Patrick Cohen : 8h30 : l'heure de la Revue de Presse. Et comme chaque vendredi, une Revue de Presse à deux voix. Guyonne de Montjou, vous avez lu la presse étrangère et vous, Bruno Duvic, les journaux hexagonaux. Bonjour à tous les deux. Ce matin, c'est l'obamania outre-atlantique.. Guyonne de Montjou : Barack Obama a la grâce... Le verdict est unanime dans la presse américaine, difficile de trouver des chroniqueurs qui résistent au charme du président. Cette semaine, il a fait selon eux, un parcours sans faute. Son efficacité, sa sobriété, son hyper contrôle sont loués. Et le fait de refuser de présenter la photo de Ben Laden à l'heure où personne n'ose plus faire barrage à rien, c'est courageux. C'est digne, pour les commentateurs. Ce matin, en Une du « New-York Times », une photo le présente recueilli à Ground zero, mains ramassées, tête baissée, yeux clos. Et dans les pages, une autre photo, moins formelle, où on le voit rire aux éclats avec les pompiers de New-York. Il est venu déjeuner avec eux, dans leur caserne, et c'est le commandant, rescapé du 11 septembre, qui a préparé le déjeuner. Un moment sans caméra, sans micro, mais dont on a attrapé des bribes, quand même. Barack Obama aurait commenté les dernières performances des White Sox au base ball et goûté à tous les plats, sauf aux crevettes et aux pétoncles, c'est toujours bien de montrer qu'on a du caractère ! Bruno Duvic : Ce que les deux correspondants de Libération aux Etats-Unis retiennent de cette visite, c'est la bande son. Le silence en guise de bande son, pas de discours officiel. Obama ne voulait pas donner le sentiment qu'il exploitait politiquement ce sanctuaire qu'est devenu Ground Zero aux USA. Et du coup, selon Lorraine Millot et Fabrice Rousselot, cette visite laisse un goût d'inachevé. Quoi qu'en dise l'équipe Obama, cette escapade de quelques heures ressemblait au déplacement d'un président déjà en campagne. Patrick Cohen : L'élimination de Ben Laden a tout de même relancé Obama. Mais du côté du Pakistan, on jette un regard plus sombre sur cette opération, Guyonne… Guyonne de Montjou : Eh oui, les Pakistanais sont vexés, humiliés, surtout les généraux. Selon le quotidien « The News », ils n'en reviennent pas. Comment cette opération de 40 minutes a pu être menée à leur barbe, presque à leur insu. Il parait, si on en croit le « Financial times », que leurs radars, censés surveiller et couvrir cette zone... eh bien que ces radars ont été bloqués le temps de l’opération. Les hélicoptères américains ont circulé tranquilles, comme s’ils étaient chez eux. Bref, vexés les militaires pakistanais qui du coup, hier, se sont fendus d’un communiqué au ton menaçant : "Nous signalons qu'aucun nouveau raid des Américains, mené sur le sol pakistanais, ne sera toléré ». Le quotidien d’Islamabad ne lésine pas sur les termes lorsqu'il explique, dans ces lignes, que "Le Pakistan et son appareil de sécurité sont devenus l'objet de plaisanteries. Les médias du monde entier montrent que « l'homme le plus recherché au monde n'était qu'à un jet de pierre d'une académie militaire de premier plan ». C’est vrai que Ben Laden coulait des jours tranquilles à quelques mètres de l’école qui forme les futurs espions du pays. Pour « Jang », le principal quotidien pakistanais, les agences de renseignement mettront du temps à se remettre de ce camouflet. Pas trop de temps, on a envie de leur dire… Pas trop, parce qu’aujourd’hui, vendredi, jour de prière, ce serait bien d’envoyer quelques espions dans les mosquées sensibles, écouter les prêches de certains imams qui inviteront les fidèles à honorer "le martyr" Ben Laden. Bruno Duvic : Humilié le Pakistan ? En tout cas, le ton du premier ministre pakistanais est extrêmement sec dans l'interview qu'il accorde au Figaro. Question de Renaud Girard : « Après la mort de Ben Laden, conseillez vous aux forces de l'OTAN de quitter l'Afghanistan ? » … Réponse : « Je n'ai pas de conseil à donner à l'OTAN. Vous, les Occidentaux, vous êtes plus intelligents que nous n'est-ce pas ? » Yusuf Raza Gilani assure que les autorités du Pakistan ignoraient où se trouvait Ben Laden. Quitter ou pas l'Afghanistan, c'est en effet une des questions posées dans la presse depuis lundi particulièrement. « Should I stay or should I go ». Le site « myeurop.info » met en scène le dilemme des Européens. Théoriquement : retrait des troupes en 2014. En France, Alain Juppé n'exclut pas de partir avant. En Grande Bretagne, les généraux déconseillent à David Cameron un retrait hâtif qui mettrait à mal les efforts réalisés pour stabiliser le pays. En Allemagne, fracture entre la classe politique contre le retrait, et la majorité de la population, contre la guerre. Patrick Cohen : De la région Pakistan-Afghanistan à la Libye... C'est à lire dans le « Washington Post »… Guyonne de Montjou : Il y en a un qui n’aimerait pas terminer comme Ben Laden, c’est le colonel Kadhafi. Du fond de son bunker, le leader libyen agite des petits drapeaux blancs dans tous les sens pour éviter l’amalgame. Hier, il a rappelé aux Américains qu’il était pionnier dans la lutte contre Al-Qaïda. Le « Washington