"La France est paranoïaque, schizophrène, hypocondriaque"... C'est pas moi qui le dit... C'est le correspondant de The Independent, à Paris... En fait, John Lichfield a rencontré le sociologue Gérard Mermet... Et c'est ce dernier qui trouve que la France souffre aujourd'hui d'une forme collective de ces trois maladies mentales... Alors la France est schizophrène parce qu'elle a beaucoup de difficulté à reconnaître la réalité des grands changements qui sont intervenus dans le monde... Elle est paranoïaque parce qu'elle se croit victime d'un complot mondial, et a l'impression d'avoir été trahie par ses élites... Et enfin, la France est hypocondriaque... Elle rabaisse ses réalisations et ses avantages... Et elle exagère obstinément ses maux économiques et sociaux... Alors voilà pour la France expliquée aux Anglais ce matin... Mais au-delà de la caricature... il semble bien effectivement, à lire les journaux, que sinon la France, du moins les Français, ne vont pas bien... Comme une déprime générale... Avec d'abord cette enquête, dans L'Humanité... un sondage BVA pour l'association Emmaüs... en partenariat donc avec L'Huma et La Vie... C'est ce qu'on appelle une enquête choc... un coup de poing... une claque... 1 Français sur 2 a peur de devenir un jour un sans-abri... A cette hantise... analyse L'Humanité... s'oppose la volonté majoritaire des sondés : que la politique de lutte contre l'exclusion soit plus affirmée... Pour les trois-quarts d'entre eux, le fait d'avoir accès à un hébergement de nuit est un droit élémentaire pour toute personne sans-abri... Dans ce dossier de L'Huma, des témoignages... Pierrick, par exemple... Travailleur au noir, SDF... Pour lui, le problème, c'est le logement... Les appartements à louer sont trop chers... "Même quand on a un SMIC, dit-il... Alors imaginez avec le RMI !"... Rencontre également avec Alain... Il est travailleur social dans le premier centre de stabilisation, qui accueille, en région parisienne, les sans-domicile, 24 heures sur 24... Il y a 55 places dans le centre... Et depuis son ouverture, l'été dernier, 90 personnes y sont passées... "Les deux-tiers des gens que nous avons accueillis sont repartis, explique Alain... Certains, parce qu'ils ont trouvé une place dans un centre de réinsertion... D'autres, parce qu'ils ont renoué avec leur famille... Mais nous ne réussissons pas à tous les coups... Certains aussi ont préféré retourner dans la rue"... Dans l'enquête présentée par L'Humanité, 45% des personnes sondées veulent une politique publique plus affirmée en matière de lutte contre l'exclusion... Mais pour ça, il faut que les sans-abri prennent la parole... C'est ce qu'explique Didier Cusserne, le secrétaire général de l'association Emmaüs... Emmaüs qui a décidé de lancer une campagne pour l'inscription sur les listes électorales des sans-abri qui sont hébergés dans ses centres... Parce que, pour tous : travailleurs sociaux, responsables d'associations, sociologues... "la campagne présidentielle ne doit pas esquiver la question de la pauvreté"... 48% des Français craignent de se retrouver un jour sans-abri... 62% des 35-49 ans... 74% des ouvriers... Des chiffres qui tétanisent littéralement Philippe Noireaux, dans L'Yonne Républicaine... "Difficile, écrit-il, de trouver une lueur d'espoir quand le ressort est à ce point cassé... Face à un tel niveau d'inquiétude, les petites phrases et les opérations de communication des candidats à la Présidentielle sont bien dérisoires... Il ne s'agit plus de donner de faux espoirs, mais bien de s'attaquer aux racines d'un mal profond, qui ronge le pays... Mais franchement... oui franchement... on ne voit pas, dans la pré-campagne présidentielle, de raisons d'être optimiste"... S'inquiéter pour tout... Pour l'électricité aussi... Au-delà des économies d'énergie, c'est la nature du contrat signé qui est en cause... "Polémique sur les tarifs du gaz et de l'électricité", dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... Parce que sachez qu'à partir de l'été 2007, tous ceux qui emménageront dans un logement neuf n'auront plus droit aux tarifs régulés d'EDF et GDF... Même situation pour tous ceux qui emménageront dans un logement ancien dont les occupants précédents auront signé avec un opérateur privé... C'est "le coup de grâce pour les consommateurs", s'énerve UFC-Que Choisir... "Cette loi sur l'ouverture à la concurrence du marché de l'énergie, au 1er juillet 2007, est mauvaise... 