Krupp qui fut le nom de l'ennemi, est la bonne nouvelle du Berry républicain. L'Equipe raconte le char Renault des dernières batailles de 1918. le Parisien dit ces pirates des pompes à essence qui alimentent le marché noir. Un étudiant a posté tout Shakespeare en un seul tweet, explique Usbek et Rica.

On parle d'aluminium dans le Berry républicain...   

Avec un titre de Une qui donne le vertige quand nous sommes plongés dans la commémoration de la Grande guerre. LA NOUVELLE STRATEGIE DE THYSSENKRUPP annonce le Berry républicain, car le géant allemand, 42 milliards de chiffres d'affaire, ayant cédé son usine de la rue Louis Mallet à Bourges, investit sur son site de l'allée François Arago, qui transforme des produits aluminium non ferreux et embauche "des talents qui savent manager"... Parfait. Mais il reste ceci: Thyssenkrupp porte des noms d'acier qui il y a un siècle étaient les noms de l'ennemi. Singulièrement Krupp, dont les usines fabriquaient un canon démoniaque, la grosse Bertha,  et aussi les Pariser Kanonen qui arrosaient la capitale en 1918...   

Mais un siècle plus tard, Krupp est la bonne nouvelle du Berry républicain...   

Il est des entreprises dans l'histoire. L'Equipe, se souvient qu'elle s'appelait jadis l'Auto et raconte le char Renault FT modèle 17 qui fut l'engin blindé de nos batailles de 1918, et aussi la torture de nos ancêtres, dans cette coque surchauffée et saturée de bruit. Mais pour l'ennemi allemand, une attaque par les chars avait quelque chose de démoniaque...  

Comment ressentir l'enfer, et où sont les mots des damnés? On parle de Maurice Genevoix ce matin, écrivain combattant promis au Panthéon, que raconte l'Est républicain et dont la Croix montre le buste de bronze devant la mairie des Eparges dans un département, la Meuse, dont les sols, dit le Monde, sont encore empoisonnés du métal et de la chimie de la guerre. Aux Eparges, en 1915, des milliers périrent et le lieutenant Genevoix en sortit invalide. Il en forgea "Ceux de 14", "un livre aux 250 personnages épais comme un roman russe" écrit le Figaro, "à la majesté de marbre", insiste le journal, comparable "aux Helléniques de Xénophon sur la guerre du Péloponnèse, ou aux commentaires de César sur la guerre des Gaules"...    

Et on peut lire du Genevoix dans les journaux....

Ce qui est une grâce, ainsi dans Le Figaro ce texte d'une sérénité troublante. En février 1915, avant la bataille, le lieutenant Genevoix marche seul sur la route de Verdun, "entre les taillis sombre où se cachaient tant d'hommes endormis"... Et il prend un crayon pour écrire, "peu de mots , très peu, rien que les mots nécessaires, ceux qu'il faut que j'ai écrit quoi qu'il doive arriver demain".  Libération sur son site raconte les écrivains combattants, Dorgelès des "Croix de Bois", Barbusse du "Feu", enragé contre la grande boucherie "trente millions d’esclaves jetés les uns sur les autres par le crime et l’erreur lèvent leurs faces humaines", et donc Genevoix qui fut après la guerre un écrivain du terroir aux Vernelles dans le Loiret et un vieillard de tendre moustache.   

Il est des hasards qui n'en sont pas. On redécouvre dans les journaux que le gendre de Genevoix, s'appelait Bernard Maris, qui avait fait vivre son souvenir, Bernard Maris, économiste et écrivain mort le 7 janvier 2015 dans l'attentat de Charlie hebdo. Et ceci nous vient quand Philippe Lançon, survivant de Charlie, est couronné du prix Fémina, pour un livre, le Lambeau, où il décrit la mort de Bernard Maris, et puis son propre retour d'entre les morts... Le Monde voit dans le Lambeau une oeuvre majeure, "Lançon hisse chaque évocation intime au niveau d’une méditation universelle; son visage défait exhibe tout ce que nous ne voulons pas regarder en face; ses souvenirs d’enfance ressemblent déjà à nos souvenirs de guerre."  

Il n'est pas de hasard, et Lançon poursuit Genevoix, qui racontait ainsi sa blessure en avril 1915, c'est dans Libération.  «Je suis tombé un genou à terre. Dur et sec, un choc a heurté mon bras gauche. Il saigne à flots saccadés. Je voudrais me lever, je ne peux pas. Mon bras tressaute au choc d’une deuxième balle et saigne par un trou. Ma tête s’incline et sous mes yeux un lambeau d’étoffe saute au choc mat d’une troisième balle. Je vois sur ma poitrine un profond sillon de chair rouge...»  

Le lambeau de Lançon et le lambeau de Genevoix. 

Lisez encore, sur le site de l'Obs, le beau texte de Jérôme Garcin, qui souligne "la précision chirurgicale" qui est désormais "l'art de Lançon". Garcin a lu, avant nous le nouveau texte de Lançon, que  publiera la NRF le 15 novermbre, consacré à la mort de son père, qui après l'attentat venait à la Salpêtrière "embrasser son fils sans mâchoire ni voix" et qui quelques mois plus tard était veillé par lui. Philippe Lançon se raconte coupant la barbe blanche de marin de son père. "En taillant, je l’imaginais silencieux sur le pont d’un cargo. Le ciel était bleu, l’air était doux, j’étais son fils et son barbier.»  Il reste, de nos morts, des mots.   

On parle aussi de l'Amérique dans les journaux...

Mais après cela, les unes illustrées de Donald Trump exhalent la banalité presque vulgaire des avant-papiers, quand tout est dit des enjeux des midterms et même la rupture entre une grand-mère trumpiste et son petit fils, dans le Figaro ne parvient pas à émouvoir. On reparlera de l'Amérique. 

On reparlera aussi de l'abandon des pauvres de Marseille, au lendemain de l'effondrement de deux immeubles vétustes, qui ont enseveli dix personnes, et la Provence raconte dans les mots du désarroi.  

On reparlera de la colère du carburant, et du dérèglement de la société, quand le Parisien raconte ces pirates des pompes qui sévissent dans l'Oise et qui savent, grâce à une télécommande achetée sur internet, déverrouiller des pompes à essence pour alimenter le marché noir. Ce sont nos agitations, dans un monde vertigineux que nous croyons posséder.  

Sud Ouest raconte la dune du Pilat où il y a 3000 ans des hommes récoltaient le sel dans des pots de céramiques. Usbek et Rica raconte ce jeune internaute, qui a posté sur twitter, en un twit, les oeuvres complètes de Shakespeare, encryptées compressées et dissimulées dans une image du vieux maître, c'est bien expliqué et simple comme la jeunesse qui croit à l'éternité, il suffit de cliquer, pour avoir des mots, des mots des mots.

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