Bonjour... Elle ne fait pas le miel des éditorialistes ce matin, la Birmanie... Et pourtant elle est à la Une de la plupart de vos journaux... Des images de bateaux fracassés, d'arbres déracinés... Des photos de chaos, après le passage du cyclone Nargis... Plus de 10.000 morts... C'est un premier bilan, qui s'alourdit d'heure en heure... S'y ajoutent les centaines de milliers de sans-abri... "La junte militaire annonce le cataclysme et accepte l'aide internationale"... Comme le dit France Soir : "les généraux sont débordés par la catastrophe"... Mais Le Figaro précise, dans la légende de sa photo du port de Yangon dévasté, que "la junte militaire, au pouvoir depuis 46 ans, a attendu deux jours avant d'accepter la proposition d'aide internationale, par l'intermédiaire des agences de l'ONU... Les généraux avaient rejeté une telle aide lors du tsunami de 2004"... "En bons dictateurs, les généraux au pouvoir ont mis du temps à réagir", constate Bernard Revel dans L'Indépendant du Midi... "Pendant la catastrophe, la dictature continue"... La preuve, Revel remarque que les généraux birmans entendent maintenir le référendum constitutionnel, qui semble plus important à leurs yeux que la catastrophe... "On imagine, en effet, écrit l'éditorialiste, combien les centaines de milliers de personnes qui ont tout perdu sont impatientes de connaître le sort d'un texte qu'il était interdit de contester sous peine de prison... L'urgence, pour la Birmanie aujourd'hui, c'est de l'eau et du riz... en attendant le nouveau cyclone d'un tout autre genre qui finira bien par balayer la dictature"... A ma connaissance, Bernard Revel est le seul éditorialiste à se pencher sur la Birmanie... Mais vous pouvez lire aussi, dans La Croix, le reportage de Rémi Favre, qui a parcouru les rues de Rangoun, la plus grande ville de Birmanie... "La vie reprend difficilement"... "Rangoun, dit-il, tourne au rythme des groupes électrogènes, c'est-à-dire au ralenti"... Qui a parcouru 298.000 kilomètres en un an ?... a suscité 76 livres dans les bacs des librairies ?... a prononcé 104 discours, soit 1 tous les 3 jours environ ?... a suscité des millions de commentaires sur le Net ?... et a connu le plus grand écart dans les sondages ?... Vous avez deviné : c'est Nicolas Sarkozy, présenté en chiffres par Le Parisien-Aujourd'hui en France... "L'homme de tous les records"... "Il exacerbe les passions et dépasse ses prédécesseurs dans tous les domaines", nous dit le journal... qui, comme tous les autres, récapitule les tops et les flops... et se demande si les propos du Président sur un seul mandat à l'Elysée sont un aveu ou une coquetterie... Alors je ne vais pas vous faire la litanie des éditoriaux sur ce premier anniversaire à l'Elysée et sur le bilan d'un an... Ils se ressemblent beaucoup... sauf peut-être celui de Francis Brochet, dans Le Progrès, qui résume façon clip l'année écoulée : "Un an déjà depuis les vocalises de Mireille Mathieu place de la Concorde... la nuit au Fouquet's et la croisière à Malte... Les images s'accélèrent... La vague bleue acclame les ministres roses... lunettes noires, jogging... Cécilia sauve les infirmières bulgares, Kadhafi campe à Marigny... L'épaule qui avance, la tête qui décroche : 'moi, je vais vous dire'... Le paquet fiscal écrase les droits de succession... Les cheminots défilent, les régimes spéciaux trépassent... 'Les caisses sont vides'... Cécilia est partie, Carla apparaît à Disneyland... Le pétrole monte, le pouvoir d'achat baisse, la popularité s'effondre, les municipalités tombent à gauche... 'Casse-toi, pauvre con'... Le Premier ministre existe, il réforme... Moins de lunettes noires, moins de discours... 'J'ai fait des erreurs, aujourd'hui tout est en ordre'... Il promet un anniversaire discret... Hier soir, à la télévision : 'Rocky II, la revanche'"... La revanche ?... "Sarkozy II version soft, a bien du mal à renaître des décombres de Sarkozy I version hard", note Hervé Cannet dans La Nouvelle République du Centre-Ouest... Selon France Soir, "le chef de l'Etat espère un retournement de la conjoncture économique, qui lui permettra de défendre les 55 réformes qu'il avait annoncées durant sa campagne électorale"... "Et s'il était déjà trop tard ?", se demande Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées... L'éditorialiste fait ses comptes : "Il ne reste plus que 4 ans au Président de la République pour renouer avec la confiance des Français... Si l'on considère que la dernière année sera dominée par les premières manoeuvres de la campagne présidentielle de 2012, si l'on se rappelle que les élections européennes se tiendront en 2009 et les régionales en 2010, cela laisse finalement peu de temps pour une Présidence utile"... "De