… quand Ouest France, le Parisien, le Monde, Mediapart, racontent comment une entreprise hypnotisée de changement brutalisa 22.000 "pêcheurs de moules". Le Berry Républicain et un hors-série du Monde rappellent la Résistance, Libération se souvient de Dien Bien Phu. Le terrible Préfet Lallement croqué dans l'Opinion.

Procès France Telecom
Procès France Telecom © AFP / Lionel BONAVENTURE

On parle du procès de France télécom...

Et dans Ouest France, Nadine se souvient de ce 30 juillet 2009 où son compagnon Camille Bodivit s'est jeté du pont de Cornouaille à Quimper,, et dans l'Humanité Yann Dervin se souvient de ce 9 septembre 2009 où après s'être excusé il se planta un couteau dans le ventre devant ses collègues, et s'il a survécu, il n'est qu'un homme détruit, et dans le Parisien Vincent Grenouville se souvient du 10 aout 2009 quand son frère Nicolas se pendit chez lui, à 28 ans, en tenue de travail... Et nos journaux racontent une époque où une grande entreprise endettée et hypnotisée de changement bouscula et brutalisa ses employés jusqu'à la tragédie. Le Monde raconte la stupeur des dirigeants de France télécom découvrant en 2006 l'effondrement des communications téléphoniques classiques au profit d'internet, et l'urgence absolue d'une bascule vers "un nouveau siècle », et dans ce nouveau siècle l’action devait remonter sur les marchés et il fallait rompre avec l'esprit du service public, témoigne l'Humanité, et dans ce nouveau siècle, 22.000 salariés à l'ancienne, étaient de trop, ces salariés qui allaient « à la pêche aux moules », ironisait le PDG Didier lombard, vous le verrez sur une video que publie Mediapart, précis et implacable ce matin par les archives qu'ils nous restitue. 

Et parmi les pêcheurs de moules qui devaient partir, il y eut des morts et des destins brisés et deux juges d’instruction ont renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris l'ex PDG Didier Lombard et six anciens dirigeants du groupe, jugés pour harcèlement moral. Le procès du « management par la terreur » dit l'Humanité, un procès « hors norme » insistent la Croix et Mediapart, puisque ces dirigeants n'avaient directement harcelé personne mais sont jugés pour leur politique. 

Et un journal s'inquiète de ce procès inédit, et quand les confrères témoignent des vies brisées, les Echos plaident à l'inverse pour les entreprises, sur lesquels le procès fait peser une "épée de Damoclès", car toutes les entreprises qui doivent se transformer, toutes les entreprises héritant d'un statut de service public, toutes les entreprises affrontant la concurrence ou les mutations technologiques, toutes les entreprises qui entreprennent "un plan de réorganisation et de modernisation de leurs structures et de leurs personnels", seraient menacées à leur tour... Et le journal cite la SNCF, la Poste, Air France Renault et Pôle emploi, Technip... 

Et ce parti pris des Echos, choquant peut-être, est fructueux, puisqu'il rappelle que le procès qui débute aujourd'hui est politique, par les enjeux qu'il soulève. Mediapart y voit le procès de dirigeants venus de l'administration convertis au néo-libéralisme, et fustige aussi un néo-management "censé incarner la modernité et la transformation", mais en réalité pratiquant « une violence sans précédent », qui selon le journal entre « en résonance avec la conduite générale du pays ». 

D'un journal à l'autre, des mots ce matin se répondent, quand on lit dans l'Opinion un portrait du préfet de Police de Paris Didier Lallement, qui a rétabli « un certain ordre » dans les manifestations de gilets jaunes, mais dont les méthodes intriguent. En cabinet, il pratiquait le « management par la terreur », et dans l'action, préfet de Nouvelle aquitaine, il fut accusé d'avoir maté les gilets jaunes locaux dans une stratégie d'intimidation, et à Paris, devant ses troupes, parle des gilets jaunes en les appelant "l'adversaire"... Mais on ne parle ici que d'un passionné de l'Etat, face à ce qu’il nomme « l’insurrection".

On parle de guerre aussi dans nos journaux...

De guerre et de survie, et de résistances et de mémoire... C'est dans Libération un dossier qui porte la patte du patron laurent Joffrin, journaliste féru d'histoire et qui raconte cette bataille de Dien Bien Phu où il y a 65 ans nos troupes furent écrasés par les canons vietnamiens, entrainées dans cette cuvette par l'erreur d'un officier qui se suicida sur le champs de bataille. Ce fut le début de la fin de notre empire, mais on lit joliment, les souvenirs du colonel Allaire, 95 ans, presque espiègle d'avoir survécu, qui se souvient que des soldats vietnamiens lui prirent le pistolet qu'il avait à la ceinture: un souvenir de la libration du Mans à la quelle, jeune résistant il avait participé...

Détours des destins... On se souvient dans le Verry Républicain du mémorial de Valençay, que visitera demain la princesse Anne d'Angleterre, car dans l'Indre, la nuit du 5 au 6 mai 1941; fut parachuté l'agent secret Georges Bégué, premier opérateur radio qui fit le lien entre la Résistance et les services secrets britanniques... Lisez aussi, juste avant le 8 mai, un hors série du Monde sur la Résistance et son esprit qui perdure, et ces portraits de vieillards aux regards incroyables de vivacité, les éclaireurs de la France libre, qui en juin 40 furent pris d'un « refus viscéral existentiel », et qui entrèrent dans le combat parce que cela s'imposait à eux, "ça a jailli comme l’amour" disent-ils. 

Et on parle de vacances pour finir...

Et d’évasion, puisque le Figaro m’apprend que les Chinois goûtent et traduisent la littérature française, ces gens-là ont bon goût, puisque le Dauphiné libéré m’invite à voit à Aix en Provence des chefs-d’oeuvre jamais exposés en Europe, venus du musée Guggenheim de New York…

Mais des vacances, donc, des « vacances halal », en ce matin de Ramadan, quand commence pour les musulmans pieux un mois de jeune, le Parisien raconte des vacances en Turquie, dans des hôtels-clubs conçus pour ménager la foi des plus engagés des croyants, où femmes et hommes peuvent bronzer et se baigner en des lieux séparés, mais aussi, curieusement, siroter leurs boissons en écoutant la Macarena comme dans toute autre club de vacances: c'est du loisir et de l'économie, car le marché du halal, le licite musulman, serait en plein boum, et c'est notre société qui bouge dans un journal qui ne juge pas...  

Mes excuses. Dans un lapsus, d'émotion, à l'antenne,  j'ai appelé "Nicolas", Vincent Grenouville, Vincent qui dans le Parisien porte le deuil de son frère Nicolas, qui se suicida au mois d'aout 2009, un des destins brisés de l'affaire France télécom. Que sa famille veuille bien me pardonner.

L'équipe
Contact
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.