(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : quelques emplettes

(Bruno Duvic) C'est une histoire toute simple qui jette un autre éclairage sur la controverse autour de la viande Halal. Au delà des questions de traçabilité, d'abattage des animaux, de la religion dans l'assiette, il y a la boucherie de Monsieur Béguin à Pantin, 52.000 habitants en Seine St Denis. Elise Vincent y est allé faire ses courses pour Le Monde .

Yves Béguin, c'est 44 ans de métier. En septembre dernier, il a pris sa retraite. A Pantin, il tenait la dernière boucherie traditionnelle, comprenez, qui ne soit pas halal. Il aurait voulu qu'il reste traditionnel. Mais après 5 mois de vaines recherches, c'était peine perdue. Alors pour 65.000 Euros, il a cédé le fond à Monsieur Hakki, 33 ans, origines marocaines, naturalisé français. Au début des années 2000 il était encore sans papier.

Sur le store rouge du magasin, il y a désormais l'inscription "boucherie Halal".

Cela en chagrine plus d'un dans le quartier, mais que voulez-vous, comme dit une centenaire qui était invitée au pot de départ du boucher : "Le métier n'existe plus".

Et c'est vrai qu'au fil de ses années à Pantin, Yves Béguin a vu la ville changer. 6 commerces sont devenus des taxiphones et des boucheries halal.

Son successeur Lahcen Hakki, achète sa viande en Belgique, en Irlande et en Allemagne, moins cher. Il a bien compris que les petites mamies avaient du mal à pousser sa porte. Pour les rillettes de porc, il faut faire 3 stations de métro de plus, direction Paris. En revanche, il propose du couscous et des épices orientales.

Régulièrement, Yves Béguin vient lui rendre visite. Quelques conseils, pour que les cotes de veau restent bien tendre. Lahcen Hakki l'accueille avec plaisir. "Avec les Français, j'ai toujours appris sur le tas". Avant la boucherie, au Maroc, il a été tailleur pour femme, maçon et plâtrier.

Du halal à l'écologie, quelques échos de campagne dans la presse

A la Une du Figaro , "Sarkozy place l'immigration au coeur de la campagne". C'est un retour aux fondamentaux pour le journal. Retour guidé par les mauvais sondages peut-être. Enquête BVA à l'appui, Le Parisien-Aujourd’hui en France se demande carrément si Hollande n'a pas plié le match.

Dans Libération , une étude de la fondation Terra Nova proche du PS selon laquelle la redistribution des richesses depuis 2007 a bien profité aux entreprises et aux particuliers les plus riches.

Le Figaro s'intéresse également à la rumeur selon laquelle les dirigeants conservateurs européens refusent de rencontrer le candidat Hollande. « L'Europe (est) son talon d'Achille » pour Paul Henri du Limbert dans l'édito du Figaro .

« Marine Le Pen sur la défensive », titre du Parisien après sa prestation face au panel de Français hier sur TF1.

Et Jean Luc Mélenchon, peut-il faire ses emplettes chez les électeurs écologistes ? Pour L'Humanité , Mélenchon, qui propose une planification écologique, c'est « L'écologie en rouge et vert ». Sur la question centrale du nucléaire, le candidat renvoie à un referendum.

Enfin, le flop relatif de la dernière proposition de François Bayrou : que le garde des sceaux soit nommé avec l'accord de l'opposition, gage d'indépendance et de sérieux du ministre de la justice. Le Monde n'y consacre qu'un petit article, photo à l'appui.

Il n'y a pas que les boucheries à vendre, un village entier est aux enchères dans Sud Ouest ...

Courbefy, dans la Haute Vienne. 19 bâtisses laissées à l'abandon, exode rural. Tout fout le camp, dirait la centenaire cliente de la boucherie de Pantin.

Le Crédit agricole qui avait ce bout de campagne en Haute Vienne sur les bras a décidé de le mettre aux enchères. TF1 a raconté l'histoire. Et depuis le monde entier est dans le hameau.

Sud Ouest raconte la suite ce matin. Pensez 330.000 Euros mise de départ pour le village, au prix actuel de l'immobilier ça vaut le déplacement.

Courbefy dépend de la commune de Bussière Galant. La secrétaire de mairie croule sous les coups de fils depuis le reportage de TF1. Ils se comptent par centaines. Des badauds du dimanche, mais aussi des hippies en 4L mais aussi des inconnus en Porsche, en 4X4, des Qataris, des Chinois et des journalistes par wagons. CNN est même venu tourner un reportage. La vente aura lieu le 21 mai. Sur les rangs, il y a un producteur de télé réalité qui veut faire du village fantôme le cadre d'une nouvelle émission.

L'agent communal reconverti en guide immobilier ne redoute qu'une chose : que les Qataris l'emportent et qu'ils construisent une tour de 162 étages, comme à Dubaï. Au beau milieu de la Haute Vienne, c'est vrai que cela ferait bizarre.

Ainsi va la campagne, campagne électorale et campagne tout court. Pour joindre les deux, le magazine culturel Snatch est allé faire un tour en Corrèze, qui a déjà donné un président de la République à la France et peut être un autre bientôt.

Snatch a suivi, Pascal Coste, maire divers droite de Bénat et candidat aux législatives.

La campagne électorale n’ « infuse » pas dans la population, écrivent beaucoup de commentateurs. A lire ce long reportage, on comprend pourquoi et comment.

Le quotidien de Pascal Coste, ce sont des petites services, un peu de clientélisme, des louches serrées à la chaine, 3 réunions, deux déjeuners, un passage par le conseil d'administration de « Cyber Corrèze » qui promeut l'utilisation du numérique sur ces terres rurales. Un engagement sincère pour son département et les gens qui y vivent. Mais pas de grand débat sur l'avenir...

Le long reportage s'achève à la mairie de Beynat un soir de conseil municipal. Quinze membres, encartés à droite, socialistes et communistes qui ont la particularité d'avoir été élus sur la liste de Pascal Coste à la faveur de sympathies et d'accointances dont seul le terroir a le secret "Ici, comme dans tous les villages de France, la logique partisane ne compte pas, explique le maire. Ce qui importe, c'est de s'entendre, d'être capable de casser la croute ensemble (...) Quand tu casses la croute, tu crées un vrai lien. Pour moi bouffer avec quelqu'un, c'est comme donner sa parole"

Retour à la boucherie de Pantin et ses côtes de veau bien tendres...

A demain.

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