Michel Rocard aime bien "Le Nouvel Observateur", qui le lui rend bien... Tradition mendèsiste oblige... Delors, Rocard... Et c'est donc en toute logique "Le Nouvel Obs" qui publie cette semaine les premières bonnes feuilles du livre que vient d'écrire l'ancien Premier ministre chez Robert Laffont... Un ouvrage intitulé "Si la gauche savait"... Et j'aime autant vous dire que ça balance. Sauf sur Jacques Chirac, que Michel Rocard aime bien, parce qu'ils étaient à Science-Po ensemble, et qu'ils sont restés copains. "C'était un garçon jovial, dit-il, un gars généreux, pas trop compliqué... Je me souviens qu'un jour, j'ai essayé de lui fourguer la carte des étudiants socialistes... Et il m'a dit : "Non merci : vous êtes beaucoup trop à droite pour moi". Puis alors qu'est-ce qu'il me bluffait par son aisance et ses manières. J'étais éberlué par son audace auprès des filles. Moi, j'étais un peu niais"... Et alors, sur ce point, Michel Rocard lâche une phrase pas top : il dit : "Il m'est arrivé de penser que c'est un miracle que je sois hétérosexuel"... Comme s'il avait échappé au pire. Fabius : là, pas de quartier : "le chef de mes tueurs", dit Rocard. Et Mitterrand, bien sûr... C'est là qu'on l'attend... Michel Rocard raconte sa première rencontre... C'était en 66... J'arrive à l'heure, dit-il... Mitterrand n'est pas là, donc j'attends... Et lorsqu'il arrive, il me fait le coup du charme... Des flagorneries inutiles sur mes performances dans le monde intellectuel et politique... Et puis ce qui me chiffonne vraiment, c'est que lorsque nous en arrivons aux dossiers électoraux, il me ment. Trois fois, il me ment... Mais bon : révérence à l'autorité : j'ai toujours eu du respect pour les vieux messieurs. 85 : Mitterrand décide d'instiller de la proportionnelle pour les législatives de 86... Rocard démissionne du ministère de l'Agriculture... On ouvrait un boulevard à Jean-Marie Le Pen, dit-il aujourd'hui... On était dans le cynisme crapuleux. Enfin, si j'avais été Président... Eh oui, forcément... Je vais vous paraître d'une arrogance extrême, mais je considère que je n'ai rien raté de majeur... J'ai réussi ma vie... Tout ce que j'ai porté est considérable... Mon inscription dans l'histoire du socialisme est d'ores et déjà acquise... Et Michel Rocard conclut : quand un individu, qu'il soit Premier ministre ou quidam, a pu faire ça dans sa vie, il peut dormir tranquille jusqu'à la fin de ses jours. Que va bien pouvoir dire Dominique de Villepin aux Français, ce soir sur France 2 ? C'est vrai... A peine réconpensé d'un incontestable dynamisme et d'un style plutôt séduisant, écrit Olivier Picard dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace", le Premier ministre est pratiquement ramené à la case départ. D'ailleurs, un sondage IPSOS, que publie "Le Figaro" aujourd'hui, l'atteste... 47% des Français pensent que la politique économique et sociale du gouvernement va échouer. Par ailleurs, ils sont 52% à ne pas lui faire confiance pour obtenir des résultats sur le chômage... Bref, il doit encore convaincre, commente "Le Figaro"... Convaincre jusqu'au bout... Puisqu'ils sont 43% des Français à souhaiter qu'il passe l'épreuve... La grande épreuve... Autrement dit, que le Premier ministre et Nicolas Sarkozy soient tous les deux candidats à la Présidentielle. Parmi les dossiers qui rendent la tâche difficile au Premier ministre, il y a la SNCM... Avec ce pavé que "L'Humanité" jette à la mer ce matin... Selon le journal communiste, la compagnie privée Corsica Ferries a été copieusement utilisée pour torpiller la compagnie publique, la SNCM. Révélations donc sur des finances et des pratiques douteuses. Les comptes de Corsica Ferries : totalement opaques, selon "L'Humanité"… La SNCM : la cible… Objectif : déstabilisation… Utilisation de fonds publics par le biais du PAX social… Aide au passager transporté… + autofinancement = tout ce qu'il faut pour engager une politique commerciale agressive pour faire tanguer la SNCM. Le problème, c’est que tout cela s’effectue dans la plus grande nébuleuse... Ce qui entretient l'idée qu'entre le continent et la Corse, il y a deux transporteurs : Corsica Ferries, une entreprise opportuniste bien gérée... Et la SNCM, véritable monstre public, dispendieuse des deniers de l'Etat. La fable fait fureur du côté du gouvernement, explique Dominique Bègle dans "L'Humanité"... Mais à Marseille ou en Corse, elle ne fait plus rire personne. D'ailleurs, pour s'en convaincre, il suffit de lire l'enquête que publie "Le Monde"... Sous le titre "La SNCM ou l'imaginaire corse"... Le journal du soir explique que, dans l'île, on n'est jamais le dernier