post » confirme en effet que dès le début de l’année 1998, le colonel Kadhafi voulait faire arrêter Ben Laden… c’était avant les attaques contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie. La stratégie de Kadhafi est de rappeler qu'il est le meilleur allié des Américains dans le lutte contre le terrorisme. Mouammar ne pleure pas du tout la mort d’Oussama… rappelez vous, il y a trois mois, le colonel demandait à Ben Laden d'arrêter de droguer la jeunesse de son pays. Il déclarait que les rebelles se battaient sous l'effet de pilules hallucinogènes distribuées par Al-Qaïda. Bruno Duvic : La guerre en Libye sera longue. Dans Libération, un reportage de Thomas Hofnung en Crète explique pourquoi. C'est de là que décollent les pilotes français qui survolent et bombardent la Lybie. Un officier raconte : "Kadhafi a caché ses armements lourds ou les a massés près des habitations. Un de nos pilotes a récemment localisé un tank près d'un bâtiment scolaire. Impossible de bombarder." Le chef d'Etat-major de l'Armée de l'air, le général Palomeros, ajoute : "En 99, lors de l'intervention au Kosovo, l'Alliance effectuait jusqu'à 600 sorties par jour. En Lybie, nous tournons autour de 150 sur un territoire beaucoup plus vaste ». Au moins, ce temps qui passe, laisse aux insurgés le temps de s'organiser. S'organiser et collecter de l'argent. Le conseil de Benghazi dit avoir besoin de 2 à 3 milliards d'Euros. La question était sur la table hier à Rome, lors de la réunion du groupe de contact. Le Monde résume le dilemme. A qui donner l'argent ? La question de la reconnaissance du conseil de Benghazi comme seul représentant du peuple libyen planait sur les débats. Et si ces fonds ne sont pas assez contrôlés, ils peuvent atterrir entre les mains d'islamistes. La création d'un mécanisme international sous contrôle international a été entérinée. Guyonne de Montjou : Dommage que Ben Laden ait pris toute la lumière médiatique parce que, pendant ce temps, et pour la première fois depuis dix ans, le clan palestinien a fait un sacré pas. C’était mercredi, au Caire, la réconciliation entre Palestiniens, une réconciliation symbolique, parce que sur la carte de la région, rien n’est joué ! L’unité territoriale entre la Cisjordanie et la bande de Gaza est loin d’être assurée. Mais le pacte est signé… ouf ! Entre Mahmoud Abbas et Khaled Meschaal, qui vit en exil en Syrie. Alors, quelle attitude vont adopter les Américains devant ce pacte, eux qui considèrent toujours le Hamas comme une organisation terroriste ? Le « Herald Tribune » croit savoir ce matin que Washington laisse la porte ouverte au Hamas. On a l’impression, pour la première fois depuis longtemps, que le dossier du Proche-Orient, avance. Et personne ne dément, dans les chancelleries, la rumeur qui parle de la création unilatérale, avant la fin de l'année, d'un Etat palestinien. Patrick Cohen : A la Une de la presse française également : le football tricolore dans la tourmente… Bruno Duvic : « Black, blanc, beurk » : titre de la chronique d'IsabelleTallès dans Le Monde. Les anciens de 98 se déchirent autour de cette histoire de quotas. « C'est la fin du mythe », titre le Parisien-Aujourd'hui-en-France, qui trouve que dans ce contexte, le silence de Zidane est assourdissant. Le foot est-il raciste ? Dans « L'Equipe », Jean Tigana en remet une couche. Il rappelle ce qu'il avait dit après avoir été écarté du poste de sélectionneur en 2004 : "J'ai aussi été éliminé en raison de ma couleur". Raciste, le foot ? Dans une tribune à Libération, les historiens et sociologue, Gérard Noiriel et Stéphane Beaud, voient plutôt dans l'affaire des quotas, le révélateur d'un malaise social. La plupart des joueurs d'origine africaine, qui se sont imposés au plus haut niveau ces dernières années, ont connu la culture des cités. Et les cadres de la fédération française ont du mal à comprendre ces jeunes. Libé publie aussi un appel des entraineurs de foot dans les quartiers. Appel à assumer la France telle qu'elle est. A la Une de la presse, encore quatre ans de Sarkozy : « Sarkozy et Fillon lancent la bataille du bilan » pour les Echos… "Putain, encore un an !" s'exclame l'Humanité. Guyonne de Montjou : Une semaine après le Royal Wedding, et alors que les mariés les plus célèbres de la planète sont en voyage de noces, c'est Pippa qui continue à défrayer le chronique. Le « Daily Telegraph » se demande ce matin comment la sœur de Kate Middleton, devenue duchesse, va garder la tête froide. Et puis Pippa, c'est déjà du business outre atlantique ! D'après le « New-York Times », les wedding planner, ceux qui organisent les mariages pour les classes aisées américaines… eh bien les wedding planner ne savent plus comment répondre aux commandes de robes pour les demoiselles d'honneur sur le modèle de celle de Pippa. Pippa, « une e-toile est née », écrit le site Internet du Nouvel- Observateur. 198.000 inscrit sur la page Facebook « Pippa Middleton ass appreciation society ». Puisque la fin d'une chronique est aussi appelée une chute, la voici, la voilà la jolie chute de reins.

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