(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : disparition d'une icône.

(Bruno Duvic) Comme les icônes d'ordinateur, l'une des inventions d'Apple, et comme une image pieuse.

Evidemment la presse papier avait bouclé avant l'annonce de la mort de Steve Jobs.Un coup d'œil aux Unes de ce matin avant d'en venir à l'homme à la pomme, parce que le contraste entre le climat ambiant et son histoire explique sans doute l'hommage quasi religieux qui lui est rendu.

Le Figaro : « La Grèce en voie d'implosion ». Implosion économique implosion sociale.

Les Echos : « Sauvetage de l'Euro, tout est remis à plat ». Les dirigeants européens doutent de l'efficacité du plan d'aide du 21 juillet.

Libération : « Les Etats banquent ». Hier à Bruxelles, les 27 se sont mis d'accord pour renflouer les banques européennes en difficulté.

Les banques à la peine, les collectivités locales aussi : « Où vont-elles trouver l'argent ? » après la chute de Dexia, se demande La Tribune .

Encore plus près de la vie quotidienne, ça ne va pas mieux : « Les retraités indignés aussi », titre L'Humanité . Pensions au rabais, santé inabordable et angoisse devant la dépendance.

Voilà un tableau rapide de la presse française ce matin.

Mines d'enterrement en Europe. Aux Etats-Unis aussi.

Quasiment des funérailles ! "Steve Jobs est mort". Ce sont les premiers mots de l'hommage que slate.us rend au fondateur d'Apple. Cela a au moins le mérite de la sobriété.

Pour le reste, à l'heure où l'Amérique doute d'elle-même et où les patrons en prennent plein la figure, l'homme qui partageait avec Newton et Adam une passion pour la pomme est canonisé ou nobélisé sur Internet à la minute ou il s'en va.

"Mort d'un génie", titre carrément le correspondant de Libération aux Etats-Unis sur le site du journal. "Nous perdons le plus grand réinventeur de la technologie" pour Time . Technologie digitale : "Il nous a permis de toucher la terre entière" ajoute le magazine qui rassemble toutes les Unes sconsacrées au patron d'Apple. L'une des dernières date de 2010 : c'était « un show man, un perfectionniste, un visionnaire et un opportuniste ».

Le site américain huffingtonpost reprend les hommages rendus par les plus grands de ce monde 2.0.

  • Obama, l'homme qui introduit les nouvelles technologies en politique, sur son compte Twitter : "Rest in peace Steve Jobs".

  • Bill Gates : « tu me manqueras immensément ».

  • Mark Zuckerberg le fondateur de Facebook : "Merci de nous avoir montré que ce que l'on construit peut changer le monde".

Mort d'une icône, car la vie de Steve Jobs, l'homme en jean et col roulé noir, se résume très bien en images comme le font plusieurs sites.Images des objets qu’il a inventés et qui ont changé le monde, sur le site Internet du Monde : iPod, iPad, iPhone, et avant cela, le Macintosh, premier ordinateur véritablement grand public. Sur le site du Monde , la toute première machine d'Apple en 1976. Une carte de circuits imprimés, avec de très gros boutons. Prix à l'époque : 666.66 dollars, diabolique. Lors d'une vente aux enchères l'année dernière, une version de l'Apple 1 s'est vendue chez Christie's 150.000 dollars. Les nostalgiques des années Macintosh iront sur le site boingboing.net , entièrement reconfiguré ce matin comme si sous étiez sur un vieil Apple.

Steve Jobs c'est « L'homme qui a fait Apple », titre lefigaro.fr , Apple, cette histoire commencée dans un garage et devenue avec le pétrolier Exxon la plus grosse capitalisation boursière mondiale. Le Figaro écorne tout de même un peu la légende : c'était un patron mégalomane, déstabilisateur et doté d'un égo redoutable.

Au-delà du succès d'Apple, qu'apprend-on dans la presse ?

De quoi la nourrir cette légende, justement. Sur le site du New York Times et du Figaro , anecdotes sur le culot d'un jeune geek. Il a 12 ans, il ouvre l'annuaire, décroche son téléphone et appelle l'un des fondateurs de Hewlett Packard, une référence de l'informatique à l'époque. Il décroche un job d'été.

Un geek potache à l'occasion. On dit qu'il a fait une nuit réveiller le pape en se faisant passer pour Kissinger.

En 1983, il débauche l'un des pontes de Pepsi Cola en lui disant ceci : "est-ce que vous voulez passer le reste de votre vie à vendre de l'eau sucrée ou est ce que vous voulez avoir une chance de changer le monde".

Jobs une légende américaine : des inventions, du cash, du glamour, mais aussi du rock. « C'était un enfant de la vallée », écrit le San Fransisco Chronicle . La silicon valley, cette Californie paradis de la modernité mais aussi des fumeurs de pétards dans les années 60-70. C'est aussi cela la vie de cet enfant naturel de père syrien : une jeunesse dans la contre-culture.

Le New York Times raconte : il est sorti avec John Baez quand il avait 20 ans, Elle Fitzgerald a chanté à son trentième anniversaire et il avait déclaré à un journaliste que prendre du LSD était l'une des choses les plus importantes qu'il avait faites dans sa vie. « Il y a des choses en moi que les gens qui n'ont jamais pris de produits psychédéliques ne peuvent pas comprendre. »

En 2005, c'est cet homme là qui prononce le discours de remise des diplômes dans la très prestigieuse université de Stanford. La vidéo est notamment sur le site techcrunch.com

Aux jeunes qui attendent peut être qu'il donne les secrets pour devenir milliardaire, Jobs parle d'un livre publié dans les années 60 : "Le catalogue du monde entier". « C'était Google en version papier ». Et alors qu’il est à la fois au sommet de sa gloire et atteint d'un cancer, il dit ceci

aux étudiants de Stanford à propos de la dernière édition de ce livre (passage de 13’51 à la fin) :

« C’était le milieu des années 70, j'avais votre âge. Au dos de ce livre, il y avait la photo d'une route dans un lever de soleil sur une route de campagne, le genre de scène que vous pourriez vivre si vous partiez à l'aventure en faisant de l'auto-stop. Et sous la photo, il y avait cette phrase : « Restez affamés, restez fous ». C’était leur message d’adieu au moment où ils arrêtaient. Restez affamés, restez fous. C’est ce que je me suis toujours souhaité. Et alors que vous commencez une nouvelle vie après le diplôme, c’est ce que je vous souhaite. Restez affamés, restez fous. Merci beaucoup à tous. »

PS : le texte complet du discours de Stanford est disponible ici

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