à râler contre la société nationale, ses grèves, ses retards, ses insuffisances... Mais la compagnie, comme disait une de ses publicités, "c'est déjà la Corse"... Parce que la SNCM, c'est le bateau de l'aîné qui part en fac, le cargo du tonton de Toulon qui revient passer l'été au village, le ferry du berger descendu de la montagne habillé en dimanche pour remettre un colis au cousin marin... Alors, vous imaginez la Corse sans la SNCM ? Vous imaginez qu'il n'y ait plus ses bateaux qui, sitôt les côtes en vue, n'aient plus le parfum des maquis portés par le libecciu, le vent du Sud-Ouest... Ce qui nous fait penser à ces mots de Julien Gracq... "Le libecciu, ce sont des senteurs tantôt sucrées, et presque mielleuses, à la manière du sureau... Tantôt épicées, et presque sacramentelles, comme s'il y brûlait par moment un grain d'encens"... C'était dans l'une de ses "Lettrines", écrites du bastinguage d'un navire de la SNCM. Oui… il est soulevé par un livre, à paraître demain… Il s’appelle « L’apartheid scolaire »… Fruit d’une longue enquêe menée par trois sociologues sur l’Académie de Bordeaux… Qui aboutit à ce constat : s’il y a eu, en France, l’école des riches et l’école des pauvres, il y a désormais son calque... Honteux… pour reprendre la formule de Charles de Saint-Sauveur dans "Le Parisien"… A savoir : l'école des ghettos… Avec les Blancs d’un côté…. Les Noirs et les Maghrébins de l’autre. Constat extrêmement dérangeant car, à la question tout aussi dérangeante : « l’école de la République pratiquerait-elle la ségrégation ? »... La réponse est oui…explique "Le Parisien"… Même si, pour l’Education nationale, le phénomène sévit à son corps défendant. En tout cas, et la preuve est là : 40% des élèves issus de l’immigration se concentrent dans 10% seulement des établissements scolaires…. Le plus souvent repoussoirs… Une véritable fracture ethnique. Thierry Borsat, bonjour… Vous êtes rédacteur en chef au "Parisien-Aujourd’hui en France"... C’est un sujet tabou que vous abordez, et que le livre des trois sociologues dévoile.. La fameuse école de la République, elle en prend un coup. Pourquoi parler d’apartheid scolaire… Les réflexes des familles non issues de l’immigration de contourner la carte scolaire est-il vraiment raciste ? Conséquences … réflexes identitaires… tensions communautaires... Merci Thierry Borsat... On va terminer avec un peu de nostalgie... C'était au temps que les moins de vingt ans ne pouvaient pas connaître... Il y avait une voiture qui faisait fureur, et que personne n'a jamais critiquée, vu son état d'excellence : la DS... En deux lettres... Mais qu'est-ce qu'elle portait bien son nom de déesse tout court... Divinité de l'automobile. Pourtant, c'était un temps déraisonnable, où l'on se fichait pas mal de la pollution atmosphérique... La couche d'ozone... Connais pas, aurait-on dit à l'époque. Non... Lorsqu'elle a été présentée pour la première fois au Salon de Paris, il y a tout juste 50 ans, on n'avait pour elle que yeux de Chimène... Et ce qui est extraordinaire, c'est qu'à partir d'aujourd'hui, cette voiture culte trône à la Porte de Versailles, en vedette de la FIAC, la Foire internationale d'art contemporain. Elle trône aussi en Une du "Parisien", qui lui rend un hommage vibrant... Comme tous les hommages, sinon ce n'est plus la peine... Elle a même droit à deux pages entières, la DS, hissée au rang d'oeuvre d'art, et tout à fait officiellement. C'est vrai que la DS a été la voiture du cinéma... Souvenez-vous du "Cerveau"... Le Général de Gaulle, lui, en avait fait la voiture du pouvoir... Elle était aussi celle des stars... Vous verrez d'ailleurs dans "Le Parisien" une photo de Jane Birkin célébrant le charme de cette voiture. Alors question à Denis Huillé, responsable du patrimoine chez Citroën... En quoi la DS était-elle, en 55, une voiture révolutionnaire ?... Réponse : esthétique d'abord... Sa ligne allait à l'encontre de tout ce qui se faisait à l'époque, chez Renault, Peugeot ou Simca... Et puis, surtout, une révolution technique : contrôle des freins, la fameuse suspension, la tenue de route exemplaire, la boîte automatique... C'était une voiture d'ingénieur... Car à l'époque, il n'y avait pas de marketing... Aujourd'hui, ces messieurs diraient "non" à autant d'innovations d'un coup. Voilà... Alors si vous êtes fan, sachez que 16.000 DS ou ID... On l'appelait aussi l'ID... Défileront dimanche, de l'Arc de Triomphe jusqu'à la Tour Eiffel... Petit arrière-goût d'une époque où l'on avait à la fois du pétrole et des ID... Aujourd'hui, on n'a plus ni l'un ni l'autre.

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