toute façon, dit Michel Lépinay dans Paris-Normandie, on ne saura qu'après s'il a vraiment réformé le pays ou simplement mis la France cul par dessus tête"... Mais "il y a un autre personnage, qui assure, comme le dit Jacques Guyon dans La Charente Libre, qui assure le SAV, non pas le service après-vente mais le service après-vote"... Jacques Guyon a écouté le Premier ministre hier matin sur France Info, et il a été étonné par le ton de cet homme habituellement tout en sobriété courtoise et en retenue élégante... "Entendre François Fillon se réjouir d'avoir emmené les Français sur le terrain idéologique que nous souhaitions sonnait bizarrement", selon Jacques Guyon... Dans Nice Matin, Marc Chevanche comprend que, pour François Fillon, c'est l'idéologie socialiste qui aurait été enfin terrassée... "Ce faisant, dit Marc Chevanche, il s'exagère la part qu'il aura prise dans cette victoire, car il y a belle lurette que les socialistes ont, sur le plan idéologique, rendu les armes... Si François Fillon a gagné une bataille, c'est contre les moulins"... Daniel Ruiz, dans La Montagne, s'interroge sur "ce drôle de couple Sarkozy-Fillon"... Pour lui, c'est "l'association d'un pilier droit et d'un demi de mêlée en première ligne"... Entre parenthèses, je ne sais pas si Daniel Ruiz a souvent joué au rugby avec une telle composition d'équipe... Fermons la parenthèse... "Pourtant, dit-il, ce mariage de raison, plus que de passion, dure depuis un an... Car cette doublette exécutive ne fonctionne pas à l'affinité, elle existe et résiste... Les sujets de brouille n'ont pas manqué entre ces deux hommes, qui ne viennent pas de la même droite... Ils les ont toujours surmontés"... En revanche, quand on regarde les deux principaux journaux politiques de ce matin, Le Figaro et Libération, pratiquement pas un mot sur cet anniversaire... Dans Le Figaro, on apprend que le dossier spécial "Sarkozy, un an après" est sur le site Internet du figaro.fr... Dans le journal papier : juste une interview de Xavier Bertrand... qui appelle la droite à être plus offensive... qui estime que les chicayas au sein du gouvernement sont derrière nous... et qui fustige le Parti Socialiste : "Le PS manque d'idées, mais ne manque pas d'air"... Dans Libération, il faut se reporter à la page 6 pour lire le cri d'alarme de la Ligue des droits de l'homme, qui dresse un tableau des atteintes aux libertés et aux droits sociaux en France après un an sous le régime Sarkozy... Mais la Une de Libé, c'est sur Bertrand Delanoë... Dans une interview exclusive, le maire de la capitale marque son territoire... Il ne revendique pas le poste de maire du "Grand Paris", un groupement intercommunal autour de la capitale, auquel il est favorable... Et Libération s'interroge : "Est-ce pour se préparer à un destin national ?"... Bertrand Delanoë ne le dit pas... Mais Didier Pourquery a lu entre les lignes : "Il confirme ses ambitions au sein de la galaxie du Parti Socialiste en étendant peu à peu son territoire politique bien au-delà des vingt arrondissements de la capitale"... Et, poursuit l'éditorialiste de Libé, "on ne nous fera pas croire que le successeur de Jacques Chirac à l'Hôtel de Ville n'a pas en tête d'étendre encore davantage son territoire et ne rêve pas de l'Elysée"... En guise de réponse, le maire de Paris sort le 22 mai un livre intitulé : "De l'audace"... un livre d'entretiens avec Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération... On comprend mieux la Une du quotidien... On termine par une petite musique, que vous entendez tous les jours sur France Inter, et que Didier Pobel relève dans Le Dauphiné Libéré... "ré-sol-si... un petit bruit aigrelet de percussions manuelles"... Didier Pobel parle du "Jeu des mille euros"... Mais au temps de Lucien Jeunesse, c'était "Le jeu des mille francs"... "Loin de la France bling-bling, Lucien Jeunesse incarnait la province ding-ding... ce doux pays sans prétention, où les jours passent au rythme lent des horloges comtoises et du xylophone d'une heure moins le quart... Immuable rendez-vous d'Inter depuis un demi-siècle, 'Le jeu des mille francs' s'est offert l'exceptionnel privilège, en suspendant les fourchettes des déjeuners familiaux, de rassembler les érudits locaux, les instituteurs en blouse grise, ou tout simplement ces curieux de tout poil qui connaissent par coeur les noms des sous-préfectures et des généraux de l'Empire"... Didier Pobel est un auditeur assidu... de même, sans doute, que Philippe Delestre qui, dans son dessin de Lucien Jeunesse, nous donne le mot de la fin... C'est dans L'Est Républicain... "Chers amis, adieu, si vous le voulez bien"...

Denis ASTAGNEAU

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