Peut-on, doit-on faire la fête en ces périodes d’angoisse et de violence ?

Peut-on, doit-on faire la fête en ces périodes d’angoisse et de violence ?

La question transpire dans toute la presse française ce matin…Qu’elle soit posée en clair ou en filigrane, c’est en effet l’une des grandes interrogations de cet été en France.

Le Monde à sa Une passe en revue la liste des festivités dites à risque qui sont annulées.En fait, la liste n’est pas si longue. Annuler ou maintenir une manifestation, cela fait partie des décisions difficiles à prendre par des élus souvent livrés à eux-mêmes face à leurs responsabilités. C’est ce que souligne Jacques Fortier dans son éditorial des Dernières Nouvelles d’Alsace ce matin. Mon confrère reprend les propos du préfet du Nord, Michel Lalande, pour illustrer l’équation devant laquelle se trouvent tous les responsables de l’ordre public, à un degré ou un autre : « Je préfère affronter la colère de ceux qui perdent une référence, peut-être de l’argent, qu’affronter la colère de ceux qui perdraient un enfant ».A chaque fois, relève l’éditorialiste des DNA, il y a des voix, sincères, pour dire que le maintien est un devoir de résistance, que la peur est mauvaise conseillère et que l’annulation est une défaite face à la barbarie.

Et d’autres, tout aussi sincères, pour affirmer que le risque est trop élevé, qu’on ne joue pas avec la vie humaine. Chacun plaide, pèse, argumente, poursuit Jacques Fortier mais, le plus souvent, c’est un homme ou une femme seule qui tranche. Des choix cornéliens qui font prendre la mesure de la responsabilité confiée par le suffrage universel. L’éditorialiste du quotidien Strasbourgeois conclut : "La politique n’est pas qu’un terrain de jeu du pouvoir. Elle est aussi le lieu, parfois, du choix moral."

Un choix moral, nous le disions hier en parcourant la presse du Nord, qui bénéficie d’un très large soutien si l’on parle de la décision de Martine Aubry d’annuler la Braderie de Lille. Ce qui n’empêche pas que certains ne peuvent se résoudre à voir un tel rassemblement populaire gommé par un trait d’arrêté municipal. Alors, et c’est la Voix du Nord qui nous l’apprend ce matin, sur les réseaux sociaux, les appels se multiplient en faveur de manifestations de remplacement, pour ce premier weekend de septembre. Le quotidien de Lille nous explique que des milliers de personnes déjà ont adhéré à l’idée d’apéros géants dans le centre-ville par exemple, histoire de marquer le coup, de ne pas céder devant les terroristes.

L’annulation de manifestations comme celle-ci sont un coup au moral. Elles ont aussi un coût économique. Je cite à nouveau le Monde qui s’attarde sur les conséquences de la décision de Martine Aubry sur le commerce local, sur les chiffres du tourisme aussi. Thierry Grégoire, l’un des représentants de l’Union des Métiers et des industries de l’hôtellerie, craint qu’au-delà de Lille, ce ne soit l’ensemble du tourisme national qui s’en trouve écorné. Les hôteliers avaient espéré un chiffre d’affaires stable pour 2016 dans l‘hexagone Ils prévoient désormais une baisse de 6%. Des perspectives qui nous valent cette exclamation à la Une du Journal du Dimanche : « Il faut sauver la destination France ». Le JDD nous apprend que la fréquentation des étrangers en juillet a baissé de 10% par rapport à l’année dernière. Année il est vrai exceptionnelle.

Cela dit, les menaces terroristes ne sont pas les seuls éléments explicatifs, relève dans ce même journal du dimanche le fondateur d’un site de voyage. Et il rappelle que la colère des taxis en janvier, les manifestations contre la loi travail , les grèves des cheminots et des éboueurs pendant l’Euro auront aussi terni l’image de notre pays. Alors, pour tenter de remonter la pente, le gouvernement met au point un plan de relance.

