Bruno Duvic : A la Une du magazine féminin et féministe "Causette" en cette rentrée, il y a une jeune femme rousse qui a l'air en pétard. Sur sa photo, un tampon comme sur un passeport, c'est une "Française d'origine incontrôlable". Allusion directe au climat de grogne contre la politique sécuritaire du gouvernement. Mais on peut en faire un symbole au début de cette semaine où l'on parlera énormément des retraites. Les Français râleurs, rebelles, incontrôlables vont-ils accepter la réforme où vont-ils faire reculer le gouvernement en descendant demain dans la rue ? Les Unes de la presse nous disent que le moment est décisif : - "Retraite : le combat décisif" écrit L'Humanité. - "Semaine décisive pour une réforme capitale" ajoute Le Figaro. - L'Est-Républicain parle de "haute-tension". - La Tribune nous dit que "la réforme est en danger". Alors va pour la bagarre... A en croire Le Figaro, l'Elysée ne demande que cela. S'il n'y a pas de bras de fer, on interprètera cela comme un signe que la réforme a manqué de courage dit un proche du président. Il la souhaite, la confrontation, histoire de ressouder une droite en désordre et de "cliver" avec une gauche dans l'embarras sur ce dossier. Patrick Cohen : Bagarre, confrontation vraiment ? Bruno Duvic : Pas sûr en fait... Voici ce qu'écrit Michel Lépinay dans Paris-Normandie : "Oui, demain sera une journée monstre mais... mais les concessions sont déjà prêtes". Claude Guéant l'a annoncé ce week-end, les concessions nécessaires seront faites dans la semaine. Car le chef de l'Etat bénéficie d'un atout majeur, poursuit Rémi Godeau dans L'Est-Républicain : il ne peut pas reculer sur l’essentiel. Son image réformatrice d'hyper président ne s'en remettrait pas. Que plus de deux millions de grévistes battent le pavé demain ne changera donc pas l'essentiel. En 2018, l'âge de départ à la retraite sera 62 ans. On verra si Rémi Godeau a raison... L'Humanité veut croire qu'on peut encore renverser la table... "La France des luttes a rendez-vous avec son destin cette semaine" écrit Jean-Emmanuel Ducoin Alors quelles concessions, sur quels points ? Les Echos évoquent la question de la pénibilité pour les carrières longues, celles des ouvriers en particulier qui ont commencé très jeunes. Parole aux ouvriers aujourd'hui dans Ouest-France... ça se passe dans une station de traitement des eaux, près de Dinard en Ille-et-Vilaine. Le journaliste François Chrétien a discuté à bâton rompu de la réforme des retraites avec les ouvriers de cette station. Pierrick, 47 ans, il est chef coffreur, il a le teint buriné, une grande carrure et une grosse colère... "La retraite à 62 ans : négatif ! Pour ceux dans les bureaux, je ne dis pas... mais nous, sur les chantiers, la pluie on se la ramasse. J'ai déjà le dos cassé, si c'est pour terminer dans un fauteuil roulant, pas la peine !". Xavier, chef d'équipe, 29 ans, fataliste : "Plus ça ira, plus il faudra se la faire soi-même la retraite, comme un artisan". Quand même, demain, il ira manifester par solidarité. Et puis il y a le chef, chef de chantier, Jean-Yves... Pas de manif pour lui demain. "Dans l'encadrement, ça ne se fait pas ». Mais tout de même, quand il regarde l'évolution récente de son entreprise, il est songeur : un ouvrier qui arrive jusqu'à 60 ans, ça fait plus de 15 ans que je n'en ai pas vu". Patrick Cohen : Et puis il y a le contexte politique dans lequel intervient cette semaine... Bruno Duvic Et le contexte, c'est une "poussée de fièvre" comme le titre Libération. A La crise économique, écrit Laurent Joffrin dans l'édito de Libé, s'ajoutent les miasmes de l'affaire Woerth, une réforme des retraites que beaucoup trouvent injuste, une offensive contre les étrangers qui heurte les consciences, bien au-delà de la gauche, des fractures nouvelles dans la majorité et une opposition apparemment décidée à sortir de l'ornière. Autant de substances explosives. "Eric Woerth est un ministre au bord de la retraite" écrit Bruno Dive dans Sud-Ouest. Tiendra-t-il le choc ? Pour Médiapart, si l'Elysée soutient encore Eric Woerth, c'est parce que paradoxalement sa fragilité l'arrange. Plus l'opposition attaque Woerth, plus la majorité est soudée. Cela risque de simplifier le vote du texte. Au passage, pendant que le débat est focalisé sur les retraites, l'Elysée pourrait lâcher du lest sur une autre réforme majeure du quinquennat : le bouclier fiscal. C'est la Une des Echos ce matin. Les bénéficiaires pourraient être obligés d'investir dans une PME, par exemple. Patrick Cohen : Suite de la Revue de Presse... Autre sujet : la Belgique... Bruno Duvic : "Peut-on encore sauver la Belgique ?" se demande L'Humanité ce matin. "Car semaine après semaine, la division gagne du terrain" ajoute Le Figaro. Les Flamands ne sont plus les seuls à envisager le démembrement du royaume belge. Les Wallons, à leur tour, brisent le tabou de la rupture. "La menace séparatiste a changé de camp" titre ce matin Le Soir de Bruxelles. Explication sur le blog de Jean Quatremers, le correspondant de Libération à Bruxelles. L'évaporation de la Belgique s'accélère. Ce week-end, le socialiste francophone, Elio di Rupo, chargé de négocier la formation d'un gouvernement, a jeté l'éponge. Il avait pourtant fait énormément de concessions aux Flamands. Encore une fois, les francophones se sont bercés d'illusions sur la volonté de la Flandre de négocier quoi que ce soit. Les francophones se comportent comme le conjoint bafoué qui tente de retenir l'être autrefois aimé alors que celui-ci a déjà tourné la page. La Belgique ne disparaîtra sans doute pas d'un coup, mais le nord du pays a clairement emprunté un chemin qui l'éloigne de plus en plus du sud et dans la plus totale indifférence des deux peuples. Patrick Cohen : Pour conclure, Bruno, dans Libération, le journal cette fois-ci : une histoire de gargouille... Bruno Duvic : A Lyon, l'église primatiale Saint-Jean est en cours de rénovation. Sur le chantier, il y a un ouvrier qui s'appelle Ahmed et qui est apprécié de tout le monde. Alors, l'un de ses copains, tailleur de pierre, a sculpté une gargouille à son effigie. Personne n'y a rien trouvé à redire, c'est une tradition des compagnons bâtisseurs de cathédrales. Mais la gargouille, un peu trop basanée, donne des boutons aux cathos-fachos des jeunesses identitaires de Lyon. Ce qui les irrite le plus, c'est l'inscription "dieu est grand" en Français et en Arabe au pied de la gargouille. Le recteur de Saint-Jean, le Père Cacaud, place cette polémique à sa juste mesure : ridicule. Quand Libé l'interroge dans son église, il lève les yeux au ciel. Si on faisait faire le tour de la cathédrale à ces gens, dit-il, on leur ferait voir des gargouilles qui pourraient les scandaliser beaucoup plus : sur les parties extérieures de la cathédrale, il y a des statues carrément érotiques. Au fait, pourquoi aller sculpter des visages maghrébins ou des statues érotiques sur les parties les plus invisibles de la cathédrale que personne ne voit ? Réponse du sculpteur Ahmed : "Vous, vous ne les voyez-pas, mais dieu, lui, les voit".

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.