le Fargo Forum, journal du Nord Dakota, le débarquement en grand titre. Mais aussi ce destroyer japonais coulé près des Philippines. Et l'entrée des américains dans Rome. La presse américaine n'éhappe pas à l'intoxication. A Baton Rouge en Lousiane, le State Times publie déjà le récit de pilotes de retour de Normandie dans leur base en Angleterre. Le second lieutenant Wayne Swanberry, de Wilkes Barre, Pensylvanie a vu un camion exploser mais "c'était le seul signe d'activité ennemie", dit-il. Il faut rassurer les familles. A Baton Rouge, les cloches ont sonné dans la nuit du 5 au 6 juin. Les églises et temples ont ouvert très tôt. "J'ai un fils là bas, il fallait que je vienne prier", dit une mère de famille. Les opérateurs ont noté une explosion des appels téléphoniques aux premières heures du matin.
Daily Mirror
Daily Mirror © Radio France
Et ce que rapportent les envoyés spéciaux au sol ou en mer n'est pas rassurant. En Grande Bretagne, dans le Daily Mirror et le Daily Herald du 7 juin, reportage de Desmond Tighe, envoyé spécial de l'agece Reuter, à bord d’un destroyer britannique au large de Bernières sur mer. "Je les ai vus sauter sur la plage". En 10 minutes plus de 2.000 tonnes de bombes ont été déversées. A 7h25, les premières péniches de débarquement atteignent la côte. Les hommes sautent sur le rivage, les tanks suivent. Les traces rouges des balles ennemies tout proches traversent la plage. Tout est un enfer. L'enfer à Omaha, raconté par le correspondant de guerre du New York Times, Hanson Baldwin. Image de de ce capitaine, les joues traversées par un shrapnel, crachant le sang dès qu'il parle et qui mène l'attaque. Dans le journal anglais The Evening news, cet avertissement : Les urgences des hôpitaux de Londres sont strictement limitées aux cas extrêmes, afin de garder des lits disponibles pour les blessés.Photo à la Une du Daily Herald, deux paras britanniques découvrent avec amusement la monnaie française contenue dans leur paquetage. La vie continue vaille que vaille : publicité, en bas à droite. Avec les céréales Kellogs, économisez du temps et du fuel : votre breakfast est prêt en une minute. **Et la presse allemande ?** Elle a ses plumes, elle aussi. Dans le Volkischer Beobachter, journal du parti nazi le 7 juin 44. "Les vassaux de Moscou ont fini par débuter l’invasion." Moment décisif. Sur les côtes françaises, les mitrailleuses crachent, les bouches des navires déchirent de leurs éclairs les nuages de fumée, qui dissimulent les contours de leurs carcasses . L'Allemagne a ses relais français aussi. Vent de panique, le 7 juin à la Une du Journal de Rouen. Ordre du Maréchal Pétain, que chacun reste à son poste. Le Petit Parisien, jeudi 8 juin, A Berlin, M. Philippe Henriot, secrétaire d'Etat à la propagande s'est entretenu à Berlin avec le Dr Goebbels. Le journal Aujourd'hui, téléphone Opera 89-31, vendredi 9 juin, ce soir l'orchstre philarmonique de Berlin se produira au palais de Chaillot. La presse collaborationniste jette ses derniers crachats. Le cri du peuple, fondateur Jacques Doriot. Edition du 12 juin. Tout petit encadré en bas de la une. Nous apprenons que le juif La Guardia a fai célébrer un office religieux à Madison Square à New York. En une telle occurrence, le juif se fait pieux.
Une Libe 44
Une Libe 44 © Radio France
La presse de la résitance est distribuée sous le manteau. Mais dès le 6 juin, Libération en zone Nord fait allusion au débarquement. "Ainsi ce que nous attendions avec tant de fièvre et depuis si longtemps, ce que certains même désespéraient de voir est devenu aujourd'hui une réalité : la libération est commencée." Deux pages de texte, tapées à la hâte à la machine et cette demande en lettres capitales : ne détruisez pas ce journal. Reproduisez le par tous les moyens en votre pouvoir. Notre tirage est fonction de votre courage. [
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](http://www.franceinter.fr/sites/default/files/2014/06/06/914786/fichiers/huma44.pdf)L'Humanité, 9 juin : Vive nos alliés anglo-sovietico-américains. "Dans les usines, les mines, les chantiers, les dépôts de chemin de fer les travaileurs doivent intensifier le sabotage et les destruction. Déjà l'avenir se prépare : l'Aurore défend l'idée d'une France alliée souveraine, face à Churchill qui ne traite pas de Gaulle comme le journal le souhaiterait. La guerre n'est pas terminée que déjà l'après-guerre se prépare. Mais c'est une autre histoire. L'histoire dans la presse ce 6 juin, c'est un photographe nommé Robert Capa qui capte le moment où un soldat américain débarque. Il s'appelle Huston Riley. Casque sur le tête, sac sur le dos, de l'eau jusqu'à la poitrine, il avance vers la plage. Ce jour là Capa prendra une centaine d'images mais à cause d'une mauvaise manipulation au labo photo, la plupart seront perdues. Celle-ci sera publiée dans l'édition du 19 juin de Life magazine avec cette légende : sous le coup d'une immense émotion, le photographe Robert Capa a bougé, l'image est un peu floue. Excusez du peu
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