Tout n’est pas noir dans le paysage estival. Tout n’a pas été annulé…loin de là. C’est même plutôt le contraire : Sud-Ouest Dimanche nous apprend qu’il n’y a jamais eu autant de festivals en France, et qu’ils n’ont malgré tout jamais attiré autant de monde. Le quotidien bordelais cite quelques exemples : les francofolies de La Rochelle, les Eurockéennes de Belfort ou les Vieilles Charrues n’auront jamais réuni autant de monde. Même chose pour les rendez-vous en Aquitaine. Le journal y voit la manifestation de cette volonté du public de ne pas céder à ceux que la culture insupporte. Autre illustration O combien spectaculaire de cette volonté de ne pas tout céder aux faiseurs de mort : Le Télégramme de Brest, tout comme Ouest France, nous rappellent que Lorient vivra aujourd’hui l’un des grands moments du festival interceltique : la grande parade de tous les groupes musicaux. Parmi eux, le bagad Cap Caval de Plomeur : pour la 2e fois consécutive, ils ont remporté hier le championnat des bagadou : cette compétition de très très haut niveau entre les groupes musicaux traditionnels de Bretagne.

La musique : l’une des meilleures armes pour lutter contre la peur. Avec le sport peut-être… La presse revient bien sûr largement sur la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Rio hier. Le Journal du Dimanche fait en dernière page ce matin un choix bien marqué : celui de s’intéresser aux exclus des JO. Stéphane Joby, l’un des envoyés spéciaux du journal, a passé la cérémonie d’ouverture en compagnie de quelques-unes des 700 familles de la favela qui a été rasée pour bâtir le parc olympique. Certes les familles ont été relogées, mais on ne leur a jamais demandé leur avis. Elles ont perdu dans l’opération leur environnement, leur quotidien, leurs relations… Autant dire que pour elles, la cérémonie a eu un goût très amer. D’ailleurs la plupart des personnes qui accueillent le reporter du JDD ne se donnent même pas la peine de regarder cette cérémonie à la télévision, affolées déjà à l’idée de devoir payer pendant longtemps le coût de ces dépenses somptuaires. Ça c’est le côté sombre de Rio.

Pour le côté lumineux, on peut retenir une silhouette féminine… Elle est vêtue d’un maillot bleu. Elle court un ballon ovale à la main et le sourire aux lèvres : cette femme c’est une joueuse de l’équipe de France de rugby à 7 : elle a remporté hier soir sa première victoire face à l’Espagne : 24 à 7. Et sa photo fait partie de la magnifique sélection qui fait ce matin la Une de la Provence. La Provence qui nous rappelle que le sport collectif féminin français a d’ailleurs réussi son entrée dans ces JO de Rio, puisque les handballeuses et les basketteuses françaises ont également remporté leur premier match.

Il est un autre français qui aimerait bien remporter la partie à Rio également : ce français, c’est François Hollande. Le Parisien ce matin nous gratifie d’une photo d’un président de la république française souriant, prise devant les bassins olympiques de Rio où il était venu vanter la candidature de Paris pour de prochains jeux. Hollande se requinque à Rio, titre le Parisien sur un air de Samba… Le président est rentré en France hier soir dans une forme olympique, a constaté Philippe Partinat qui, pas plus que sa consœur de France Inter Laurence Peuron qui l’accompagnait n’a pu obtenir d’information très claire sur sa possible – les mauvaises langues diront probables – candidature à sa succession.

Pour tous ceux d’entre vous que suspens déprime, vous avez un moyen radical à nous conseiller. Ce moyen il est tout bête, il ne coûte pas cher, et il marche à tous les coups… Ça s’appelle L’AMITIE. C’est l’hebdomadaire la Vie qui nous le glisse à l’oreille cette semaine : "L’amitié, valeur refuge contre tous les maux de l’existence." La Vie nous en offre une sorte d’abécédaire avec des contributions de philosophes, d’écrivains, de psychologues, d’historiens… Et même de grands sportifs, chez qui l’amitié peut surmonter la rivalité quelques fois. C’est le cas des champions Raymond Poulidor et Jacques Anquetil. Après 15 ans de bataille acharnée sur toutes les routes d’Europe, les deux hommes s’étaient rapprochés. Et La Vie nous révèle que Jacques Anquetil, se sachant condamné par la maladie, avait lancé à son ami Raymond cette ultime pique juste avant de disparaître:  « Je vais partir le premier. Tu devras encore devoir te contenter de la 2e place ».

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