300 à 400.000 personnes vont être concernées par an"... Alors Le Parisien-Aujourd'hui en France est allé demander à Bercy... le ministère de l'Economie... ce qu'il comptait faire... "Nous étudions toutes les options"... Entre autres pistes, des aides à l'installation, ou des gestes commerciaux de la part d'EDF et GDF pour les foyers privés de tarifs régulés... Alors c'est pas ça qui va remonter le moral des classes moyennes... "Classes moyennes : la crise"... C'est le dossier du Nouvel Observateur, cette semaine... Le Nouvel Obs qui constate... "Vie chère... peur du déclassement... menace du chômage... craintes pour l'avenir des enfants... La France du milieu déprime"... Mais la classe moyenne, quesako ?... Difficile de la cerner... Dans la géographie française, les classes moyennes semblent occuper la place du triangle des Bermudes... Elles n'apparaissent sur aucune carte... Et quand on les trouve, on s'y perd... Il faut dire qu'il y a peu d'études statistiques sur les classes moyennes... Et que moins de 1% des sujets de thèse leur sont consacrés... Bref, "rien sur les classes moyennes", résument les journalistes du Nouvel Obs... Et pourtant, 3 Français sur 4 s'en revendiquent... Parmi ces Français moyens qui dépriment... il y a par exemple ce cadre à La Poste... Il se désespère de la fonte de son pouvoir d'achat... Et il explique : "On n'a plus les moyens de garantir à nos enfants ce que nos parents nous ont donné... Quand j'étais petit, les classes moyennes représentaient l'avant-garde du progrès... Mes parents avaient leur place dans le monde... Aujourd'hui, je ne suis plus nulle part"... Il y a aussi Martin, surdoué de l'informatique dans une multinationale... Lui, il se souvient du jour où il a voté "non" à la Constitution européenne, en 2005... "J'ai eu l'impression d'introduire un virus à l'intérieur du système... Jusque-là, je m'étais toujours senti comme un bon élève... Mais je me rends compte que je défendais un monde qui n'est même plus capable de garantir ma retraite... Désormais, je me considère comme en résistance"... Dans cet article, vous croiserez également Claire, la secrétaire commerciale... Antoine, le chef d'entreprise... Michel, l'ancien cadre aujourd'hui chômeur... Dans leurs propos, toujours la même angoisse : celle de la déchéance... Une angoisse qui s'incarne dans un mythe : la grandeur et la décadence du cadre... Ce quadragénaire qui traîne ses désillusions et ses costumes froissés dans les chansons de Souchon, les films de Bacri et les romans de Djian... Et ce constat... Martin, Claire, Antoine et les autres... à six mois de la Présidentielle... personne encore ne sait pour qui voter... Ce qui est sûr, c'est que les classes moyennes, elles plébiscitent les low-cost... Comme le pouvoir d'achat est devenu l'une de leurs principales préoccupations... c'est toujours Le Nouvel Obs qui constate... elles s'habillent low-cost... elles voyagent low-cost... elles se meublent low-cost... Conséquence... c'est une statistique qui vaut ce qu'elle vaut, mais elle a le mérite d'arracher un sourire ce matin... 1 Européen sur 4 a été conçu dans un lit Ikea... Et dans ce lit Ikea... eh bien on fait des enfants aux prénoms mondialisés... Parce que... oui oui... la mondialisation touche aussi les noms de baptême... "Thomas et Emma sont les prénoms préférés du monde occidental", explique ainsi Le Monde... Emma, c'est le premier prénom donné aux filles en Irlande, en Suède, en Norvège, en Belgique et dans certaines provinces canadiennes... Emma, c'est le deuxième prénom en France, aux Etats-Unis et en Ecosse... Pour les garçons, Thomas donc... Premier en Belgique, troisième en Angleterre, quatrième en France, cinquième dans le sud australien... En même temps, les spécialistes des prénoms sont perplexes... Les familles essaient toujours de faire original... Le choix intime appartient aux parents, et à eux seuls... Et la même semaine, on va se retrouver à la maternité avec 10 bébés portant le même prénom... Alors quand même, une explication rationnelle... Les prénoms courts, finissant par "a", sont généralement prisés parce qu'ils passent dans toutes les langues... Face à cette mondialisation, quelques résistances... Un petit garçon qui s'appelle Sean a toutes les chances d'être Irlandais... S'il s'appelle Robbe, il est belge néerlandophone... Et puis, au Pays Basque espagnol, Iker arrive en tête pour les garçons... Irati, pour les filles... Bref, a priori, rien de mieux qu'une forte identité régionale pour résister à cette mondialisation...

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