Surtout, prenez soin de vous ! Ces temps-ci, on l’entend à longueur de journée, cette formule. "Prends soin de toi", "prenez soin de vous" est en passe de remplacer le classique "cordialement" à la fin de nos mails, ou le "bisous" qui, d’ordinaire, conclut nos textos. Et cette tournure commence à en exaspérer certains.

Certains s'agacent de petites choses pendant ce confinement
Certains s'agacent de petites choses pendant ce confinement © Getty

Ce matin, Alain Rémond s'emporte dans son billet de La Croix

Je prends soin de moi, sacrebleu ! Je n’ai pas besoin qu’on me dise de prendre soin de moi pour prendre soin de moi, comme si j’étais incapable d’y penser tout seul, surtout en cette période.

Il dit donc commencer à devenir allergique à cette formule, et se demande si son seul but n’est pas de valoriser celui qui l’utilise, lequel passe alors pour un altruiste, un généreux "très attentif aux autres qui, les malheureux, les inconscients, n’auraient, sans lui, jamais l’idée de prendre soin d’eux" ! 

Et le chroniqueur d’achever sa démonstration par un sympathique tour de passe-passe. 

S’il vous plaît, les bons samaritains, arrêtez de nous dire de prendre soin de nous. Commencez plutôt par prendre soin de vous.

On sourit, car il exagère – c’est le principe de l’exercice – et, dans le même temps, on se dit qu’il n’a pas totalement tort, même si, honnêtement, on l’aime bien, cette expression qui, finalement, dit beaucoup de notre époque

Prendre soin de soi aujourd’hui, c’est surtout rester confiné. Ce faisant, on protège les autres. Dès lors, lancer aux autres "Prenez soin de vous !" est une invitation à rester confiné, donc une façon de leur dire "prenez soin de moi".  

Tous les jours, la presse relaie d’ailleurs cette injonction : on doit sortir le moins possible, et seulement quand c’est nécessaire. Et on nous rappelle les risques qu’on encourt quand on ne respecte pas les mesures pour se protéger les uns les autres… Dans Le Petit Bleu d’Agen : quatre mois de prison ferme pour un jeune homme qui a enfreint à six reprises les règles concernant le confinement

Mais, pour certains, le confinement est plus difficile que pour d’autres, comme nous le raconte notamment La Provence, dans un intéressant dossier

« Les cités U des enfants perdus »

En l’occurrence, ces « enfants », ce sont des étudiants, dont certains n’ont pas pu rentrer dans leurs familles – parce qu’elles habitent loin, à l’étranger parfois – et ils sont donc contraint de rester dans leurs résidences aux logements bien exigus. Un élève en Master d’économie d’entreprise se confie. 

10 mètres carré, même pour une seule personne, c’est juste.

Aujourd’hui, ses journées lui semblent interminables. Les cours sont suspendus, le campus est désert, et quand il n’étudie pas, il passe une bonne partie de son temps à regarder des séries. Il est contraint aussi de faire un peu de cuisine, le restaurant universitaire ayant fermé ses portes. Il avait un petit boulot, mais à cause de l’épidémie, le voilà au chômage partiel. C’est le cas de beaucoup d’étudiants - ils se retrouvent sans petit boulot - et les associations s’inquiètent : par endroits, chez les plus jeunes, la précarité s’accentue

Avec le confinement, les tensions s’accroissent dans les hôpitaux psychiatriques

C’est à lire sur Médiapart, où des patients et des soignants racontent comment ils se débrouillent dans des lieux déjà confinés par la force des choses. Des lieux où les espaces de détente et de rencontre ont parfois totalement disparu, ce qui désole le psychiatre d’un hôpital d’Asnières-sur-Seine. 

Pour les patients en psychiatrie, on se retrouve à faire tout ce contre quoi on s’est toujours battus.

Dans son établissement, la salle commune a été fermée, tout comme la salle de télévision. Le self est à l’arrêt, les balades sont suspendues, les visites interdites, et les psychothérapies corporelles remises à plus tard. En résumé : "l’enfer total", estime ce médecin. 

Dans d'autres hôpitaux, il a fallu libérer des chambres pour les malades du coronavirus. En conséquence, on regroupe ceux qui ne sont pas touchés par quatre ou cinq, avec des sanitaires communs. Comment, dans ces conditions, respecter les mesures de distanciation sociale ? De plus, certains patients de ces hôpitaux-là sont extrêmement tactiles, note un autre médecin. Les mesures barrière, ils les vivent comme un rejet. 

Lisant cela, on relativise nos situations personnelles. D’autant que les journaux nous donnent chaque jour des conseils pour supporter le confinement.  

Le yoga dès le plus jeune âge

C’est ainsi que Le Parisien nous explique comment mettre les enfants au yoga  ; des séances de 20 minutes quotidiennes. Ça les calme et ça calme également les parents… 

Pour les célibataires, Le Républicain Lorrain nous apprend l’existence d’un site de rencontre « spécial confinés ». Dans Le Télégramme, on nous explique les vertus de la musique pour adoucir les mœurs… Dans Ouest France, on insiste sur le bienfait des animaux de compagnie : les chiens qu’on peut sortir, et les chats qu’on peut câliner… Sur le Huffington Post, on découvre d’ailleurs le nouveau défi auquel se livrent les internautes : construire des barrières de rouleaux de papier hygiénique dans son appartement, et tenter de faire sauter son chat le plus haut possible. Il est déconseillé de le faire avec ses enfants. 

Enfin, comme tous les jours, les journaux nous proposent des témoignages de ceux qui prennent soin des malades du coronavirus. 

Les soignants toujours au front

Dans Le Monde, il s'agit de Juliette Chommeloux. Elle a 31 ans et travaille comme réanimatrice à la Pitié-Salpêtrière. 

Depuis la semaine dernière, on a poussé la métaphore de la guerre en rebaptisant nos unités du nom d’une plage du Débarquement. La mienne, c’est Juno Beach, et nous sommes actuellement en phase de stagnation.

Aujourd'hui, ce mot "stagnation" sonne comme une note d'espoir. A tous les soignants, n’en déplaise à ceux que ça agace, on a envie de dire : "Surtout, prenez soin de vous !"

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