Superbe numéro d’une superbe revue, Books, consacré à « l’Esprit critique », cette résistance. Noel Le Graet ne veut plus qu’on interrompe les matches pour des banderoles homophobes, Ouest-France. Des aventurières dans la Croix, sur les traces de la grande Alexandra David Neel, qui en 1924 pénétra à Lhassa.

Enfants Ouighours marchant à travers les remparts historiques qui séparent la vieille ville de Kachgar de la nouvelle, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, Chine.
Enfants Ouighours marchant à travers les remparts historiques qui séparent la vieille ville de Kachgar de la nouvelle, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, Chine. © Getty / Guillaume Payen/SOPA Images/LightRocket

On parle d'enfants volés...

Des enfants qu'un Etat vole à leurs parents et à leur culture dans des écoles internats cerclés de clôtures électriques et interdits aux familles, qui portent des noms suaves, « école de la bienveillance », « crèche de la gentillesse », mais qui font partie du système concentrationnaire qui veut éradiquer une minorité dont la Chine ne veut plus... 

Les Ouighours, ces musulmans turcophones de la province du Xinjiang, que Pékin a entrepris d'assimiler de force, c'est le dossier de Libération ce matin, qui ne nous laisse pas en paix, quand il ferait si bon autrement feuilleter les suppléments vins du Point, du Parisien, des Echos, qui témoignent de nos douceurs de vivre... Mais là-bas en Chine, on enferme, on menace ou condamne les Ouighours qui porteraient la barbe ou jeûneraient au mois de Ramadan. Mais là-bas en Chine, c'était l'été dernier, la police vient terroriser une femme dont le mari est parti en vacances en Turquie, « si tu aimes ton mari, tu n'aimes pas le parti », et l’homme, divorcé par messagerie électronique, n'a plus revu sa femme ni ses filles... Là-bas, en Chine, plus d'un million de personnes ont été enfermées dans des camps de rééducation à réciter les pensées du président Xi-Jinping pour se purger de leur mauvaise culture. L'Etat prétend s'occuper avec amour de ces orphelins virtuels dont il a emprisonné les parents, et des centaines de milliers d'enfants ouïghours sont reformatés dès le jardin d'enfant à apprendre le mandarin, à dénoncer leurs familles et à oublier la langue des parents et leurs parents eux-mêmes et des bambins appelleraient "maman" leur enseignantes...

C'est dans Libération, mais allez aussi sur le site Journal of Political Risk, lire l'enquête d'un chercheur allemand, Adrian Zenz. Elle s'appelle Break their Roots, "briser leurs racines"... On y trouve une étincelle humaine. Parmi les enseignants recrutés pour enseigner le mandarin aux Ouïghours, un professeur volontaire a défendu ces enfants privés de parents, qui portaient des vêtements légers dans le froid glacé de décembre, ils n'en changeaient pas, ils ne se lavaient pas et la salle de classe était saturée de leur odeur... Il a publié son témoignage sur le site internet d'un institut de formation des maîtres, est-il courageux cet homme au pays du contrôle absolu.

On a appris que dans le monde entier, les Iphone de Apple ont été victimes d’un piratage, qui touchait également d'autres système de téléphonie mobile. Ce piratage venait de Chine, a révélé le site spécialisé TechCrunch, il avait été conçu pour espionner les Ouïghours, premières cibles de l'Etat qui n'a pas de limites....

On parle d'esprit critique également...

Dans un superbe numéro de rentrée d'une superbe revue, Books, que vous lirez comme un antidote, consacrée à l'Esprit critique, cette résistance mentale qui qui est notre humanité, vous découvrirez un empereur moghol, Akbar qui organisait en son palais des dialogues inter-religieux, et aujourd'hui un brave : le juriste Xu Zhangrun, qui a écrit en juillet 2018 une analyse acerbe d'une société chinoise petite-bourgeoise encerclée par « l'odeur puante de l'idéologie militante », les « bureaucrates lèche-culs » et le culte de la personnalité...  Il a été suspendu de l'université de Pékin où il enseignait.

Dans les pays libres, l'esprit critique survit mais il agace.  

En Israël, je lis dans Mediapart que le premier ministre Benyamin Netanyahou appelle au boycott d'une chaîne de télévision, Keshet 12, a priori peu subversive, elle diffuse l’Eurovision, mais également une série que Benyamin Netanyahou dit antisémite, qui raconte l'assassinat d'un adolescent palestinien par trois jeunes israéliens il y a cinq ans... Mais le vrai péché de la chaîne pour le Premier ministre est plutôt d'accumuler des scoops sur les affaires de corruption qui le menacent.

En France, un journal me convoque les puissants pour défendre son territoire. Le patron de la SNCF Guillaume Pepy vient à Clermont-Ferrand rendre des comptes aux lecteurs de la Montagne, usagers d'un train Paris-Clermont-Ferrand aux wagons vétustes et aux retards tragiques et récurrents. La Montagne défend l'Auvergne qui se juge maltraitée. J'apprends dans le Figaro qu'à Chateldon, célèbre pour son eau minérale luxueuse, les habitants manquent d'eau potable dans la partie haute du village, on approvisionne le château d'eau par camion-citerne : la faute à la sécheresse, mais avec le réchauffement climatique, ce dame sera la norme. On râle dans le Puy-de-Dôme ; si Paris était en pénurie d'eau on réagirait.

Dans le Nord où la sécheresse sévit également, on fait appel aux sourciers, c'est la une de la Voix du nord. Critique-t-on cette magie ?

En Bretagne, un homme de pouvoir veut mettre fin aux débats qui dérangent. Noel le Graet, patron de la fédération française de football, trouve qu'on arrête trop de matchs de football aux prétextes de slogans et banderoles homophobes, lui en a trouvé certaines marrantes, dit-il à Ouest-France. "Cela fait plaisir à certains ministres, mais moi, ça me gêne. Le football ne peut pas être pris en otage pour des propos vulgaires. Quand sur 30 000 personnes, il y a 2 000 imbéciles, je ne veux pas que les 28 000 autres soient punis."

Est-il un esprit critique contre le politiquement correct, ou bien simplement à 77 ans réactionnaire ? Dans le Figaro, Olivier Giroud, champion du monde, trouve normal et juste qu'un arbitre arrête un match pour des banderoles, "En Angleterre, ça ne pourrait pas se passer"...

Et des aventurières pour finir...

Qui parcourent le monde comme s'il n'était pas fou, Emilie Gauthier qui cherche au Groenland les traces du mythique Eric le Rouge, Mélusine Mallender qui part en moto en Iran ou au Tadjikistan, Linda Bortoletto qui était capitaine dans la gendarmerie et a tout envoyé balader pour marcher en Sibérie, seule, parce qu'être seule est la seule façon de s'écouter... Ces femmes sont dans la Croix, dont la Une est offerte à notre ministre Bruno Le Maire  qui nous dit, dont acte, que le capitalisme du XXe siècle n’est plus viable. On peut, esprit critique, passer plus de temps avec nos exploratrices et celle qui les a inspirées: une aventurière de légende, Alexandra David Neel, qui mourut centenaire il y aura 50 ans dimanche  et qui en 1924 pénétra à Lhassa, capitale du Tibet, déguisée en mendiante. La ville alors était interdite aux étrangers... Elle est aujourd'hui sous la coupe  d'un régime qui au Xinjiang persécute des enfants.

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