(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Sous l'oeil des médias

(Bruno Duvic) Quelle est la personnalité la plus invitée des matinales radios et télé confondues ? Qui a eu sa photo glamour à la Une du Figaro magazine , son portrait en femme d'aujourd'hui dans Elle , son cliché d'un petit déjeuner avec amoureux dans Paris Match et a même suscité l'intérêt de Closer ? Marine le Pen !

Alors que cette semaine l'Express l'imagine remportant la présidentielle de 2017, le supplément télé de L’Obs publie une enquête sur l'ascension de Marine Le Pen dans les médias et les liaisons dangereuses qu'elle entretient avec eux.

"On est passé du champ de mines au tapis rouge", dit l'ancien FN Carl Lang. Explosion sur les écrans en 2002 quand son père accède au second tour de l'élection. "Elle avait une assurance, un bagout, une mauvaise foi prodigieuse qui auguraient d'une belle carrière dans les médias. Ce milieu est obsédé de nouveauté, elle en a bénéficié" analyse Alain Duhamel. Hervé Béroud, aujourd'hui directeur de l'information de BFM TV, alors à RTL, confirme. "Elle tombait à pic, une voix supplémentaire, elle s'appelait Le Pen, facile à situer pour le spectateur."

Bonne cliente, la patronne du FN, très souvent disponible (sauf pour certains médias), et qui ne rechigne pas à donner dans la confidence qui humanise. 2006, sur le plateau de Thierry Ardisson, voix sourde et regard voilé, elle raconte comme ce fut difficile d'être la fille du grand méchant loup Le Pen.

Habile : « Elle sait s'insérer dans le système sans en avoir l'air, en user tout en gardant ses distances, donner des gages à l'électorat en tapant sur les suppôts de l'establishment » que seraient les journalistes écrivent Véronique Groussard et Maël Thierry. Et elle n’a pas peur des paradoxes : la fille grandi dans le ghetto de riches de Montretout serait proche des « vrais gens ».

Medias pas très curieux, d'ailleurs. Lors de la dernière présidentielle racontent les journalistes de Télé Obs, le quotidien Les Echos avait publié une étude solide sur le coût exorbitant de la sortie de l'Euro, prônée par le FN. Etude fort peu reprise. Les trop critiques ou sarcastiques sont interdits de meetings : Mediapart , Le Petit journal …. Mais peu à peu les barrières tombent. Confidence d'un membre de l'équipe du Grand journal : lors d'une campagne, l'idée que Marine Le Pen puisse être applaudie avait conduit la production à supprimer les applaudissements pour les tous les invités politiques. « C'était avait qu'elle ait la main », conclut Télé Obs.

Marine le Pen dont un récent sondage mesurait les qualités d’opposante

Ce qui fait pester Alain Duhamel dans sa chronique de Libération . Les sondeurs feraient mieux de cerner « ses béances de gouvernantes ». Et puis le président a-t-il encore besoin d'opposant ? A quelques heures de son émission télé, la presse le ratatine déjà. « Au plus bas », titre le HuffingtonPost , nouveau sondage de l’institut YouGov à l'appui : popularité 12%. A la Une de L'Humanité : « Peut-on arrêter le désastre avant la fin du quinquennat ? »

Le sociologue Denis Muzet dans Les Echos : « Il lui sera très difficile de réussir cette émission. Au mieux, elle ne fera pas bouger les lignes. » Guillaume Tabard dans Le Figaro : « François Hollande a trop d'expérience pour croire qu'une prestation télévisée permettra d'infléchir le cours d'une présidence aux allures d'interminables chemin de croix ». Bref, ce n'est plus un mi-mandat mais une « mi-mandale » dans le dessin à la Une de L'Opinion , « Mi-mandat ou mid-terne » à la Une du Canard enchainé .

Et les chiffres sont parois cruels. Enquête du Monde sur la promesse des 60.000 postes dans l'Education nationale. A la moitié du quinquennat, un peu moins de 4.000 postes ont été vraiment créés, c'est à dire des postes de titulaires, pérennes, à temps plein. L'essentiel des créations concerne des stagiaires, des profs en formation. Pour qu'ils deviennent enseignants à temps plein, il faut qu'un poste de titulaire soit créé.

A la Une du Figaro : Droit d'asile, le montant de la facture explose.

On pressent que ce sera le rapport qui fera polémique aujourd'hui. Rapport du député UMP Eric Ciotti transmis au Figaro . Les chiffres sont impressionnants.

  • La demande de protection internationale s'est accrue de 85% entre 2007 et 2013
  • 2001-2014 : la capacité en centre d'accueil a quintuplé en chiffres ronds. De 5 à 25.000 places. - Mais le dispositif est largement débordé. Quasiment autant de personnes sont logées dans des structures d'urgence. - Le montant des aides temporaires versées aux demandeurs d'asile a plus que triplé depuis 2007.

Seulement un quart des demandeurs d'asile obtiennent la protection de la France. Mais très peu de déboutés partent ou sont effectivement éloignés, selon Eric Ciotti.

Des chiffres impressionnants aussi sur lemonde.fr . Le Monde a mené l'enquête avec 40 médias étrangers sur « Le Luxembourg plaque tournante de l'évasion fiscale ». Des milliards d'Euros de recettes fiscales évaporées via des accords secrets entre le pays et plus de 300 multinationales, d'Ikea à Pepsi, en passant par Apple, Amazon ou Heinz.

Quoi d'autre dans la presse ?

La Une du Parisien-Aujourd’hui qui reprend un scoop du Journal de Montréal . Dossier multimédia sur le site de nos confrères québécois, qui ressemble à une série comme "Engrenages". Mais tout est vrai. Histoire d'un tueur en série québécois, Gérald Galland, 28 meurtres en 25 ans, passé aux aveux. Il est tombé à cause d'un peu d'ADN laissé sur le goulot d'une bouteille de bière. Il était tueur à gages pour le parrain d'un des groupes de bikers québécois qui se disputent le marché de la drogue. Sous l'œil d'une caméra il raconte tout aux enquêteurs : son enfance, sa rencontre en prison avec le caïd, le mode opératoire, les différent crimes. Les aveux datent de 2006. Ils n'ont été publiés qu'il y a quelques mois. Le Journal de Montréal a mené un travail de bénédictin pour faire le tri dans les 90.000 documents disponibles et les heures de vidéo. C'est le portrait d'un tueur à l'heure du journalisme multimédia.

Et après avoir lu cela, ça fait bizarre quand on lit page 24 du Parisien l'interview d'un joueur de rugby qui dit dans un tout autre contexte "Il nous manque cet instinct de tueur".

De vieilles canailles sympathiques pour finir

Jacques Dutronc, Eddy Mitchell, Johnny Hallyday... Premier concert des vieilles canailles hier devant un Bercy conquis d'avance. Interview à trois dans Le Parisien et séparément dans Paris Match .

Il y a celui qui fume le cigare, celui qui clope et celui qui est à la cigarette électronique - Johnny. « Bon il arrive le faux blond ? » s'impatiente Dutronc à propos de Johnny, en retard au rendez-vous du Parisien . Vieille canaille, Dutronc ? « Vieille, oui. Canaille je ne sais pas ». Bref les vieux, 213 ans, à eux trois vont bien. « Depuis quelques années, explique Eddy Mitchell à Paris-Match, on est obligé avant chaque nouveau contrat, de faire des bilans de santé pour les assurances. Du coup, on sait où on en est. C’est pratique… »

A demain !

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