Il y avait les bonus à la BNP. Voici maintenant le spectre du délit d'initiés à la Générale. Comme ça, c'est complet. Bonus horribilis, en quelque sorte. "Ils n'ont décidément rien compris", comme le dit Gérard Carreyrou dans France-Soir. "'Ils', ce sont les grands banquiers du monde occidental, dont la responsabilité était déjà écrasante, et qui s'apprêtent à rejouer aux apprentis sorciers". Oui, rien compris. Alors François Fillon convoque les dirigeants des banques françaises ce matin. "Mais franchement, peut-il vraiment, un instant, penser que tirer les oreilles des banquiers a la moindre chance de suffire à leur faire changer de pratiques ?", s'interroge Jacques Guyon dans La Charente Libre. D'ailleurs, souligne Daniel Cohn-Bendit, qui s'exprime ce matin dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, "comment croire un instant que les banques pouvaient devenir raisonnables ? Non, le capitalisme n'est pas capable de s'autoréguler, car sa logique c'est 'toujours plus'. Alors le seul moyen de le réguler, c'est d'imposer une régulation internationale". "Mais vous-même, vous y croyez ?", lui demande Le Parisien. "Moi, je ne crois rien : je suis athée", répond le député européen. "On le fait ou on ne le fait pas, c'est tout. Il faut une volonté politique car, vous savez, un discours moralisateur sans une pratique moralisatrice, ça ne sert à rien". C'est vrai qu'en avril dernier, lors du Sommet du G20, on s'est dit que cette volonté politique des Etats, cette gouvernance internationale censée remettre le capitalisme sur le bon chemin, c'était un premier pas intéressant. Plus dure est la chute. Et à ce propos, L'Humanité, qui a eu tort d'avoir eu raison trop tôt... enfin, c'est comme ça que ce journal voit les choses... L'Humanité se lance aujourd'hui dans une opération du genre "On vous l'avait bien dit", preuve à l'appui, s'il vous plaît. Et la preuve, c'est la publication, en page 2, des Unes de la presse française pendant le G20. "Accord mondial pour un nouveau capitalisme", titrait Le Figaro par exemple. Ou "Le choc de confiance", s'exclamait Les Echos. Alors que Libération proposait comme manchette "Un G20 pas vain". Tu parles, répondait le même jour le journal L'Humanité, qui titrait : "G20 : ils se moquent du monde !". C'était le 3 avril dernier. Ce qui permet à L'Huma d'inscrire en gros caractères sur cette page 2 aujourd'hui : "Qui avait vu juste ?". Comme un mari trompé, la presse se lamente ce matin, comme si elle criait à la trahison. Comme si, finalement, les leçons de la crise financière n'avaient profité à personne, "ni à ceux qui ont semé le vent, écrit par exemple Patrick Plancheneau dans L'Est Eclair, ni à ceux qui ont récolté la tempête". "Un milliard ! Ils sont gonflés quand même !", protestent les salariés de la BNP, dont Le Parisien rapporte les propos. "Après 37 ans dans la maison, je touche 1700 € par mois, j'ai été augmentée de 50 € en quatre ans. On nous répète à longueur de journée qu'on est un centre de coûts, et eux ils se sucrent", s'insurge cette employée. N'en jetez plus. "Supprimer les bonus au profit d'une augmentation de salaire fixe menacerait la solvabilité des banques", affirme, dans Les Echos, Noël Amenc, professeur de finance. "Les reproches qu'on leur fait me choquent", ajoute Ariane Obolensky, directrice générale de la Fédération bancaire française, qui estime, dans Le Parisien, que "les banques, au contraire, ont montré l'exemple". Nul doute que ce discours-là, les adhérents de la Fédération le tiendront ce matin auprès du Premier ministre... avec, en toile de fond, cette histoire de délit d'initié présumé qui traîne à la Société Générale, de la part de l'ancien patron du trader Jérôme Kerviel. Il s'appelle Jean-Pierre Mustier. Fine mouche, il aurait vendu la moitié de ses actions, le 21 août 2007, au tout début de la crise financière. Mais l'Autorité boursière le rattrape. L'intéressé a remis sa démission. "La Société Générale lui rend un hommage appuyé", souligne Les Echos. Ca ne vous aura pas échappé : le mot de la semaine, c'est "bonus", dont Le Parisien nous rappelle la signification exacte : ça veut dire "Elément en plus". Donc en plus du salaire fixe, en fonction des performances. Oui, mais en cas de mauvais résultats ? Existe-t-il un malus ? "Bien sûr que non", répond Le Parisien. La suite de la revue de presse, avec de petites phrases, s'il vous plaît, Fabrice... Vos désirs sont des ordres. "Petites phrases", dites-vous ? Ah la petite phrase ! Elle est à la politique ce que le titre est à la Une d'un journal : une interpellation, un raccourci, de préférence spectaculaire, à l'adresse de 60 millions de citoyens zappeurs. Plus c'est court, plus le choc des mots se veut efficace. Et en politique, le must c'est "court et cinglant". Une pratique à laquelle s'intéresse L'Express. Sous le titre : "Les snipers de la petite phrase", l'hebdomadaire nous en rappelle quelques-unes, qui valent le détour, comme celle d'André Santini qui, un jour, a dit : "Ministre, c'est bien. Mais ancien ministre, ça dure plus longtemps". Voilà une boutade qui fleure bon les derniers vestiges d'une époque révolue : celle du parlementarisme triomphant, quand la politique du pays se décidait sur le banc des Assemblées et non à l'Elysée. Aujourd'hui, souligne L'Express, on est plutôt dans la pirouette. Interrogée en mai dernier sur la rumeur la donnant partante pour la Commission européenne, la ministre Christine Lagarde s'en était habilement sortie. Elle avait répondu : "Ah bon ? Et pourquoi pas entraîneur du PSG ?". Du côté de la porte de Saint-Cloud, on avait moyennement apprécié, car attention : trop de bons mots peuvent tuer les bons mots. Et puis la petite phrase, c'est quitte ou double. Prenez le cas Bertrand Delanoë, qui avait dit : "Le vrai changement, au PS, ce serait de gagner". Pour un leader socialiste, cela tient à la fois de la balle dans le pied et du coup de couteau dans le dos de ses amis. Donc, il lui a fallu un rétro-pédalage assez sportif pour tenter de s'en sortir. Ainsi Bertrand Delanoë a-t-il dû préciser que, dans son esprit, il ne s'agissait pas d'une phrase drôle. Ca doit être ça, ce qu'on appelle l'ironie de l'histoire. Dans le genre "phrases qui tuent", il y a enfin cette perle mise en exergue par L'Express. L'auteur est un certain Laurent Fabius, dont les phrases sont souvent coupantes comme un diamant, puisqu'on parle de perle. La phrase est la suivante : "Parler de social à Nicolas Sarkozy, c'est comme parler de cinéma à une caméra de surveillance". Il faut dire que Laurent Fabius avait un maître dans le genre "J'assassine avec les mots" : François Mitterrand, bien sûr... dont on apprend, dans Le Nouvel Observateur, qu'en juillet 1990, il était au bord de la démission, figurez-vous. Oui, à cette époque-là, le Président en avait marre, affirme l'hebdomadaire. Il se disait "à la tête d'une collection d'emmerdements" : sa maladie, son épouse, et même sa fille Mazarine, âgée de 16 ans à l'époque, l'âge où les adolescents se rebellent, parce qu'un adolescent se rebelle, c'est une seconde nature, sinon c'est un adulte. Le Président avait aussi des problèmes avec son fils Jean-Christophe, dont feu L'Evénement du Jeudi dénonçait l'affairisme. Et c'est également en juillet 1990, mensis horribilis, que Danièle Mitterrand est partie pendant un mois, sans prévenir et sans laisser d'adresse. Le médecin du Président confiait alors à l'ami du Président, Michel Charasse, que le Président faisait une dépression. Oui, une dépression. Et puis, après juillet cette année-là, est venu le mois d'août. Et le 2 août de cette année-là, l'Irak envahissait le Koweit. François Mitterrand montait en première ligne diplomatique. De ce jour, il n'a plus jamais été question de démission. Effrayant génie... Là, je ne parle pas de François Mitterrand, qui n'était ni effrayant... ni effrayant. Je parle de Blaise Pascal, "ce philosophe qui nous permet d'affronter notre époque", et que l'on découvre solidement amarré à la Une du Point. Vous le verrez : le visage est serein, et, dans un dossier bien fourni, Le Point revient sur la vie et l'oeuvre de ce philosophe scientifique, mystique, polémiste qui, à 11 ans, rédigeait un "Traité des sons" et qui, à 16 ans, publiait "L'Essai pour les coniques" et concevait au passage la première machine à calculer. Quand il découvre ces travaux-là, Descartes hallucine. Il pense que c'est le père de Pascal qui l'a écrit. Ne lui en déBlaise : il s'agit de Pascal lui-même. D'où le côté génie un peu effrayant tout de même que souligne Le Point. Et bien sûr, ce feuilleton que vous aimez tant : l'origine des noms de marques... Oui, et histoire de finir la semaine en beauté, aujourd'hui c'est deux histoires pour le prix d'une. Opinel d'un côté, Swatch de l'autre... Bien plus que des objets commerciaux : des objets cultes. Saviez-vous, par exemple, qu'Opinel a vendu plus de 260 millions de couteaux depuis sa création en 1880 ? Qu'il a traversé le siècle, comme on traverse un long fleuve tranquille, et qu'il a gagné de nouveaux marchés, tout en gardant sa personnalité ? A Chambéry, l'usine tourne à plein régime, nous explique Les Echos, et sa nouvelle gamme a connu cette année (l'année de la crise) une progression de 40%. Toutes les sept secondes, quelqu'un, dans le monde, achète un Opinel. Et, comme tout produit miraculeux, il a maintenant son nom dans le Larousse. La consécration ! Et Denis Opinel, le très discret directeur général de la société, est toujours interpellé par les gens, qui lui disent : "Ah mais c'est votre nom ? Vraiment ?"... "Oui, oui"... Saviez-vous également que c'est avec un Opinel que Picasso sculptait ? C'est tout de même très chic. Enfin, après les couteaux Opinel, vous n'y couperez pas : voici le nouvel épisode de la saga du nom des marques, dans Le Figaro Economie. Aujourd'hui donc : Swatch. Pourquoi Swatch s'appelle-t-elle Swatch ? C'est tout simple : son fondateur, Nicolas Hayek, horloger suisse, a pris la première lettre de l'adjectif "suisse". Donc "S"... auquel il a ajouté "watch", autrement dit "montre" en anglais... Et vous obtenez "Swatch". Et là, je m'aperçois que j'ai oublié de regarder ma montre. Il est 8h40. Je suis un peu en retard. Pardonnez-moi.

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